A la vie, L'Homme étoilé

Mars 2020, mois des vingt-sept ans, mois du printemps, mois du début du confinement… Un mois plein d’introspection et d’incertitude, mais un joli mois quand même, où le soleil était doux et les mots réconfortants.

Ce mois-ci, le tableau/bilan culture du mois de mars était tellement rempli que j’ai dû le scinder en deux parties (et à mon avis, cela risque d’arriver souvent… !). Aujourd’hui, les lectures, et dans un prochain article le méli-mélo films/séries/vidéos/cuisine/et tutti quanti !

Lectures

Évidemment, il y a eu beaucoup de lectures ce mois-ci. Déjà que je lis beaucoup de base, le nouveau rythme induit par le confinement m’a permis de gagner encore davantage de temps pour m’adonner à cette douce parenthèse ô combien apaisante et dépaysante en cette période troublée. D’autant plus que travaillant désormais essentiellement de chez moi, j’avais rapporté tout un carton de nouveaux livres à cataloguer, que je me suis bien sûr empressée de dévorer (c’est l’un des – nombreux – avantages à être bibliothécaire).

Il y a eu trois coups de cœur ce mois-ci, dont le premier tome de la saga Anne Shirley, de Lucy Maud Montgomery, dont je vous parlais juste ici. Je voulais aussi absolument vous parler de la série de BD jeunesse Le Loup en slip, sorte de spin-off ou série dérivée des Vieux fourneaux, de Wilfrid Lupano. J’ai lu ce mois-ci le 4e et dernier opus, Le Loup en slip n’en fiche pas une, toujours aussi truculent et pertinent ! Cette fois-ci, le loup est arrêté pour crime de fainéantise… à mois que le travail rémunéré ne soit pas la seule manière d’être occupé et d’être utile ? Avec toujours beaucoup d’humour, cette BD n’en questionne pas moins intelligemment notre rapport au travail et à l’argent, avec des répliques bien senties et édifiantes, dont voici un aperçu : “Mais enfin… je n’ai pas besoin de la gagner, ma vie. Je l’ai déjà.” À lire de toute urgence !

Dernier coup de cœur du mois, encore une BD, lue avant le confinement, mais qui met en lumière le travail et l’abnégation des soignants, et ne pouvait donc pas être plus d’actualité : À la vie, de L’Homme étoilé. Je connaissais déjà L’Homme étoilé sur Instagram (au départ car c’est le conjoint d’une blogueuse végane, Mlle Prune), et lisait déjà de temps en temps les petits scénettes qu’il publie sur son quotidien, notamment sur son travail en tant qu’infirmer en soins palliatifs. La BD reprend le même principe, avec un trait simple et souple, en noir et blanc rehaussé de bleu, sans fioritures mais avec beaucoup de tendresse et d’expressivité. Touchant et sensible, elle m’a fait penser à la BD Les Mille et une vies des urgences, de Baptiste Beaulieu et Dominique Mermoux. “Ajouter de la vie dans les jours, puisqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie”, voici en une phrase la philosophie de cette (trop) courte BD, et de son auteur infirmier artiste rockeur au grand cœur !

J’ai aussi apprécié ce mois-ci :

  • Le Complexe de la sorcière, d’Isabelle Sorente, mélange de fiction, d’autobiographie et d’essai dans la lignée de Sorcières : la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet. La narratrice y développe l’idée que le sentiment d’imposture (ce fameux syndrome de l’imposteur) qui gangrène essentiellement les femmes serait un héritage maudit des chasses aux sorcières de l’époque moderne (et non du Moyen-Âge, on ne le répètera jamais assez !). À l’origine de cette réflexion, il y a une apparition, l’apparition d’une femme sans âge à la narratrice, qui la pousse à fouiller au fond d’elle ses souvenirs, et au-delà dans d’autres vies, à travers les témoignages de ses amies, du harcèlement aux troubles alimentaires en passant par le burn-out. Petit-à-petit, l’enquête s’installe, avec comme principal accusé l’Inquisiteur, qu’elles ont toutes connu, que nous avons toutes connu, en la personne d’un homme ou d’une petite voix dans notre tête, juge impitoyable. Intéressant et incitant à la réflexion, l’autrice m’a parfois perdus dans toutes ses divagations, même si je trouve la conclusion très pertinente. Se poser la question de la cause de ces maux essentiellement féminins est très instructif et éclairant, que l’on adhère ou pas à l’aspect mystique de l’héritage génétique.
  • Plus léger, quoique tout aussi réflexif, Ze journal de la famille presque zéro déchet, de Bénédicte Moret, ou les chroniques quotidiennes sous forme de bande dessinée de la célèbre famille zéro déchet, après leurs manuels pratiques best-sellers Famille presque zéro déchet et Les Zenfants presque zéro déchet (qui ont un succès fou dans les bibliothèques où je travaille !). Je m’attendais davantage à des tranches de vie, mais il s’agit plus d’expliquer le concept du zéro déchet, avec bien sûr des exemples tirés de leur quotidien. Le ton mêle comme dans les manuels pédagogie et humour, avec un dessin très dynamique et coloré. Ludique et instructif pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure.
  • Autre BD, Luisa ici et là, de Carole Maurel, dont j’apprécie beaucoup le dessin et les couleurs douces et lumineuses. Un récit un peu fantastique cette fois-ci, puisque l’on va suivre une jeune adolescente de 14 ans qui va passer de l’année 1995 à 2013 en l’espace d’un trajet de bus, et se retrouver confrontée… à elle-même, âgée, de 33 ans. L’occasion bien entendu de mettre à plat ses aspirations personnelles, alors que sa vie d’adulte ne semble pas du tout correspondre à ses désirs d’adolescente, tant du point de vue du métier que de sa sexualité. Une jolie fable contemporaine, sans grande surprise, mais agréable à lire.

