truffes crues





il était une foisun royaume où toutes les décisions étaient prises au jeu. C’était un jeu un peu particulier, qui s’appelait le mord-pion. Il ressemblait à peu de choses près à notre célèbre morpion, preuve qu’il existe bien des échanges entre le monde visible et le monde invisible. Les règles étaient simples : la partie opposait deux entités (deux individus ou deux équipes), qui se voyaient chacune attribuer une couleur de pions-chocolats. Le but était d’aligner horizontalement, verticalement ou en diagonale trois de ses pions-chocolats sur un immense damier qui recouvrait le sol d’une salle entière. À tour de rôle, chaque équipe pouvait soit poser un de ses pions, soit en mordre un appartenant à l’adversaire, c’est-à-dire le retirer du jeu en le dévorant à pleines dents. Il était cependant impossible de mordre deux fois de suite un pion-chocolat. Les parties étaient parfois tellement longues qu’une pause était nécessaire afin d’éviter une crise de foie. 
          Le Mord-pion avait valeur de politique et d’administration. Face à un dilemme, le Roi faisait jouer ses conseillers antagonistes et optait pour la solution des vainqueurs. Mais ce système s’étendait aussi au domaine judiciaire. Chacun des sujets de Sa Majesté devaient se plier à celui-ci, quels que soient leur rang, leur âge ou leur sexe. Toute dispute, aussi minime soit-elle, trouvait sa résolution dans le score final. Le gagnant obtenait justice, tandis que le perdant devait désormais se taire. Le Secrétaire du Roi consignait scrupuleusement tous les motifs et les résultats des parties dans le Livre du Mord-pion. 
          Mais il arrivait parfois qu’une requête ne fasse pas intervenir un quelconque opposant : il s’agissait alors d’une Requête Unilatérale, qui ne concernait que le quémandeur. Celle-ci, de la plus banale à la plus fantasque. était alors mise en jeu contre le Roi. S’il gagnait, son souhait était accompli. Dans le cas contraire, il repartait comme il était venu, avec peut-être quelques grammes chocolatées en plus. Si les motivations des Requêtes Unilatérales étaient variées, il en était différemment du dénouement : le Roi, en fin stratège et à l’estomac solide, n’avait jamais perdu une seule partie.

