Une Longue impatience, Gaëlle Josse

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Une Longue impatience, Gaëlle Josse rogné

Nouveau travail, nouvelle maison, nouveaux horizons…

Une page s’est tournée dans ma vie, une autre s’est ouverte. De fait, l’Arbre-en-ciel a hiberné quelques temps avant de refleurir à nouveau, pour, je l’espère un bon moment.

Les articles seront sans doute plus courts (concis, cela reste à voir !) afin de gagner en régularité. La pluridisciplinarité restera le maître mot, avec cependant toujours une orientation vers ce trio cher à mon cœur : littérature, cuisine végétale et arts.

La cuisine occupera toujours une place de choix, toujours orientée vers le végétal, et notamment vers l’utilisation de plantes sauvages.

Avec une pincée de mots, bien évidemment, les miens parfois, ceux d’autrui souvent… Et avec mon nouveau travail en tant que bibliothécaire, les partages littéraires seront nombreux !

Et toujours les arts, principalement graphiques, amours estudiantines et toujours d’actualité.

Me revoici donc avec une esthétique d’un livre coup de cœur, chaleureusement recommandée par Carole Martinez lors du festival Jardins d’Hiver aux Champs Libres à Rennes en février dernier. Une esthétique édulcorée certes, mais qui je l’espère vous donnera à « sentir » cette œuvre… et envie de la dévorer !

 

Une Longue impatience, Gaëlle Josse (roman adulte, 2017)

 

Une Longue impatience, Gaëlle Josse

L’amour d’une mère, Anne, qui attend chaque jour son fils aîné, Louis, né d’un premier mariage, et parti en mer après une altercation avec son beau-père Étienne. Chaque jour, elle arpente les côtes bretonnes, scrutant l’horizon, imaginant un magnifique banquet pour le retour de ce fils tant attendu, le fils prodigue. Une femme déchirée entre amour maternel et amour conjugal, entre ses origines modestes et son deuxième mariage qui l’a propulsée dans un monde aisé, fait de confort mais aussi de carcans et de médisance.

Un portrait de femme très fort et sensible, esquissé avec délicatesse par une plume poétique et subtile. Un portrait littéraire qui, si l’on tentait de le transposer en peinture, tiendrait du mélange entre le père du Retour du fils prodigue de Rembrandt, peint en 1668 (deux mains sur les épaules du fils : la main d’un homme, la main d’une femme, un amour total, à la fois maternel et paternel), et Le Voyageur contemplant une mer de nuages, de Caspar David Friedrich, peint en 1818.

J’ai beaucoup apprécié la plume sensible, délicate et lyrique de l’auteure (qui est d’ailleurs venue à l’écriture par la poésie), qui n’est pas sans rappeler Carole Martinez, tout en étant plus simple, plus sobre.

Bien que n’étant pas mère, je me suis identifiée à Anne, à cet état d’entre-deux dans lequel elle évolue tout au long du roman, cette impression d’être coupée en deux, entre l’avant et l’après, ce qui vient et ce qui part, ce qui part et ce qui reste. Un coup de cœur

Atmosphère/climat : petite bruine fine bretonne, rafales de vent frais

Saveur : iodée, salée, saveur d’algues

Le sel est le symbole de l’hospitalité et de l’amitié : le festin prévu par Anne pour le retour de son fils se veut un temps d’apaisement et de convivialité. Le sel est aussi un élément de conservation, de préservation, et donc symbole de constance, comme l’espoir d’Anne, qui attend chaque jour, sans faiblir.

Parfum : odeur de sable mouillé et de coquillages, odeur de galette de blé noir (léger arôme de noisette, de pain grillé, une odeur réconfortante).

Le blé noir, ou sarrasin, a longtemps été considéré comme le symbole de la misère des campagnes, en raison de son caractère rustique : c’est une plante qui peut pousser sur des sols pauvres. Anne et son fils y sont très attachés, les galettes leur rappellent leur enfance dans un milieu modeste, où les plats du quotidien étaient généralement très simples (mais non moins satisfaisants).

Rythme : lento, voire largo

Sonorité : silence, souffle léger de vent, ressac de la mer, tic tac d’une horloge, pluie sur la vitre

Couleur : bleu ardoise (bleu gris foncé), la couleur des toits bretons, des nuages et de l’eau les jours de pluie, une couleur mélancolique

Mots-clefs : maternité, relations mère-fils, relations familiales, attente, espoir, Bretagne

Fratrie culturelle :

MARTINEZ Carole, Le Cœur cousu. Paris : Gallimard, 2007. 442 pages.

Soledad, née dans un petit village d’Espagne au cours des années 1930, raconte l’histoire de sa mère, Frasquita, qui a hérité des dons de guérisseuse de sa propre mère. Chacun de ses six enfants possède lui aussi un don surnaturel. Le destin va les entraîner dans des aventures qui les conduiront, après la traversée de l’Espagne, jusqu’au Maroc. Premier roman. Prix Renaudot des lycéens 2007.


Rembrandt, Le Retour du fils prodigue, vers 1668. H/T, 262 x 205 cm. Saint-Pétersboug, musée de l’Ermitage.


Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818. H/T, 94, 4 x 74, 8 cm. Kunsthalle de Hambourg.


Georges de La Tour, Le Nouveau-né, vers 1648. Huile sur toile, 76 x 91 cm. Musée des Beaux-Arts de Rennes. Saisie révolutionnaire, 1794.

Pour en savoir plus sur le tableau, c’est par ici !

En accompagnement : des galettes de blé noir (recette de La France Végétalienne, merci ) avec une mousseline aux légumes et aux algues (sous forme d’un joli tartare d’algues par exemple – palette de recettes iodées de Mély : merci )…

 

JOSSE Gaëlle. Une Longue impatience. Montricher : Noir sur Blanc, 2017. 192 p. (Coll. Notabilia).

En Bretagne, la veuve d’un pêcheur épouse en secondes noces le pharmacien du village. Son fils, issu de son premier mariage, ne parvient pas à trouver sa place dans cette nouvelle famille et choisit de partir en mer, comme son père. Une longue attente commence alors pour la narratrice qui, pour tromper son ennui, imagine le grand banquet qu’elle offrirait afin de fêter le retour de son enfant. (Electre 2018).

Semez les graines de L'Arbre-en-ciel

2 thoughts on “Une Longue impatience, Gaëlle Josse

  1. Coucou Mathilde, je suis très heureuse de te savoir de retour sur l’arbre-en-ciel, tes articles poétiques et colorés m’avaient manqués ! Ton nouveau travail te va comme un gant 🙂 🙂 Bises !

    1. Bonjour Claire,

      Merci beaucoup pour ton message, je suis moi aussi ravie de pouvoir revenir sous L’Arbre-en-ciel ! Plusieurs articles sont déjà en attente, et les idées ne manquent pas ! Des bises.

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