Trois romans que j’ai aussi bien appréciés, mais qui ont un peu manqué de souffle :

  • En parlant de souffle, Météore, d’Antoine Dole, est un très court roman (80 pages !), comme un long monologue débité d’un seul souffle par Sara, 16 ans, jeune femme trans assignée garçon à la naissance. Comme une litanie, elle raconte son histoire en suivant les méandres de ses pensées, questionnant le genre, la féminité, la haine, la vie. Car c’est une soif de vie qui la pousse à devenir ce qu’elle est vraiment, sans regret et avec étincelles, pour marquer ce monde tel un météore. Un très joli texte plein d’espoir, de résilience, de foi.
  • Ceci est mon corps, recueil de 6 textes issus à l’origine d’une rubrique de le magazine Causette, écrits par 6 femmes, de Faïza Guène à Ovidie en passant par Anna Cuxac. Chacune questionne son rapport au corps et à la féminité à travers une thématique, allant des cheveux au sexe en passant par les seins ou les intestins. Les styles d’écriture et les genres sont très différents, du témoignage à la fiction en passant par le texte explicatif : certains m’ont beaucoup plu, et d’autres moins. Le ton se veut à la fois instructif, décomplexé et rafraîchissant (le livre est estampillé littérature ado), et a le mérite de démystifier ces sujets souvent tabous.
  • Et pour terminer, un ovni du nom de Jupe et pantalon, de Julie Moulin, qui questionne là encore la féminité, plus exactement la place de la femme dans la société et les relations corps/esprit… mais en donnant la parole aux jambes, mains, cerveau et fesses de la protagoniste, du moins dans toute la première partie. Ce procédé déroutant, le tout dans une ambiance burlesque de comédie romantique ratée, laisse cependant place dans la deuxième partie à une vraie réflexion sur la place de la femme, la maternité, la vie de couple, le travail, la marche (oui tout ça !). Le message final, étonnant mais plein de bon sens, m’a beaucoup plu !

Et enfin, je termine avec une bande dessinée qui ne m’a pas vraiment parlé : Fun Home : une tragicomédie familiale, d’Alison Bechdel, pourtant chaleureusement recommandée par Pénélope Bagieu dans une interview (je ne sais plus laquelle). Le récit tourmenté de l’adolescence de l’autrice, mettant en parallèle la découverte de son homosexualité et celle, obscure, de son père, thanatopracteur. Le graphisme est plein de détails, dans des tons bleu-gris froids. Le récit m’a paru confus, difficile à suivre, flirtant avec le malaise. Ambigu et déstabilisant.

Et vous, quelles lecture ont égayé (ou pas !) le mois de mars ?

4 thoughts on “Tableau de mars – Lectures

  1. Merci pour ce petit aperçu. Je ne suis pas trop BD habituellement, mais je suis bien tentée par Luisa ici et là et Le loup en slip. “Jupe et pantalon” m’intrigue bien aussi. Ici pas beaucoup de lectures remarquable ce mois-ci, si ce n’est peut-être un livre en anglais assez déroutant “She may not leave”de Fay Weldon, où comment la jeune fille au pair engagée pour prendre soin du bébé d’un jeune coupe se retrouve à prendre la place de la mère (à tous les niveaux…). Avec une réflexion à la fin sur l’ambivalence des personnages assez intéressante… Belle journée à toi.

    1. Bonjour Milounette,
      Ce sont des BD qui sont qualifiées de romans graphiques de par leur format, la série du Loup en slip peut se lire comme un album d’ailleurs.
      Je ne connaissais pas Fay Weldon, merci pour la recommandation ! Le synopsis me fait un peu penser à Chanson douce, de Leïla Slimani, tu connais ?
      Belle journée à toi aussi.
      Mathilde

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