          Or il y avait, parmi les sujets de Sa Majesté, un curieux personnage dont on était bien incapable de se souvenir du nom, mais que l’on appelait communément le Fou. Fou, il l’était certainement, avec des cheveux et sa barbe en broussaille, ses yeux vert malachite et ses fantaisies vestimentaires (il se couvrait de fleurs au printemps, de fruits en été, de feuilles en automne et de bois en hiver). Il vivait en retrait dans une sorte de cabane-laboratoire en bois sombre où l’on voyait de mystérieuses lumières étinceler et de légères brumes tournoyer. L’odeur sucrée des fleurs se mêlait à la chaleur des épices et à la fraîcheur des simples. Sa voix grave et lente s’élevait parfois dans une litanie étrangement mélodieuse, avant de laisser place à des bruits confus de chocs et de coups.
          On le voyait peu, mais il était toujours présent lors de fêtes et des banquets où il venait divertir le Roi par sa tirade à la fois absurde et savante et sa gestuelle à la fois maladroite et gracieuse. 
          Mais un beau matin, il demanda audience et vint se présenter devant le Roi. Ce dernier était plongé dans une partie de mord-pion qui opposait deux de ses conseillers : l’un préconisait une cure de sirop d’argousier pour toute la population, afin de renforcer leurs défenses immunitaires en cette période hivernale, l’autre s’y opposait, jugeant cette prévention inutile et inefficace. Lorsque le Roi baissa les yeux vers le Fou, revêtu d’une somptueuse tunique de mousse fraîche et de bois de châtaignier, il eut un petit sursaut de surprise.
“- Allons donc ! Que me vaut donc cette visite impromptue, mon cher ami ? Il ne me semble pas vous avoir fait mander, et troubler ainsi vos activités…
– Vous n’avez perturbé en rien mes activités, ô Noble Roi. Si je me tiens ici devant vous, c’est que j’en ai eu le dessein. Je suis venu vous soumettre une requête qui, je l’espère, sera satisfaite.
– Vous connaissez la règle, mon ami : toute demande est soumise à l’intraitable justice du mord-pion. Vous êtes seul, dois-je en déduire qu’il s’agit d’une Requête Unilatérale ,
– D’une certaine manière oui, Votre Majesté. Ma demande est simple : je souhaiterais jouer une partie avec vous.
– Mais bien sûr, vous jouerez contre moi s’il s’agit d’une Requête Unilatérale. Quelle est donc le motif de celle-ci ?
– Aucune, ô Sérénissime, sinon mon bon plaisir.
– Votre bon plaisir ? Mais cela ne se peut ! Avez-vous conscience que j’ai des questions cruciales à traiter et que je ne peux jouer une partie comme cela, juste pour mon bon plaisir ?” s’offusqua le Roi en fronçant les sourcils.
“- J’en ai bien conscience,” répondit le Fou avec une pointe d’ironie, “mais ma demande est noble et recevable, vous êtes en devoir de la considérer. Soit vous l’acceptez tout de suite, et en ce cas nous jouerons ensemble pour notre bon plaisir, soit nous jouons d’abord pour déterminer si vous pouvez m’octroyer de votre temps pour mon bon plaisir. Mais alors si je gagne, vous devrez jouer de nouveau avec moi, et vous perdrez davantage de votre précieux temps.”
          Le Roi en resta bouche bée pendant de longues minutes. Le Fou, ayant fini son discours, ne semblait pas pressé. Il s’assit là, à même le sol et attendit patiemment la réponse.
“- Très bien, j’accède exceptionnellement à votre requête, mais sachez que j’agis par devoir, par égard pour tous les autres de mes loyaux sujets qui attendent mon jugement royal. Je vous ferai mander dès que cette partie sera achevée, et nous jouerons, puisque c’est ce que vous souhaitez.
– Je vous remercie, ô Vénérable Roi. Permettez-moi de fournir les pions-chocolats, afin de ne pas incommoder vos illustres chocolatiers : je possède un stock conséquent dont je ne sais que faire.
– Oh, je doute que cette partie requiert plus de cent pions-chocolats, mon ami. Sachez de plus que mes goûteurs détermineront très vite si ceux-ci sont empoisonnés.
– Voyons, ô Roi Clairvoyant, vous m’offensez. N’avez-vous point de sujet plus loyal que votre serviteur, qui vous divertit et vous approvisionne en denrées de toutes sortes, telles que ce fameux sirop d’argousier ? Mon désir le plus cher est que cette partie vous sera néanmoins agréable.
– Ne soyeux pas trop présomptueux, cher ami. Je joue depuis que j’ai pu croquer les pions, alors que je ne tenais pas encore sur mes deux jambes. Mais vous, Le Fou, je ne vous ai jamais vu jouer ! Connaissez-vous seulement les règles ?
– Qui ne les connaît pas, Votre Majesté ?”
          Ils se défièrent du regard avant d’être interrompus par les cris de joie du conseiller n°2 (celui qui s’opposait à la fameuse cure de sirop d’argousier), qui venait de remporter la partie après deux jours entiers de lutte acharnée.

