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          Après avoir remporté le titre de Fée Suprême, Perle Verte avait dû faire face à une émeute féerique dans son lieu de vie natal, le jardin du vieil agriculteur Joseph Landreau. Une multitude de petits fés et de petits fées s’y étaient attroupés, formant un essaim de lucioles au-dessus des plants de pois et de haricots. Des fés d’actualité réclamaient une interview comme disent les humains : ses impressions sur le concours, son ressenti, sa couleur préférée – vert n’est ce pas ? -, ses perspectives d’avenir, si elle comptait publier un livre autour du pois, ou encore développer une marque de vêtements et d’accessoires – une idée du nom peut-être ? Perle Verte Society ? Petit Pois Vert ? Vert Pois ? Au Petit Pois ? Une multitude de petites fées groupies lui quémandaient une recette (notamment la fameuse crème qui lui avait valu la victoire suprême), un bijou de petits pois, un conseil de beauté, une recommandation pour une éventuelle nomination au célèbre concours de la Fée Suprême. Sans compter les fés énamourés qui lui déclaraient leur flamme ardente et passionnée.
          Monsieur Landreau était resté ébahi devant le spectacle de cette invasion de lucioles. Il avait même cru sa fin venue, comme si les étoiles étaient venues le chercher pour l’emmener Là-Haut. Toutefois la nuée féerique s’était dispersée au bout de quelques jours, lorsque la rumeur s’était répandue que Perle Verte avait été aperçue en Écosse, près du Faerie Glen. Monsieur Landreau, soulagé, avait mis ce brusque départ sur le compte de l’efficacité de son répulsif personnalisé à base d’huiles essentielles de citronnelles et de lavande qu’il utilisait pour faire fuir les mouches et les moustiques (En vérité, le cortège féerique avait beaucoup apprécié cette délicate attention parfumée).
           En vérité, Perle Verte n’était pas partie si loin. Elle avait laissé là tout ce beau monde, s’échappant secrètement une nuit de nouvelle lune, et avait voleté jusqu’au potager de l’Abbaye Saint-Isidore, sous les potimarrons, là où vivait le vieux fé Follet. Elle veillait sur le lui et il lui enseignait tout son savoir d’herboriste philosophe. Leurs regards échangés et leurs attentions l’un pour l’autre étaient ceux d’un père et d’une fille.
          Elle aimait s’enfoncer dans les forêts profondes, découvrir de vieilles ruines, sentir l’odeur de l’humus et du sous-bois, communiquer avec les animaux et les insectes qui y vivaient, dialoguer avec ses confrères sylvestres qui l’habitaient. Elle revêtait alors parure humaine afin de se baigner dans les ruisseaux à l’eau chantante. Elle s’asseyait des heures et même des jours sur le sommet d’un rocher ou au pied d’un arbre, et emmenait toujours avec elle un large bol féero-extensible empli de sa crème émeraude. 
          Or, un beau jour qu’elle rêvassait près d’un ruisselet, le corps baigné de la lumière timide du soleil hivernal, un bruit de feuillage la fit sursauter. On approchait. À son odeur, ce devait être un humain, relativement discret car ses pas ne froissaient pas les feuilles mortes et son souffle était doux. 
          Perle Verte craignait les hommes. Elle avait appris à anticiper leurs gestes et leurs réactions, mais leur esprit était une vaste pelote emmêlée, un flot de pensées et d’images souvent fragmentaires et indéchiffrables. Elle s’était cependant attachée à certains d’entre eux, notamment au bon Joseph Landreau et à sa famille qui passait le voir de temps en temps. Le comportement du vieil homme était prévisible et son humeur constante : des actions concrètes et précises (ratissage, binage, cueillette, arrosage, décorticage, épluchage…) et un fatalisme teinté de nostalgie. Il pestait à longueur de journée, mais ses yeux se plissaient de contentement devant ses plants bien alignés de poireaux et de carottes.
          Malgré tout, Perle Verte se refusait à paraître devant les humains. On racontait de si terribles histoires autour du feu de la Saint-Jean et dans les codex féeriques… Des amours malheureuses, des persécutions terribles, des rejets ingrats et des dénégations absurdes. Lors, peu de fées s’aventuraient parmi les hommes, d’autant plus que leurs yeux ne prenaient plus le temps de voir, et leur cœur ne choisissait plus de croire. 
          En entendant ce léger bruissement, Perle Verte revêtit forme ailée. Néanmoins, mue par le curiosité, elle se dissimula dans les branchages dénudés d’un chêne et attendit. 
          L’homme arriva bientôt. Il était jeune encore, sans doute n’avait-il vu qu’à peine trente hivers. Sa chevelure était de feu et son regard fier. Il portait un large panier d’osier qu’il avait rempli de champignons et d’herbes sauvages. Il s’arrêta à l’emplacement même où Perle Verte se trouvait quelques minutes auparavant. Celle-ci blêmit en constatant que dans sa précipitation, elle avait oublié son bol féero-extensible de crème verte. Il était là, posé sur le sol, aux pieds de l’homme qui le regardait maintenant avec un mélange de stupéfaction et d’intérêt. Il le prit dans ses larges mains, en huma le parfum délicat avant de plonger son doigt dans la texture dense et soyeuse de la mousseline.
          Il n’avait jamais mangé de met plus raffiné. Une saveur inédite et indicible. Mais qui avait pu oublier ce bol ? Qui avait cuisiné cette crème ? Il s’assit et dégusta. Cependant, il eut beau manger, le bol ne se vidait pas. Il aurait dû être terrifié, craindre un quelconque poison, un sortilège maléfique, il n’y vit qu’un don divin. Un don des étoiles, de Dieu, des fées, de la Terre, du Ciel, qu’importe. Il ferma les yeux et remercia toutes ces entités à la fois. Perle Verte en fut touchée plus qu’elle n’aurait su dire. Qui était donc cet homme qui se souvenait avoir été un jour un enfant ? Qui se réjouissait du présent, sans défiance ?
           Il rouvrit les yeux et, mû par une énergie soudaine, se leva et courut, courut. Il courut vers la maison de sa mère, le bol encore dans sa main, Perle Verte dans son sillage. Sa mère était là comme si elle l’attendait. Savait-elle ? Elle goûta la crème sans mot dire, sortit fouet et saladier et cuisina. Elle n’avait pas revêtu son tablier depuis de nombreuses années. Mais il était temps. Temps de faire le deuil de tant de choses, de personnes aimées, de regrets vains, de souvenirs lacunaires.
          Elle mêla la crème à une pâte à muffins toute simple, de la farine, du sucre, du lait, un peu de levure, de bicarbonate et de vinaigre. Le bol, véritable corne d’abondance, n’avait presque pas été entamé. Elle répartit la pâte à la belle couleur verte dans des corolles de fleurs servant de moules. Une fragrance de perle et de fleur se répandit dans toute la maison, Des muffins pyramidaux, couleur émeraude. Nés des fées et des hommes. Elle en offrit à son fils, à ses petits-enfants – “Oh, des petits sapins-muffins”, à ses amis pour le thé (avec des petits sachets mousseline faits-main, en forme de pyramide ou de nuage, ou encore de sapin), à ses voisins pour un sourire. Et elle n’oublia pas d’en déposer quelques-uns sur le rebord de sa fenêtre, pour nourrir les fées et les lutins qui passeraient par là. Ils disparurent tous dans la nuit, dans une nuée scintillante.

