Né d’aucune femme, Franck Bouysse (roman, 2019)

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Né d’aucune femme, Franck Bouysse (roman, 2019)

C’est une bien étrange confession qui va conduire le père Gabriel, curé de campagne, sur les traces de Rose. Ses traces, ou plutôt ses mots, consignés dans des carnets cachés au pied de la morte, dans un sombre asile où les murs semblent vibrer de cris refoulés. Les mots ont une valeur cathartique pour Rose, qui plonge Gabriel et le lecteur dans son histoire, terrible et poignante. Vendue par son père à ses 14 ans auprès d’une famille qui abuse d’elle et la maltraite, elle tente de survivre coûte que coûte, et continue à admirer la beauté partout où elle la trouve : le miroitement de l’eau à la rivière, la robe lustrée d’un cheval, les épaules larges et le sourire si rare d’Edmond…

Un livre vibrant et fort, qui remue nos entrailles. Le récit alterne les narrations, à la fois des points de vue et du style : les écrits de Rose, précis et poétiques, le récit d’Onésime, le père, de Gabriel, les pensées plus abruptes d’Edmond, et de mystérieux personnages, « l’homme », « l’enfant », qui ne prennent corps qu’au dénouement. Dénouement surprenant mais tissé avec doigté, distillant des indices ça-et-là dans le récit.

La plume de Franck Bouysse est à la fois incisive et lyrique, décrivant les événements les plus terribles avec précision mais non sans poésie.

Un roman noir, dur, puissant, qui ne vire cependant pas à l’horreur, et reste lumineux, comme un tableau de Georges de La Tour, un roman clair-obscur.

Né d'aucune femme, Franck Bouysse

Atmosphère/climat : une nuit froide et brumeuse

Saveur : une bouchée de pain noir et rustique, au goût puissant, un peu salé, avec une légère pointe d’acidité

Parfum : une odeur de cendres et de pain mêlée, une odeur d’humus, de terre humide

Rythme : lent, appuyé, solennel

Sonorité : silencieuse, quelques bruits de pas feutrés, de craquements de bois, de chuchotements, des aboiements au loin.

Couleur : noir, indéniablement. Mais comme le souligne l’artiste Pierre Soulages, le noir peut être lumineux. Le noir, symbole du deuil, de la tristesse, de la mort, mais aussi de la simplicité, de la sobriété.

C’est aussi la couleur de la nuit, qui peut tout aussi bien être oppressante (les ténèbres et leurs mystères) que réconfortante (l’apaisement du sommeil, le repos après une longue journée).

Mots-clefs : ruralité, amour, maternité, folie, manipulation, servitude, écriture

Fratrie culturelle :

BOUYSSE Franck. Grossir le ciel. Paris : La Manufacture de livres, 2018. 221 pages.

Gus vit depuis toujours aux Doges, un hameau perdu au cœur des Cévennes. Il n’a plus vraiment de famille, à part Abel et Mars. Mais qui pourrait raisonnablement affirmer qu’un voisin et un chien représentent une vraie famille ? En ce froid matin de janvier Gus s’approche de la ferme d’Abel avec son calibre 16 : il a repéré du gibier. Mais alors qu’il s’apprête à tirer, il entend un coup de feu. Gus se dira plus tard qu’il n’aurait jamais dû baisser les yeux vers la ferme, qu’il fallait ignorer cette grosse tache dans la neige.
Que s’est-il passé chez Abel ?


RÉCONDO Léonor de. Amours. Paris : Sabine de Wespieser, 2015. 280 pages.

Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches. Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles.
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.


Les tableaux en clair-obscur de Georges de La Tour, notamment les Madeleine pénitentes.

La Madeleine aux deux flammes, Georges de La Tour, v. 1640. Huile sur toile, 133,4 x 102,2 cm. New York, Metropolitan Museum of Art.
La Madeleine aux deux flammes, Georges de La Tour, v. 1640. Huile sur toile, 133,4 x 102,2 cm. New York, Metropolitan Museum of Art.

Le tableau Maternité de Picasso, de 1905.

Maternité, Pablo Picasso, 1905. Collection privée.
Maternité, Pablo Picasso, 1905. Collection privée.

Et bien sûr la longue liste des Vierges à l’Enfant…

En accompagnement : une belle tartine de pain noir au sarrasin ou au seigle, bien dense et rustique, avec du fromage végétal aux noix de cajou (symbole maternel) idéalement fermenté (la fermentation comme métaphore de la grossesse, de l’attente), et du beurre de pommes pour la délicatesse et la rondeur qui vient équilibrer le tout.


BOUYSSE Franck. Né d’aucune femme. Paris : La Manufacture de livres, 2019. 336 pages. “Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose.” Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.

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