drawing king


          Dès que le ménage fut fait, on apporta les pions-chocolats. Il fallut une bonne dizaine de cavaliers pour charger les quelques centaines de pions gracieusement fournis par Le Fou. En cette période de l’année, il avait opté pour des truffes, les unes recouvertes de poudre brune, les autres de neige blanche. Comme le voulait la tradition, le Roi s’octroya les pions opalins, le blanc étant la couleur royale. Le goûteur goûta les pions noirs – ceux que le Roi était susceptible de mordre – , ne nota aucune anomalie aromatique ou gustative, et comme au bout de quelques heures il se portait comme un charme, la partie commença enfin.
          La première heure du jeu se déroula dans un silence religieux, tout juste rompu par le doux bruit de leurs pas sur le damier géant et par la mastication consciencieuse des pions. À la pause, le Roi avait déjà mordu trois des pions du Fou, tandis que ce dernier n’en avait croqué aucun. Il était midi, la faim tordait leurs estomacs. Ils déjeunèrent donc dans le Grande Salle du Mord-Pion, car il était mauvais de jouer le ventre vide, on était trop tenté de dévorer les chocolats, au risque de mordre deux fois de suite – faute éliminatoire – ou même de croquer par inadvertance un de ses propres pions – ce qui serait complètement inepte et regrettable -. En mordant à pleines dents dans son sandwich, le Roi fit remarquer à son compagnon de jeu que les chocolats bruns n’avaient rien d’exceptionnels, et étaient même un peu trop amers. 
“- Je vous croyais plus habile cuisinier, mon cher ami. Mais il est vrai que le chocolat est une denrée délicate, et vous avez des goûts disons… peu communs.” ajouta le Roi en observant Le Fou découper élégamment ses galettes à l’ortie et au coprin chevelu, nappées de sirop de pousses d’épicéa. Ce dernier souriait. 
“- Manger est un voyage, Ô Sérénissime. Un voyage dans les saveurs et dans les souvenirs… La moindre bouchée de chocolat me plonge dans une rêverie exquise… Jouer au Mord-pion est ainsi à la fois un délice et une torture ! Si j’espère gagner, il me faut repousser au maximum le moment fatidique où je devrai croquer un pion, car je risque fort de perdre tous mes moyens !”
          Le Roi éclata d’un rire tonitruant :
“- Heureusement que je ne suis pas comme vous, avec toutes les parties que je dois mener… et remporter ! Mordre dans un chocolat m’est agréable, rien de plus.
– Sachez que je ne désespère pas, ô Noble Roi, de vous voir un jour chavirer de gourmandise…
– Ce jour-là n’est pas près d’arriver, mon ami !”
          Sur ces mots, le Roi se leva et la partie reprit. Toutefois une drôle de sensation l’envahit peu-à-peu. Une sensation inhabituelle mais plaisante… Il avait l’impression d’être enveloppé dans une couverture chaude et moelleuse, les muscles relâchés comme après une grande promenade. Et puis il y avait cette odeur qui s’élevait dans l’air et s’intensifiait de minute en minute. Une fragrance puissante mais douce, légère et épicée, sucrée et amère… une subtile fragrance de chocolat. Pourtant Le Fou était imperturbable, avec toujours ce petit sourire en coin qu’il arborait depuis le début.
          Le Roi n’avait jamais senti une odeur pareille, si délicieuse qu’il en salivait. Il voulut en avoir le cœur net. Au coup suivant, il prit un pion noir du Fou et huma ses arômes avant de le mordre. Non. Il sentait le chocolat et avait goût du chocolat qu’il avait coutume de manger. Mais l’odeur persistait, de plus en plus enivrante. Il en déduisit alors qu’elle provenait de ses propres pions. Sous leur neige blanche et poudrée, ils exhalaient une effluve irrésistible. Comment Le Fou pouvait-il ne pas y succomber ? Il n’en avait encore croqué aucun ! Alors que le parfum chocolaté semblait pénétrer les pores de sa peau et imprégner tout son être, le laissant pantelant et la gorge sèche. 
“- Désirez-vous que nous fassions une pause, votre Majesté ?”, lui proposa Le Fou qui le dévisageait, les yeux rieurs. “Vous semblez fébrile… Prenons l’air un peu, laissons la bise nous rafraîchir le corps et l’esprit.
– Allez-y donc, je vous rejoins dans un instant, juste le temps de m’asseoir un peu.
– Comme vous voulez. Prenez votre temps, je ne suis pas pressé.”
          Il sortit, laissant le Roi seul face aux truffes tentatrices. Celui-ci resta immobile pendant un temps qui lui parut extrêmement long, les membres comme engourdis, la tête dans les brumes, tiraillé entre désir et raison. Ah, cette odeur ! Une promesse de délices ! 
          Et soudain son corps s’anima enfin, il se ploya en deux, la main droite tendue vers le sol, vers l’une de ces sphères blanches si parfaites et si appétissantes…