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Pour lire la genèse de la crème Perle Verte, suivez les lucioles : 

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“Toutes les grandes personnes ont été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.)” 

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince
Cette phrase a arrosé la petite graine de l’Arbre-en-ciel avant que celle-ci ne se déploie ici. Elle a été en quelque sorte l’eau qui a nourri la terre, creuset d’idées et de projets, avec tant d’autres phrases et de facteurs, matériels et immatériels…

           Aujourd’hui est une journée un peu spéciale. Un peu spéciale car je passe cette journée avec mon frère, qui est lui aussi un peu spécial. Un peu différent. Extra-ordinaire. Un mélange de petit lutin et de vieille âme. Un petit prince. Je me demande parfois où se trouve sa planète, son astéroïde.
          Il est en train de faire un puzzle, là, en face de moi, comme il aime tant en faire. Comme il aime effeuiller les pétales des fleurs, souffler sur les boules soyeuses des pissenlits (les pappus ou les aigrettes plus exactement), colorier, écouter de la musique, courir dans le jardin, s’agenouiller dans l’herbe et revenir les genoux verts, jouer au loto des odeurs…
           Et moi qui le regarde, je repense à cette phrase de Saint-Exupéry, et me demande bien ce qu’il me reste de l’enfance, si ça y est je suis devenue adulte et sérieuse et responsable. Je me souviens encore d’avoir un jour demandé à ma mère : “Mais qu’est-ce qui remplace le bonheur de jouer lorsqu’on est adulte ?”. Le bonheur de s’inventer des personnages, de partager avec d’autres ses fictions, de se créer, se recréer, d’être un arc-en-ciel. 

