Mal de pierres, Milena Agus (roman, 2007)

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Mal de pierres, Milena Agus

Mal de pierres, Milena Agus (roman, 2007)

Nos proches sont parfois les êtres qui nous échappent le plus. Dans ce court roman, la narratrice tente de retranscrire l’histoire de sa grand-mère, une femme atypique et énigmatique, à la longue chevelure brune, alla Gioconda. Cette entreprise s’avère bientôt relever davantage de la peinture impressionniste que du récit biographique. Par petites touches qui sont autant de souvenirs, la petite fille dresse le portrait de cette grand-mère sarde, mais un portrait de dos, à l’image de la couverture judicieusement choisie du livre. Un portrait qui se dérobe au fur et à mesure du récit, et dont la seule persistance, la seule vérité peut-être, restera cette longue chevelure brune.

De cette grand-mère, nous en saurons ce qu’en disent les autres : malade tant physiquement (elle est atteinte du “mal de pierres”, ou calculs rénaux) que mentalement : on la dit chétive, on la dit folle. Malgré sa beauté, cette longue chevelure brune et soyeuse, les hommes la fuient, à son grand désespoir, jusqu’à ce qu’un veuf accepte de l’épouser, comme pour s’acquitter d’une dette envers sa famille qui l’a aidé pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais loin de l’apaiser, ce mariage a un goût amer, et son état de santé se dégrade.

Folle elle l’est, sans hésiter, folle d’amour pour un autre mystérieux personnage, le Rescapé, estropié rencontré lors d’une cure salvatrice. Salvatrice à plus d’un titre, car outre l’amélioration de sa santé, elle parvient enfin à mener à bout une grossesse, et à accoucher d’un petit garçon, le père de la narratrice. Il devient un pianiste virtuose, une vie de musique et de mélancolie, qui ont bercé l’enfance de cette dernière.

Les chapitres sont courts, comme si la narratrice nous chuchotait des bribes à l’oreille. L’écriture de Milena Agus est toute en finesse, en poésie, sinueuse comme les pensées, parfois difficile à suivre car ne respectant pas la chronologie linéaire. La chute est toute de même assez surprenante, et de ce personnage, on retiendra surtout la prestance et le mystère, une image floue, de dos, vaporeuse, à l’instar de certains tableaux de l’artiste allemand Gerhard Richter.

Mal de pierres, Milena Agus

Atmosphère/climat : une journée de la fin août, encore chaude, un peu pesante, un peu mélancolique de l’été qui s’achève, le ciel presque blanc, légèrement voilé

Saveur : sucrée et amère, un goût de chocolat noir, rehaussé d’une pointe de sel

Parfum : odeur du linge qui sèche au soleil, de cheveux parfumés

Rythme : lento, lent, sinueux, ondulant

Sonorité : bruissements de jupes, chuchotements, légers bruits de cloches au loin

Couleur : brun chocolat, comme les cheveux de la grand-mère

Mots-clefs : Sardaigne, folie, famille, amour, grand-mère, portrait, récit de vie, maladie, Italie

Fratrie culturelle :

JOSSE Gaëlle. Une Longue impatience. Montricher : Noir sur Blanc, 2017. 192 p. (Collection Notabilia).

En Bretagne, la veuve d’un pêcheur épouse en secondes noces le pharmacien du village. Son fils, issu de son premier mariage, ne parvient pas à trouver sa place dans cette nouvelle famille et choisit de partir en mer, comme son père. Une longue attente commence alors pour la narratrice qui, pour tromper son ennui, imagine le grand banquet qu’elle offrirait afin de fêter le retour de son enfant.


KERNINON Julia. Ma dévotion. Arles : Rouergue, 2018. 299 pages. (Collection La Brune).

A 80 ans passés, Helen et Frank se retrouvent par hasard à Londres, bien après qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Pour Helen qui n’espérait plus revoir celui qu’elle a aidé à devenir un peintre célèbre, ces retrouvailles sont l’occasion d’un retour sur soi. La nature de son sentiment se révèle à travers la mise à plat des années passées avec ou loin de lui.


Les portraits hyperréalistes de Gerhard Richter, notamment Betty (1988, huile sur toile, 102 x 72 cm, Saint Louis Art Museum), et les portraits de Madeleine pénitente, du peintre Georges de La Tour, ces femmes à la longue chevelure brune et à l’air mélancolique…


En accompagnement : un coulant au chocolat, rappel gourmand de la chevelure brune et soyeuse de la grand-mère, de son amour fou pour le Rescapé, qui tient autant de la passion que de la mélancolie…


AGUS Milena. Mal de pierres. Traduit de l’italien par Dominique Vittoz. Paris : Liana Levi, 2007. 123 pages.

Entourée de jeunes hommes qui pourraient lui demander sa main, l’héroïne tarde pourtant à trouver un mari car elle rêve de l’amour idéal. A trente ans, elle est déjà considérée comme une vieille fille par les siens, dans une Sardaigne qui connaît les affres de la Première Guerre mondiale.

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