          Ce jour-là, le Roi perdit pour la première fois. Certains dirent qu’il avait été dupé, qu’il avait malencontreusement mordu un de ses propres pions par un mystérieux maléfice, permettant ainsi à son adversaire d’aligner trois pions-chocolats et de remporter la victoire. Et de ce jour, il ne put plus jouer autrement que par plaisir.



raw chocolate



Dans un précédent article, je vous faisais part du bonheur de jouer, en solitaire, à deux ou à cinquante, à sept ou à soixante-dix-sept ans,
d’assembler, des pièces, des briques, des cubes, des tissus, des fils, des idées, des souvenirs,
de construire, des maisons, des voitures, des architectures biscornues, étranges, monumentales, extravagantes,
de créer, des personnages, des histoires, des paysages, des monstres, des créatures,
d’inventer une vie, des vies, sa vie…

Cette année, mon père a offert à mon frère un jeu de casse-tête nommé Rubik’s Snake, une sorte de bâton articulé à manier, tournicoter, tripatouiller afin d’obtenir des formes plus ou moins évocatrices (le chaton hum).
Et avouons-le sans détour, le cadeau a plus aussi bien profité au père qu’au fils. Il n’est pas une soirée sans que ce premier vienne nous montrer le fruit de son travail, un air empli de fierté et de liesse qui ne peut que nous attendrir : “Regarde, j’ai fait le mouton/la tortue/la base lunaire/la boule (niveau de difficulté +++ pour celle-ci) aujourd’hui… Ah, qu’est-ce qu’on peut s’amuser avec presque rien !” 

Un grand enfant.
Mais je ne suis pas en reste.
Et pourtant, à vingt-deux hivers bientôt vingt-trois, j’ai entamé la décennie qui sonne l’entrée au monde adulte, cette décennie qui est censée déterminer une bonne partie de ma vie, celle où tes proches te questionnent avec insistance sur ton avenir professionnel et personnel. Il faut du sérieux, du concret, du tangible.
C’est à la fois stimulant et angoissant. Comme si l’on devait déployer ses petites ailes toutes fripées et s’envoler alors que notre technique de vol n’est pas encore au point (Le sera-t-elle un jour ?). Et encore faut-il que ces ailes aient poussé. Au pire, ce n’est pas grave, on attendra encore, un peu, qu’elles s’allongent, enfin. On en profitera pour mieux explorer la Surface, ce que l’on croyait connaître, et on s’attachera tant et tant à cette Terre qu’on ne la quittera jamais vraiment. On sera dans un entre-deux. Entre Terre et Ciel, entre enfance et âge adulte, entre ce que l’on nomme le Réel et ce que l’on croit Fiction. 

Un jour, peut-être, je saurai reconnaître les arbres, les fleurs, les plantes, les champignons, les nuages, les étoiles… Je m’apercevrai alors que je n’en sais pas plus, ou si peu, quelle joie ! Que de choses à découvrir encore, à imaginer toujours ! Et j’aurai l’impression de croquer le monde, de m’en réjouir et de m’en délecter.


Petites sphères, Terres miniatures…

Ces truffes sont une délectation. Une alliance parfaite du cacao et de la coco. Des Terres miniatures, des mondes à croquer…

raw chocolate


 
★ Le premier secret de ces truffes réside dans la confection maison du chocolat cru, très largement inspirée du Chaudron Pastel, d’Antigone XXI et de Mango & Salt (Merci ♥♥♥).
L’union de la poudre et du beurre de cacao, de l’huile et du sucre de fleur de coco, relevée par une pointe de sel rose de l’Himalaya.