          En tout cas, une journée avec mon frère me donne l’occasion de faire des puzzles, de courir dans la campagne, de s’appliquer à colorier des sapins de Noël ou des personnages de Disney, de jouer à SOS Oustitis, de faire des bricolages… et de cuisiner, de faire des gâteaux, des mousselines (il aime le taillage des légumes bien fait), et même un atelier chocolat (cru). 
           C’est lui qui doit m’ouvrir la voie des fées.

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Une petite algue bleue : la spiruline

          La spiruline (Arthrospira platensis, Arthrospira maxima) est une cyanobactérie unicellulaire de la famille des Nostocacées. Les cyanobactéries, dites aussi algues bleues, sont des micro-organismes très anciens de couleur bleu-vert et de forme spiralée (de tous petits ressorts de à 3 millimètres), sans doute apparus sur Terre il y environ 3, 5 milliards d’années dans les lacs tropicaux d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud. Elle se développe en effet dans les petites étendues d’eau douce (flaques, mares) des régions chaudes de la planète. Aujourd’hui cultivée dans le monde entier, elle est utilisée séchée, en poudre ou en gélules.

algue bleue
Petites brindilles de spiruline

Ses atouts…

♦ Elle est une excellente source de provitamine A, ou bêtacarotène
♦ Elle est une bonne source de vitamines : groupe B, E. Attention cependant : la spiruline, tout comme  la chlorella, contient une substance proche de la vitamine B12 mais qui n’en est pas véritablement. La seule microalgue à en contenir sans doute possible est la klamath.
♦ Elle est riche en chlorophylle, un pigment vert permettant la photosynthèse des végétaux, c’est-à-dire la transformation de la lumière du soleil en énergie. Or la chlorophylle sous forme de molécule ressemble beaucoup à notre hémoglobine (hormis l’atome central : un atome de magnésium pour la chlorophylle, qui lui donne sa couleur émeraude, et un atome de fer pour l’hémoglobine, qui lui donne sa couleur grenat). De fait, la consommation de chlorophylle stimulerait la production d’hémoglobine, et ce faisant, la bonne oxygénation de nos cellules. De plus, en accélérant le renouvellement des cellules endommagées, elle favorise la cicatrisation. Par cette action, sa consommation est déconseillée en cas de prise d’anticoagulant.
♦ Elle contient de nombreux pigments antioxydants, tels que la zéaxanthine ou la phycocyanine
♦ Elle est une excellente source de protéines très digestes (50 à 70 % de son poids net) car directement assimilables, et riches de 20 acides aminés, dont les acides aminés essentiels.
♦ Elle est très pauvre en matières grasses, et celles-ci sont principalement des acides gras polyinsaturés, notamment l’acide gamma-linoléique (GLA), un oméga-6.
♦ Cultivée en eau douce, elle ne contient pas d’iode et qu’une quantité minime de sodium. 
♦ Elle apporte de nombreux minéraux et oligo-éléments tels que le fer, le magnésium, le manganèse, le phosphore, le molybdène, le sélénium, le zinc ou le cuivre. De fait, elle est utile en cas de fatigue chronique, et convient aux sportifs ou aux personnes exerçant une activité physique soutenue.

green muffins

green muffins



          La spiruline est réputée pour son action tonifiante et détoxifiante de l’organisme. Elle assainit ainsi notre flore intestinale et maintient un bon équilibre acido-basique. Elle stimule les défenses immunitaires. En outre, elle régule le taux de cholestérol sanguin (action hypolipidémiante).

       Par nature, la spiruline est dépourvue de toute toxicité, car elle ne peut synthétiser les toxines. Toutefois, des effets indésirables tels que des troubles intestinaux ou des maux de tête ont été rapportés dans de rares cas, liés probablement à une contamination d’autres micro-organismes. De surcroît, son usage est déconseillé en cas de prise d’anticoagulant.

