Les Fureurs invisibles du cœur, John Boyne (roman, 2018)

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Les Fureurs invisibles du cœur, John Boyne

Les Fureurs invisibles du cœur, John Boyne (roman, 2018)

Comment se construire lorsque tout, autour de nous, semble n’être que rejet et désapprobation ? Une mère qui nous abandonne à la naissance, des parents adoptifs distants, une société puritaine qui condamne notre homosexualité ? Né en 1945 d’une fille-mère elle -même violemment chassée de son petit village irlandais, Cyril Avery va donc devoir lutter sans cesse pour se faire une place en tant qu’homme, en tant qu’homo, en tant qu’humain. Il grandit dans une famille atypique. Son père adoptif, fraudeur et coureur de jupons, lui répète à l’envi qu’il n’est pas un « vrai Avery ». Sa mère adoptive est quant à elle écrivaine, toujours plongée dans ses écrits et les volutes de fumée de cigarette, mais redoute le succès et la popularité. De plus, Cyril prend très vite conscience de sa « déviance », cette fascination pour les hommes, et notamment pour Julian, son meilleur ami, qui lui enchaîne avec délectation les conquêtes féminines.

Dans ce roman fleuve, nous suivons donc de sept ans en sept ans le parcours de Cyril, en trois parties qui sont autant d’étapes dans sa vie : honte, exil et paix, en parallèle de l’évolution de la société sur la cause homosexuelle, du rejet total à l’acceptation. Une difficile mue qui voit pour tournant la crise épidémique du sida dans les années 80. En suivant Cyril, nous effectuons le voyage cyclique d’une vie tumultueuse, de l’Irlande aux Pays-Bas, puis aux États-Unis, avant de s’achever en Irlande.

Les personnages sont décrits avec beaucoup de tact, dans toute leur complexité et leur ambiguïté, et tout particulièrement Cyril. Celui-ci est à la fois attachant et exaspérant, ses réactions sont parfois incompréhensibles, pleines de mensonges, de non-dits, faux-semblants… qui se retournent contre lui.

Le rythme est bien mené, avec d’innombrables péripéties, des coïncidences parfois tirées par les cheveux mais qui servent parfaitement le récit. De fait, le tout forme une fresque très dramatique (dans le sens grec premier d’action théâtrale), avec des descriptions parfois terribles, notamment sur le traitement des filles-mères, des homosexuels, de la prostitution… L’atmosphère est majoritairement mélancolique et assez pesante, riche en émotions. Toutefois, le ton est enlevé et non dénué d’humour : certains dialogues sont truculents, notamment ceux entre Cyril et Alice, ou avec ses parents adoptifs !

Les Fureurs invisibles du cœur, John Boyne

Atmosphère/climat : un ciel gris, une petite bruine, une atmosphère qui pourrait virer au maussade s’il n’y avait ce vent frais et revigorant !

Saveur : amère, de thé ou de bière, contrebalancée par la douceur d’une pâtisserie, pour le réconfort.

Parfum : un mélange de sueur, de bois et de bière, une odeur chaude et puissante.

Rythme : presto, rapide, prestissimo, effréné à certains moments, avant de s’apaiser dans la dernière partie, rallentando, quieto.

Sonorité : bourrasques de vent, gouttes de pluie frappant les vitres, craquements de parquet en bois.

Couleur : vert-gris, vert espoir, vert trahison et gris douleur, gris douceur.

Mots-clefs : homosexualité, homophobie, adoption, identité, parentalité, famille, amour, amitié, Irlande, sida, secrets de famille, acceptation de soi, émancipation

Fratrie culturelle :

Le film « 120 battements par minutes », de Robin Campillo, paru en 2017.

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.


Les romans de Tracy Chevalier, pour l’ambiance, le côté fiction historique.

En accompagnement : du thé ou de la bière of course, avec des scones un peu rustiques (merci Sarrasin cuisine ♥).


BOYNE John. Les Fureurs invisibles du cœur. Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides. Paris : JC Lattès, 2018. 586 pages.

Récit de la quête d’identité, en Irlande depuis les années 1940, de Cyril Avery. Fils d’une fille-mère de la campagne, il est placé par une religieuse chez un couple de Dublin et trouve un modèle dans son ami fidèle Julien Woodbead.

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