♦ La poudre de cacao est la matière maigre du cacao, tandis que le beurre en est la matière grasse. Le mélange des deux est appelé pâte de cacao.
N’ayant pas été chauffé, le cacao de qualité cru est le seul et véritable cacao ayant des effets bénéfiques nombreux, d’où sa qualité de “superaliment” :
• De par sa teneur en endorphines (des neurotransmetteurs que l’on retrouve dans le cerveau, la moelle épinière et le système digestif), le cacao est stimulant et euphorisant.
• Il est bien sûr riche en magnésium (450 mg/100 g de cacao cru). Ce minéral, associé au calcium et à la vitamine D, est essentiel pour la santé de nos os. Il participe aussi à un bon équilibre nerveux, et est ainsi recommandé en cas de stress, de fatigue ou de troubles du sommeil).
• Il est antioxydant de par ses composés phénoliques
• Il contient une quantité non négligeable de fer (environ 200 mg/100 g de cacao cru) et, dans une moindre mesure, de zinc (10 mg/100g de cacao cru). Le fer est essentiel au transport de l’oxygène et à la formation des globules rouges. Quant au zinc, il participe entre autres au bon équilibre de notre système immunitaire, à la cicatrisation de nos plaies, mais aussi à la formation de notre matériel génétique. J’ai aussi appris, en lisant l’excellent ouvrage de Giulia Enders Le Charme discret de l’intestin, qu’il agit dans notre perception olfactive (une cure de zinc exacerberait ainsi notre odorat !).

Je vous invite à lire le dossier sur le cacao que j’avais rédigé pour la délicieuse recette des Crèmes Terre-Cacao.
L’huile de coco est le corps gras doublon avec le beurre de cacao. Elle est idéale pour la confection de chocolats crus car sa température de fusion est basse (23 à 26°C, contre 35 °C pour le beurre de cacao filtré). Elle apporte en outre une saveur délicate et subtile de noix de coco, un peu sucrée. Bien que riche en acides gras saturés, sa richesse en minéraux (calcium, potassium, fer) la rende particulièrement intéressante pour notre organisme. En outre, la moitié de ces acides gras est de l’acide laurique… qui est aussi largement présent dans le lait maternel. En outre, il se transforme dans notre organisme en monolaurine, aux vertus antimicrobiennes.

Le beurre de cacao est la matière grasse végétale obtenue après pression des fèves de cacao. Sa couleur varie de l’ivoire (filtré) au brun clair (non filtré). Très stable grâce à des antioxydant limitant le rancissement, il se conserve longtemps, de 2 à 5 ans, à l’abri de la lumière et de l’humidité.
Ces deux corps gras sont aussi largement utilisés en cosmétique, notamment dans le traitement des peaux et des cheveux secs, de par leurs propriétés nourrissantes, apaisantes, protectrices et réparatrices.
 
♦ Le sucre de fleur de coco est issu de la sève des fleurs de cocotier, chauffée puis séchée pour obtenir des cristaux. Il vient adoucir le côté amer du cacao, tout en apportant une touche subtile de parfum caramélisé. De par sa texture sableuse, des petits grains de sucre rendent la texture du chocolat un brin croustillante. Ce n’est pas dérangeant pour la confection des truffes, au contraire, mais si vous souhaitez un chocolat plus lisse, broyez-le finement au préalable ou remplacez-le par un sucrant liquide (voir la Note sur la texture avec la recette, plus bas).
Outre cette subtile saveur, son principal atout nutritionnel est son faible index glycémique (environ 24,5 en Europe, contre 65 pour le sucre et 50 à 70 selon le type de miel). 
Il est aussi riche en minéraux et oligo-éléments (magnésium, potassium, et des traces de zinc et de fer), et en antioxydants.
 
