Par les routes, Sylvain Prudhomme (roman, 2019)

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Par les routes, Sylvain Prudhomme

Par les routes, Sylvain Prudhomme (roman, 2019)

Qu’est-ce qui pousse donc un homme à sillonner les routes en autostop, en-dehors de toute considération matérielle ? L’autostoppeur, puisque c’est ainsi que le nomme le narrateur dans tout le récit, est pourtant bien installé, en couple avec une femme qu’il aime et qui l’aime, et père d’une jeune garçon. Un quotidien heureux, un quotidien qu’il fuit pourtant, le pouce en l’air, la pancarte en bandoulière, toujours en France mais de plus en plus loin, jamais définitivement mais de plus en plus longtemps.

On découvre ce personnage atypique à travers les yeux du narrateur, Sacha, un écrivain en quête d’inspiration, justement en train d’écrire un roman autour du voyage. Alors qu’il s’installe à V., il retrouve de manière inattendue celui qu’il appelle “l’autostoppeur”, dont on comprend très vite qu’ils ont été très proches il y a quelques années, qu’ils ont fait un bout de route ensemble, avant de se quitter sans plus jamais se revoir. Alors que lui a sagement rangé pancarte et sac à dos au placard, son ancien ami continue de pratiquer l’autostop, déroutant (admirez le jeu de mot) Sacha, qui ne comprend pas ce choix de vie entre deux aires d’autoroutes. Besoin d’évasion, de rencontres, désir de fuite, il part, toujours, encore, malgré ou peut-être à cause de l’amour qu’il porte à sa famille.

Tandis qu’il déserte la maison, le narrateur s’y installe peu à peu, et s’instaure entre ces cinq personnages un jeu de chat et de souris, de chasse au trésor, de jeu de piste, entre compétition et tendresse, entre concurrence et fraternité.

Un roman dont l’écriture fluide et lancinante m’a toute de suite happée comme un courant d’eau. La ponctuation y est en effet réduite à son maximum : juste les points, quelques virgules, pas de points d’interrogation, d’exclamation ou de suspension (clin d’œil sans aucun doute, comme pour le titre, au récit Sur la route de Jack Kerouac). Juste un fil de pensées, celui du narrateur.

Outre l’écriture, l’histoire est originale et bien menée, les personnages sont tous attachants dans leur complexité. J’y ai découvert le monde de l’autostop, que je ne connaissais pas du tout, ne l’ayant jamais pratiqué. Enfin, de très belles réflexions émaillent le texte, notamment sur sur l’attachement, l’amour et l’amitié, mais aussi l’évasion, par le voyage ou par les mots.

Par les routes, Sylvain Prudhomme

Atmosphère/climat : un temps frais et ensoleillé, avec du vent, symbole de mouvement.

Saveur : douce-amère

Parfum : une odeur de bitume et d’essence.

Rythme : lancinant et sinueux.

Sonorité : bruits d’autoroute et de pneus qui crissent, et puis le silence de la nature, le chants des oiseaux et le souffle du vent dans les arbres.

Couleur : vert et gris, la nature et le bitume, la jeunesse et la sagesse, l’espoir et la tristesse, la dualité de l’autostoppeur.

Mots-clés : auto-stop, voyage, amitié, amour, famille, rencontres, France, jeu, écriture.

Fratrie culturelle :

KEROUAC Jack. Sur la route : le rouleau original. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Josée Kamoun. Paris : Gallimard, 2010. 505 pages. Collection Du monde entier.

Sur la route a été composé en trois semaines, en 1951, sur un long rouleau de papier télétype, sans ponctuation. Le roman décrit la route avec Dean, mais aussi le jazz, l’alcool, les filles, la drogue, la liberté. Refusé par les éditeurs, le manuscrit est retravaillé par son auteur et publié plusieurs années après. En complément, des explications sur la genèse du texte.


BOURDEAU Théodore. Les Petits garçons. Paris : Stock, 2019. Collection Arpège.

C’est l’histoire du narrateur, trop tendre face à la violence du monde, et celle de son ami Grégoire, au parcours fulgurant, depuis leur enfance, puis dans leur adolescence et dans leur vie d’adultes. Premier roman.

J’en parle juste ici !


En accompagnement : des sandwichs bien évidemment (et plein d’autres idées par ici !), mais dans un standing plus élevés que ceux triangulaires et mous des aires d’autoroutes !


PRUDHOMME Sylvain. Par les routes. Paris : Gallimard, 2019. 304 pages. Collection L’Arbalète Gallimard.

À travers le personnage de l’autostoppeur, ce récit évoque la force de l’amitié et du désir ainsi que le vertige devant la multitude des existences possibles.

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