Un Bûcher sous la neige, Susan Fletcher (roman, 2010)

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Un Bûcher sous la neige, Susan Fletcher (roman, 2010)

En ces temps de Samain (fête celtique marquant le début de la période sombre), quoi de mieux qu’une lecture de circonstance, teintée de magie et de feu ? Un Bûcher sous la neige nous plonge en effet dans un rude hiver écossais, au XVIIe siècle. Une jeune femme, Corrag, est accusée de sorcellerie et promise au bûcher. Mais alors qu’elle est seule dans sa geôle, seule comme elle n’a jamais été malgré son existence solitaire, elle reçoit la visite d’un de Charles Leslie, un pieux jacobite venu recueillir des informations sur le massacre d’un clan highlander à Glencoe, et notamment sur son commanditaire. Ce faisant, Corrag va profiter de cet interlocuteur inespéré pour lui conter sa vie atypique, empreinte de simplicité et de bienveillance, indépendante et sauvage, et ce qui l’a conduite dans cette prison.  Le roman alterne la voix de Corrag, qui constitue la majeure partie du récit, et celle de Leslie, à travers les lettres qu’il écrit à sa femme Jane. Cette double voix instaure un rythme, entre aventures épiques et descriptions de la nature, l’intrigue s’accélérant au fur et à mesure.

J’ai retrouvé dans ce roman tous les ingrédients qui me plaisent : un aspect historique, la féerie, la poésie, la relation à la nature… et des plantes sauvages ! Chaque chapitre s’ouvre en effet avec quelques lignes sur l’une d’elles. La relation qui lie l’héroïne à la nature est étroite et sensible, entre respect, considération et sacralité, et donc pleine d’enseignements pour notre société. Corrag est un être d’une rare humanité et sensibilité, un mélange d’enfant et de femme, de sorcière et de fée, petit lutin des bois mais si robuste et courageuse ! Outre son rapport à la nature, les relations qu’elle noue avec les autres êtres humains est aussi à son image, délicate et bienveillante, bien qu’elle reste jusqu’au bout une femme indépendante et autonome. L’évolution du regard que lui porte Charles Leslie est particulièrement révélatrice de la dualité de Corrag : répugnant d’abord à écouter son histoire, il finit par se laisser happer, “ensorceler”, la couche de crasse et de poussière recouvrant le jeune femme cachant une âme pure, sincère et sensible.

Un petit bijou de roman, empreint de délicatesse et de poésie, à la fois épique et lyrique.

Un Bûcher sous la neige, Susan Fletcher

Atmosphère/climat : froid, humide et venteux, un temps cotonneux de neige, où l’on aspire à trouver refuge près de l’âtre bienfaisant.

Saveur : une saveur chaude, sucrée et ronde de châtaignes et de courges, mais avec un arrière-goût métallique et âpre de sang

Parfum : herbes sauvages fraîchement coupées, odeur de fumée

Rythme : lento, lent, au rythme des respirations de Corrag, saccadé, puis prestissimo, affrettando, précipité et tambourinant à la fin

Sonorité : dolce, douce, mystérieuse, serpentine, lusigando, ondulante/caressante

L’univers musical de Pentangle, groupe de folk britannique des années 70, se prête parfaitement à cette lecture : The Trees they do grow high, Hunting Song, Willy O’Winsbury, entre autres !

Couleur : blanc neige et rouge orangé

Le blanc de la neige, symbole de pureté et d’universalité, mêlé au rouge du sang, de la passion et des flammes.

L’alliance des deux saisons froides : le flamboiement de l’automne et le dépouillement de l’hiver.

Mots-clefs : sorcières, Écosse, jacobites, 17e siècle, Highlanders, nature, amour, plantes sauvages, indépendance, courage, femmes

Fratrie culturelle :

CHOLLET Mona. Sorcières : la puissance invaincue des femmes. Paris : Zones, 2018. 256 pages.

Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.
Qu’elles vendent des grimoires sur Etsy, postent des photos de leur autel orné de cristaux sur Instagram ou se rassemblent pour jeter des sorts à Donald Trump, les sorcières sont partout. Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure. La sorcière est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ? Quels types de femme ces siècles de terreur ont-ils censurés, éliminés, réprimés ?
Ce livre en explore trois et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante –; puisque les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant –; puisque l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.
Enfin, il sera aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.


HARRIS Joanne. Chocolat. Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff. Paris : Quai Voltaire, 2000. 336 pages.

Années soixante. Lansquenet est un village du Sud-Ouest. La vie y est tranquille, un peu somnolente, régentée par un jeune curé très austère, Francis Reynaud, qui entend faire régner la loi divine en ces temps de Carême. L’arrivée de Vianne Rocher et de sa petite fille, un jour de Mardi gras, va bouleverser ce rythme.


BRADLEY Marion Zimmer. La Colline du dernier adieu. Traduit de l’anglais par Lise André. Paris : Pygmalion, 2016. 393 pages.

Bien des siècles avant la naissance du roi Arthur et la venue des Dames du Lac dans l’île d’Avalon, au temps de la conquête de la Grande-Bretagne par Rome, Elane, fille de druide, aime d’un amour interdit, un jeune Romain.

+ sa série Les Dames du Lac

En accompagnement : une soupe onctueuse et réconfortante, mélange de courge et de châtaignes (ici ou ), suivie d’une tisane aux herbes sauvages (ortie, lierre terrestre…).


FLETCHER Susan. Un Bûcher sous la neige. Traduit de l’anglais par Suzanne V. Mayoux. Paris : Plon, 2010. 408 pages. (Collection Feux Croisés).

Dans l’Ecosse du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend d’être brûlée vive. Le révérend Charles Leslie fait le voyage depuis l’Irlande pour l’interroger sur les massacres dont elle a été témoin. Au fil des récits de Corrag, Charles devine son innocence. Il confie son désarroi à sa femme, Jane.

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