♦ Une pointe de sel rose de l’Himalaya rehausse l’intensité du chocolat et la douceur de la coco, tout en apportant quelques précieux minéraux et oligo-éléments. Non iodé, il doit sa couleur joliment rosé aux  oxydes de fer, des composés chimiques résultant de la combinaison du fer et de l’oxygène. Les mines d’extraction sont situées au Nord du Pakistan, au pied de l’Himalaya, entre 300 et 600 mètres de profondeur, et sont exploitées depuis plus de 2000 ans. Ces précieux gisements sont en fait le résultat de millions d’années d’évolution géographique. Il y a plus de 500 millions d’années, sous l’action de changements climatiques et de collisions de plaques tectoniques, un vaste processus d’évaporation des océans, qui recouvraient alors la majeure partie de notre Terre, se met en place. Entre 70 et 50 millions d’années avant notre ère, la plaque eurasienne et la plaque indo-australienne se percute, formant l’Himalaya, et entraînant la disparition de l’océan Téthys. Ainsi, d’importants dépôts de sel furent transportés sous la surface.
En tant que sel, le sel rose participe aussi à une bonne conservation du chocolat (un an au frais sous forme de chocolat dur, une semaine pour les truffes).

chocolat cru



Le deuxième secret de ces truffes est leur simplicité enfantine de préparation. Du chocolat cru, un peu de vanille, et du lait de coco… c’est tout.
Le lait de coco est obtenu à partir de pulpe de coco sèche (lorsque les fibres la recouvrant sont brunes). Il ne doit pas être confondu avec l’eau ou le jus de coco, le jus présent dans le fruit encore vert.
Il existe deux procédés d’obtention du lait de coco. Le premier consiste à râper finement la pulpe et de la presser dans un tissu afin d’en extraire le jus. Dans le second cas, la pulpe râpée infuse dans de l’eau chaude avant d’être pressée, et l’opération est renouvelée jusqu’à ce que la pulpe ait rendu toutes les graisses et les saveurs. 
De par sa texture crémeuse (plus ou moins selon les marques), il remplace la crème liquide utilisée habituellement dans la confection des truffes, tout en apportant un agréable goût de coco. Voulant rester dans les tons et les goûts coco/cacao, il était tout désigné !

raw truffles



Le troisième secret de ces truffes est le choix d’un “super-enrobage“. Pour les besoins de la mise en scène (et de mes papilles !), j’ai ici opté pour un enrobage brun classique au cacao, et un autre ivoire à la lucuma.

♦ La lucuma est le fruit d’un arbre poussant sur la Cordillère des Andes, surnommé l’Or des Incas (son utilisation s’impose donc dans cette recette !). Sa saveur est douce et vanillée ♥. Elle contient des vitamines du groupes B, des béta-carotènes, du fer et de la vitamine C (facilitant l’assimilation du fer… la Nature est bien faite), du zinc et un petit peu de calcium.
Cette poudre doit être consommée crue pour profiter au maximum de ses bienfaits.
Associée en Médecine Traditionnelle Chinoise à la force Terre, la force maternelle, elle est réconfortante et douce.

Enfin, l’ultime secret de ces gourmandises cacaotées est… le geste. Non pas qu’il soit nécessaire d’être un fin chocolatier ou un habile cuisinier pour se lancer dans cette préparation, mais prendre le temps de préparer, de touiller, de mélanger, de humer, de se souvenir, de rêver… et de croquer.

Pour une dizaine de truffes

48 g de cacao cru en poudre
30 g de sucre de fleur de coco
25 g d’huile de coco
20 g de beurre de cacao cru
1 pincée de sel (rose de l’Himalaya)
60 ml de lait de coco
1 càc de vanille en poudre
 
Pour enrober : 1 càs de cacao en poudre + 1 càs de lucuma en poudre (ou 2 càs de cacao)
 
La préparation du chocolat cru (100/120 g)
♦ Fondre le beurre de cacao cru et l’huile de coco au bain-marie, à feu très très doux (la température de l’eau ne doit pas vous brûler). 
♦ Ajouter le sucre de fleur de coco, le cacao cru en poudre et le sel rose. Mélanger jusqu’à obtenir une délicieuse crème homogène à l’odeur enivrante…
Le chocolat peut, à ce stade-là, être versé dans un moule à tablette ou un bac à glaçons. Après quelques heures au réfrigérateur (idéalement une nuit), on obtient un délicat chocolat cru à déguster. Il se conserve une année au réfrigérateur (mais parions qu’il ne tiendra pas jusque là).

