Soie, Alessandro Baricco (roman)

Une œuvre écrite à la manière d’un chant poétique. 65 petits chapitres comme autant de strophes.  Un rythme lent, avec beaucoup de respirations, et des répétitions comme autant de refrains.

On y suit le périple d’un commerçant, Hervé Joncour, qui achète et vend des vers à soie, de Lavilledieu au Japon. Là-bas, il rencontre une jeune femme auréolée de mystère, qui va mettre tous ses sens en émoi.

« Ses yeux n’avaient pas une forme orientale, et son visage était celui d’une jeune fille. »

L’action fait penser à une rivière s’écoulant si lentement que le flux de l’eau est presque imperceptible. Le récit est tout en sensibilité, en sensualité, essentiellement construit autour de regards et de non-dits.

Les personnages sont esquissés avec délicatesse : on en apprend juste assez sur eux. L’essentiel, pas de fioritures, juste des évocations. La belle voix d’Hélène, la femme d’Hervé Joncour. Les bagues de minuscules fleurs bleues de Madame Blanche. Les parties de billard de Baldabiou. La volière d’Hara Kei.

La fin est inattendue mais douce, sans chute tonitruante, comme la neige tombée sans bruit dans la nuit et que l’on découvre le matin en ouvrant les volets.

Une histoire d’amour intense mais discrète, qui brouille nos a priori et se révèle aussi surprenante que passionnée.

Soie, Alessandro Baricco

Atmosphère/climat : une chaude soirée de fin d’été/début d’automne, indolente et languissante, dernière vague de chaleur alors que les arbres commencent déjà à perdre leurs feuilles…

Saveur : douce et sucrée, petite pointe d’amertume

Parfum : odeur légère de fleurs (rose, lilas)

Rythme : lento, appassionato, lusingando (lent, passionné, caressant) avec des reprises (dal segno)

Sonorité : musique asiatique mélancolique (à base de koto, un instrument à vent à cordes pincées, sorte de longue cithare, au son proche de la harpe), pépiements d’oiseaux et écoulement d’eau

Couleur : blanc légèrement rosé, un peu comme les fleurs de sakura, cerisier japonais.

Le sakura incarne au Japon le caractère éphémère de la beauté mais aussi de la vie. Une parenthèse, comme cette histoire d’amour, dont la mort sera la révélation.

Mots-clefs : amour, Japon, poésie, industrie de la soie, sériciculture, voyage

En accompagnement : un sakura mochi (mochi aux feuilles de cerisier) ou encore un mochi à la rose… Un goût délicat et discret, une texture un peu collante et élastique, comme un souvenir, une impression tenace qui reste ancrée en nous. Avec une tasse de thé, doux mais un peu amer (thé Matcha, thé noir).

Le mochi est une pâtisserie japonaise faite à base de riz gluant, de sucre et d’eau. Le mochi daifuku est un mochi fourré, généralement avec une pâte de légumineuse (l’anko, à base de haricots azuki, ou le shiroan, à base de haricots blancs). Les mochis accompagnent généralement le thé.

 

BARICCO Alessandro. Soie. Paris : Albin Michel, 1997. 1re éd. : 1996 (Italie). 132 pages. (Collection Grandes traductions).

En 1861, une maladie ravage les élevages européens de vers à soie. Hervé Joncour, 32 ans, marié à une femme discrète, est chargé par les magnaniers de Lavilledieu de se rendre au Japon, pays alors fermé aux étrangers, pour y acheter en contrebande des œufs indemnes de maladie.

Traduit de : Seta.

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