Mille petits riens, Jodi Picoult

Mille petits riens, Jodi Picoult (roman)

Ruth Jefferson est une femme fière et intègre, qui mène de front sa vie professionnelle d’infirmière et sa vie personnelle de mère élevant seule son fils adolescent depuis la mort de son mari. Mais tout bascule le jour où elle se voit empêcher d’exercer son travail, interdite de s’occuper d’un nourrisson. Car Ruth est noire, et cet enfant est le fils d’un couple de suprémacistes blancs. Quand ce dernier montre des signes de faiblesse, Ruth est tiraillée entre ce que lui dicte son cœur et son esprit, entre sa vocation et les ordres de sa hiérarchie. Lorsque le bébé meut dans d’obscures circonstances, Ruth apparaît alors comme la coupable désignée, soit parce qu’elle l’aurait touché, allant à l’encontre des souhaits du couple, soit parce qu’elle n’aurait pas cherché à le sauver, allant à l’encontre de sa déontologie.

Ce roman choral dense et fouillé met en scène le procès de Ruth à travers trois voix : celle de Ruth, celle de son avocate commis d’office, Kennedy McQuarrie, et enfin celle de Turk Bauer, le père du fils décédé.

Le récit est passionnant et édifiant, et apparaît comme une véritable condamnation du racisme. Une condamnation non seulement de sa forme active, voire violente, personnifiée par le couple de suprémacistes, mais aussi de sa forme passive et souvent involontaire. Cette dernière se caractérise par cette non-conscience d’être privilégié en tant que blanc, personnifiée par Kennedy, par Christina, l’amie d’enfance de Ruth, mais aussi la fille des employeurs blancs de sa mère… mais aussi par l’auteure elle-même (qui raconte cette prise de conscience en postface)… et par moi-même, en tant que lectrice blanche.

Le style d’écriture est fluide et rythmé grâce à l’alternance des points de vue, aux nombreux rebondissements, ainsi qu’aux retours en arrière, dans les souvenirs des protagonistes. Ceux-ci s’avèrent riches et complexes : on adorerait détester Turk, mais ses propos laissent transparaître son attachement envers son fils, sa femme, et même, quelques doutes. L’ambiguïté de Kennedy et de Christina est touchante et instructive, car elle nous renvoie à nos propres paradoxes et préjugés. Enfin, même Ruth n’apparaît pas comme une pauvre victime : fière et rancunière, elle-même n’est pas dépourvue de préjugés… sur les blancs !

Je ne vous révélerai bien sûr pas la fin, qui m’a toutefois paru un peu idéaliste, bien que plausible. Un gros pavé qui se dévore très facilement, édifiant, déstabilisant et poignant !

Mille petits riens, Jodi Picoult

Atmosphère/climat : tempétueux et froid, ciel noir et averse de grêlons blancs, qui viennent vous cingler au visage… Heureusement, il y a la promesse d’un foyer lumineux et d’une tasse de chocolat chaud.

Saveur : doux-amer, un chocolat fondant mais très riche en cacao

Parfum : odeur d’hôpital, de désinfectant, et une odeur métallique, de fer, de sang

Rythme : agito (agité), presto (rapide) et staccato (détaché, saccadé), comme la respiration et les battements de cœur de Ruth, comme la colère dans le cœur de Turk.

Sonorité : puissante et colérique, un cri de rage, de désespoir

Couleur : café, un beau brun clair un peu doré, comme est décrite la peau de Ruth

Outre le symbole de la terre, de la nature, le marron est aussi assimilé à la brutalité, à la violence, faisant écho à l’attitude de Turk Bauer et des autres suprémacistes blancs. Cette couleur symbolise aussi le dénuement et la pauvreté, véhiculant l’idée de saleté pour l’aspect négatif, à la simplicité, l’humilité pour l’aspect positif.

Mots-clefs : racisme, discrimination, procès, préjugés, hôpital, infirmière, relations Noir/Blanc, suprémacisme

Fratrie culturelle :

LEE Harper. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur. Traduit de l’anglais par Isabelle Stoïanov, postface d’Isabelle Hausser. Paris : Librairie générale française, 2006. 447 pages. (Le livre de poche, n°30617).

Dans l’Amérique des années 1930, en Alabama. La vie qui s’y déroule au ralenti n’a guère changé depuis le début du siècle. C’est là que grandissent, un peu en marge, la très jeune narratrice Scout et son frère aîné Jem. Leur père, Atticus Finch, veuf, avocat de son état, doit défendre un Noir, Tom Robinson, accusé d’avoir violé une jeune Blanche, qui risque la peine de mort. Prix Pulitzer 1961.


STOCKETT Kathryn. La Couleur des sentiments. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Girard. Arles : Actes Sud, 2010. 525 pages.

Jackson, Mississippi, 1962. Dans quelques mois, Martin Luther King marchera sur Washington pour défendre les droits civiques. Mais dans le Sud, toutes les familles blanches ont encore une domestique noire. Quand deux d’entre elles, aidées par une journaliste, décident de raconter leur vie au service des Blancs, elles ne se doutent pas que la petite histoire s’apprête à rejoindre la grande.

+ Le film éponyme de Tate Taylor. La Couleur des Sentiments. Dream Works, 2012 (2h26).


WHITEHEAD Colson. Underground railroad. Traduit de l’anglais par Serge Chauvin. Paris : Albin Michel, 2017. 416 pages.

Cora, 16 ans, est esclave sur une plantation de coton en Géorgie, avant la guerre de Sécession. Grâce à Caesar, elle réussit à s’échapper. Leur première étape est la Caroline du Sud, dans une ville semblant être le refuge idéal mais cachant une terrible vérité. Il leur faut fuir à nouveau, d’autant plus que Ridgeway, chasseur d’esclaves, les traque. Prix Pulitzer 2017, National Book Award 2016.


CHEVALIER Tracy. La dernière fugitive. Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff. Paris : Quai Voltaire,2013. 373 pages.

Quand Honor Bright se décide à franchir l’Atlantique pour accompagner dans l’Ohio sa soeur, promise à un Anglais récemment immigré, elle pense pouvoir recréer auprès d’une nouvelle communauté le calme de son existence de jeune quaker. Mais l’Amérique de 1850 est périlleuse. Sa soeur est emportée par la fièvre jaune et Honor se retrouve seule sur les routes accidentées du Nouveau Monde.

En accompagnement : Du dense pour accompagner ce gros pavé, et du chocolaté ! Des barres coco-chocolat façon « Bounty » (aussi en version boules, à retenir pour Noël !), une référence au surnom donné à Ruth, et à de nombreuses autres personnes Noires élevées par des Blancs, ou côtoyant des Blancs, et qui sont donc jugées « noires à l’extérieur, blanches à l’intérieur » (le surnom d’Oréo est aussi fréquent apparemment).

Plus original pour les aventuriers : du chou-fleur au chocolat ! Une recette étonnante, mise au point par Ophélie du blog Antigone XXI. Blanc à l’intérieur, marron à l’extérieur… le chou-fleur ayant aussi la particularité d’être blanc et crépu !

 

PICOULT Jodi. Mille petits riens. Arles (Bouches-du-Rhône) : Actes Sud, 2018. 592 pages. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin.

Reconnue pour ses compétences d’infirmière et appréciée de ses collègues, Ruth Jefferson se fait interdire d’approcher le bébé d’un couple de suprématistes blancs, à la demande de ces derniers, à cause de sa couleur de peau. Quand le petit Davis Bauer meurt, Ruth est suspendue de ses fonctions. Electre 2018.

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