          

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Pour environ 6 gros muffins ou 12 petits 
60 g de pois cassés pesés crus
150 g de farine ( 100 g de petit épeautre et 50 g de riz complet pour ma part)
100 ml de lait de riz (ou autre lait végétal)
60 ml d’eau
30 à 60 g de sucre de coco
1 càs de vinaigre de cidre
1 càs de spiruline
1 càc bombée de purée de noix de cajou
1 càc de poudre à lever
1 càc de bicarbonate de soude
1 càc de grains de vanille

♦ Dans un premier temps, préparer la crème de pois cassés. Faire cuire les pois cassés 30 à 45 minutes dans une casserole avec 4 à 5 fois leur volume d’eau, jusqu’à ce qu’ils soient fondants. Les mixer avec le lait de riz, l’eau, la purée de noix de cajou, le sucre de coco, la spiruline et la vanille.
♦ Préchauffer le four à 180 °C.
♦ Dans un saladier, mélanger la farine tamisée avec la poudre à lever et le bicarbonate de soude.
♦ Ajouter la crème verte émeraude et le vinaigre de cidre. Bien mélanger.
♦ Répartir la préparation dans des moules à muffins ronds, carrés, pyramidalés, étoilés, fleuris ou alphabétisés (il va falloir faire preuve de créativité, d’imagination et de dextérité origamique, voir plus bas).
♦ Cuire 15 à 20 minutes dans le four à 180 °C, suivant la taille de vos moules personnalisés, la puissance de votre four et vos préférences gustatives.
♦ Laisser refroidir ou au moins tiédir avant de croquer dans ces coussinets moelleux chlorophyllisés, avec un bon thé ou autre boisson chaude.

origami

origami moule

origami moule



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De jolis moules personnalisés

Matériel
Papier de cuisson
Le petit nécessaire du géomètre culinaire : ciseau, équerre, crayon à papier, dextérité et concentration

♦ Découper de beaux carrés dans le papier sulfurisé. Pour ma part, j’ai tracé des carrés de 16, 5 cm de côté (pour ne pas faire de chutes, la largeur de mon rouleau de papier sulfurisé étant de 32 cm) et des plus petits d’environ 11 cm de côté. J’ai ainsi obtenu de gros muffins dodus et de petites pyramides comme des pierres précieuses (de très bon calibre). 
♦ Laisser parler votre imagination et votre adresse en pliant, repliant le carré de papier cuisson afin d’obtenir la forme de votre choix (qui convienne à l’adjonction de pâte, cela va de soit… un beau cygne n’est pas vraiment d’une grande pertinence…) . Pour vous aider, voici l’origami que j’ai suivi :

Origami tiré de BATTAGLIA Vanda, DECIO Francesco. Origami traditionnels japonais. Chermignon (Suisse) : Snake, 2014. 128 pages, p. 108 à 111.
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Sources

Spiruline

DUFEY Mélanie. “La chlorella : ses bienfaits & propriétés nutritionnelles, et comment l’utiliser en cuisiner“. In Chaudron Pastel [En ligne]. Mis en ligne le 20 mai 2013. 

Très bel article sur la cousine de la spiruline, la chlorella, avec une comparaison complète de ces deux superaliments aquatiques.

GEERS Amandine, HAMPIKIAN Sylvie. Les Algues, nos alliées santé et beauté. Mens : Terre Vivante, 2013. 144 pages.
Un ouvrage entièrement consacré aux algues, des algues bleues (chlorella, spiruline, klamath) aux algues vertes (laitue de mer), et brunes (wakamé, kombu…), avec leur histoire, leurs propriétés nutritionnelles et des recettes.

LAFORÊT Marie. Les Superaliments. Paris : Gallimard, 2014. 112 pages. Collection Alternatives.
Petit livre plus général, sur les superaliments, dont les algues (mais aussi les choux, les feuilles vertes, les racines, les graines, les fruits…), avec de belles recettes colorées.

PIERRE Michel. Les Plantes du bien-être. Paris : Éditions du Chêne, Hachette Livre, 2014. 520 pages.
Un très bel ouvrage cataloguant les plantes du bien-être classées par ordre alphabétique, herbes médicinales ou arbres, et même la spiruline ! Chaque fiche est accompagnée d’une description, des propriétés et de conseils d’utilisation, avec des exemples de préparation, et parfois une magnifique illustration botanique. Il manque juste un index par bienfait ou indication.

Origami

BATTAGLIA Vanda, DECIO Francesco. Origami traditionnels japonais. Chermignon (Suisse) : Snake, 2014. 128 pages.
VIDALING Raphaële. Comment épater sa fille. Paris : Tana, 2014. 144 pages.

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pois cassés sucré
pois cassé sucré


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