Un Mariage anglais, Claire Fuller (roman, 2018)

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Mariage anglais (Un), Claire Fuller

Un Mariage anglais, Claire Fuller (roman, 2018)

Ce ne sont pas des marque-pages qu’Ingrid laisse dans les livres, mais des lettres. Elles sont destinées à son mari, Gil, qui collectionne quant à lui les ouvrages annotés, les gribouillis des lecteurs en marge des caractères imprimés. Ils se sont rencontrés alors qu’elle était étudiante et lui, son professeur de littérature, de vingt ans son aîné, américain et don Juan notoire. Elle avait alors plein d’idéaux, de projets d’émancipation avec son amie Louise, mais elle avait fait fi de tout cela et des regards désapprobateurs lorsqu’il lui avait proposé de l’épouser. Ils s’étaient installés dans un le Pavillon de nage, face à la mer, et elle était très vite tombée enceinte, scellant une nouvelle vie, bien loin de ce qu’elle avait imaginé. Gil était devenu un écrivain célèbre, grâce à un best-seller sulfureux, aussi véridique que cruel, et elle, elle tentait de maintenir sa tête hors de l’eau, loin des mondanités et des mensonges, des messes basses et de ses regrets.

Et puis elle avait disparu. Sans aucune trace, sinon ces lettres cachées, que Gil découvrirait bien longtemps après, ou peut-être jamais. Elle a laissé derrière elle ses deux filles au caractère diamétralement opposé : la douce et serviable Nan, et Flora, impulsive et effrontée. Elles ont grandi dans le mystère de cette femme tiraillée entre sa soif de liberté individuelle, son amour pour Gil et ses devoirs de mère, cette femme qui partait nager dès l’aube et écrivait des lettres qu’elle ne postait jamais.

Un texte agréable, sans mièvrerie, qui alterne passé et présent, entre les lettres d’Ingrid se remémorant leur histoire, et les retrouvailles des deux sœurs au Pavillon de nage après l’accident de leur père vieillissant. L’histoire est sans grande surprise toutefois, avec des péripéties presque attendues, mais dynamique, avec des personnages ayant chacun leur caractère, une épaisseur, des personnages qui semblent vivre en-dehors de l’histoire. Le récit met surtout en avant avec tact les déchirements d’une femme, entre son essence propre et son statut d’épouse, de mère.

Mariage anglais (Un), Claire Fuller

Atmosphère/climat : une chaude journée d’été, lourde et dolente.

Saveur : fraîche et aqueuse, un peu amère, comme du concombre, avec un arrière-goût iodé.

Parfum : une odeur iodée de mer et de sable chaud, et de vieux livres un peu poussiéreux. Au loin les effluves d’une fête, alcool, sueur et friture mêlés.

Rythme : lent, lancinant et sinueux, comme le fil des souvenirs d’Ingrid au gré de son écriture, comme les non-dits entre les deux sœurs et le père malade.

Sonorité : le vent dans les oyats sur les dunes de sable, les vagues qui déferlent sur la plage, le souffle d’une nageuse.

Et un petit clin d’œil familial pour le titre presque éponyme du groupe Malicorne, “Le mariage anglais” !

Couleur : dorée, mais un or un peu froid, presque pâle, comme un bronzage qui disparaît, un soleil un peu voilé, des cheveux blonds qui se fanent.

Mots-clefs : amour, différence d’âge, lettres, littérature, écriture, trahison, infidélité, émancipation, féminité, maternité, secrets de famille

Fratrie culturelle :

RUGA Agathe. Sous le soleil de mes cheveux blonds. Paris : Stock, 2019. 304 pages. (Collection Arpège).

L’une est blonde, secrète et bourgeoise. Au lycée, on la surnomme Brigitte. L’autre, extravertie et instable, répond au nom de Brune. Toutes deux sont encore des jeunes filles pleines d’avenir. Ensemble, elles se le promettent, elles pourront tout vivre.

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KERNINON Julia. Ma dévotion. Paris : Éditions du Rouergue, 2018. 304 pages. (Collection La Brune au Rouergue).

A 80 ans passés, Helen et Frank se retrouvent par hasard à Londres, bien après qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Pour Helen qui n’espérait plus revoir celui qu’elle a aidé à devenir un peintre célèbre, ces retrouvailles sont l’occasion d’un retour sur soi. La nature de son sentiment se révèle à travers la mise à plat des années passées avec ou loin de lui.

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PERETTI Camille de. Nous sommes cruels. Paris : Stock, 2006. 317 pages.

Élèves brillants, orgueilleux, cyniques et prétentieux, Julien et Camille sont fascinés par la littérature du XVIIIe siècle et convaincus de s’être trompés d’époque. Ils ont surtout envie de s’amuser et d’affirmer leur toute-puissance. L’un veut être un nouveau Valmont, l’autre une nouvelle Merteuil. Mais les deux adolescents sont rattrapés par leurs modèles et le jeu devient périlleux.

En accompagnement : une glace au chocolat, pour le réconfort, la douceur un peu amère, le goût de l’été.


FULLER Claire. Un Mariage anglais. Traduit de l’anglais par Mathilde Bach. Paris : Stock, 2018. 436 pages.

Ingrid a 20 ans et des projets plein la tête quand elle rencontre Gil Coleman, professeur de littérature à l’université. Faisant fi de son âge et de sa réputation de don Juan, elle l’épouse et s’installe dans sa maison en bord de mer. Quinze ans et deux enfants plus tard, Ingrid doit faire face aux absences répétées de Gil, devenu écrivain à succès. Un soir, elle décide d’écrire ce qu’elle n’arrive plus à lui dire, puis cache sa lettre dans un livre.
Ainsi commence une correspondance à sens unique où elle dévoile la vérité sur leur mariage, jusqu’à cette dernière lettre rédigée quelques heures à peine avant qu’elle ne disparaisse sans laisser de trace.

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