Note sur la texture
Le sucre de fleur de coco apporte un côté croustillant au chocolat, de par la différente taille des cristaux. Personnellement, cette texture ne me dérange aucunement, je trouve même cela très gourmand ! Si vous souhaitez une texture plus lisse, remplacez-le par un sucrant liquide comme le sirop d’agave (1 à 2 càs, son pouvoir sucrant étant plus fort que celui du sucre de fleur de coco), ou encore de nectar de fleur de coco (non testé à ce jour). 

Note sur la brillance
Si vous vous arrêtez à ce stade et désirez obtenir de beaux chocolats brillants, vous pouvez tempérer votre chocolat. L’idéal est de se munir d’un thermomètre de cuisine, mais il est possible de s’en passer (le résultat sera par contre plus incertain !):
1) Faire fondre le chocolat au bain-marie à feu très très doux :la température ne doit pas dépasser 42-43 °C, de fait l’eau ne doit pas vous brûler.
2) Retirer le chocolat du feu pendant environ 5 minutes, afin que la température s’abaisse à 29°C.
3) Remettre le chocolat à chauffer pendant 1 à deux minutes, afin qu’il atteigne 31-33°C.
4) Retirer le chocolat du feu, le verser dans des moules et le laisser refroidir et durcir.
 
La préparation des truffes
♦ Faire tiédir le lait de coco à feu très très doux. Le mélanger au chocolat cru fondu au bain-marie en plusieurs fois. Ajouter la vanille en poudre. 
♦ Verser dans un bol et mettre au frais pendant deux heures au minimum. 
♦ Façonner les truffes à l’aide d’une petite cuillère, en les roulant entre les mains.
♦ Les enrober de poudre de cacao cru ou de lucuma (ou d’une autre poudre magique : maca, açai, spiruline, chlorella…).
Ces truffes se conservent une semaine au réfrigérateur. En attendant de les déguster, préférentiellement après quelques minutes à température ambiante (si vous y résistez !), vous pouvez faire une petite partie de morpion chocolaté et gourmand…

chocolate raw



Sources

Chocolat cru

Dufey Mélanie. “Faire son chocolat cru maison & les bienfaits du cacao cru ✩“. In Chaudron Pastel [En ligne]. Mis en ligne le 10 juillet 2012.

Véron Ophélie. “Faire son chocolat [cru] maison“. In Antigone XXI [En ligne]. Mis en ligne le 26 août 2012. 

Victoria (Mango and Salt). “Chocolat Cru Maison“. In Mango & Salt [En ligne]. Mis en ligne le 16 février 2015. 

Coco

Dufey Mélanie. “Les bienfaits / propriétés de l’huile de coco (santé & beauté) ♥“. In Chaudron Pastel [En ligne]. Mis en ligne le 22 juillet 2012.
 
Onorato Edda (Un déjeuner de soleil). “Tout savoir sur le lait de coco : utilisation, recettes, bonnes adresses…“. In Un Déjeuner de Soleil [En ligne]. Mis en ligne le 23 mai 2015.
 
Victoria (Mango and Salt). “Les bienfaits de l’huile de coco“. In Mango & Salt [En ligne]. Mis en ligne le 1er octobre 2013. 
 

Poudres magiques

DUFEY Mélanie. “Lucuma, poudre de Baobab, farines de millet brun, souchet & pépins de raisins“. In Chaudron Pastel [En ligne]. Mis en ligne le 10 septembre 2012.

2 thoughts on “Les Truffes Crues

  1. Oh merci Madeleine à Bicyclette ! Pour le chocolat cru, il est vrai que cela demande un peu de patience, mais ce n'est vraiment pas difficile d'obtenir un exquis résultat, le jeu en vaut vraiment la chandelle ! 😉

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *