Les Enfants de cœur, Heather O’Neill (roman, 2018)

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Enfants de cœur (Les), Heather O'Neill

Les Enfants de cœur, Heather O’Neill (roman, 2018)

Ils sont deux funambules sur le fil de leur vie. Deux vies, deux fils entrelacés, leurs gestes oscillant entre grâce et maladresse, leurs pas entre recul tremblant et avancée audacieuse. Deux orphelins, élevés dans la froideur tant atmosphérique qu’éducative par les bonnes sœurs, à Montréal, au début du vingtième siècle. Deux âmes sœurs, qui ne cessent de s’attirer, se rapprocher, et désirent plus que tout être ensemble, réunies, et ce malgré les nombreux obstacles qui se dressent entre eux. Ces obstacles cristallisent toutes les misères et les horreurs sociales : viol, prostitution, drogue, pauvreté, criminalité, violence…

Leur nom originel n’a que peu d’importance, seul compte leur pseudonyme, révélateur de leur personnalité. Pierrot est le digne héritier du personnage de la Commedia dell’Arte, avec sa face lunaire et ses cheveux bruns fous, bichromie blanc et noir que l’on retrouve chez son instrument fétiche, le piano. Rose, deux boutons de rose sur les joues, excentrique et passionnée, délicate mais non dénuée d’épines. Elle sait jouer avec son corps autant qu’avec les cœurs, divine pantomime.

Ils sont deux jeunes prodiges, et rêvent de monter ensemble leur propre spectacle, un spectacle à leur image : à la fois fantasque et ancré dans le réal, mélancolique et burlesque. Ce spectacle, il leur faudra presque toute une vie pour le monter, un grand spectacle tragicomique, catharsis de leur triste mais si belle vie.

Roman tenant à la fois du conte, de la fresque sociale, du drame et de l’opérette, l’autrice alterne passages oniriques et lyriques, réflexions philosophiques et descriptions très crues de la réalité. Un récit tumultueux, bouillonnant, parfois difficile à appréhender, comme sautant de pierre en pierre, entre dénonciation de la hiérarchie sociale, féminisme, éloge du monde du spectacle et en même temps mise en lumière de ses limites et de ses dérives. La temporalité aussi semble différente, tissée par l’autrice suivant les péripéties de l’histoire : l’enfance, intrépide et dynamique, laisse place pendant quelques centaines de pages à ce jeu du chat et de la souris, où nos deux héros se croisent mais ne se retrouvent pas. De fait, la fin semble un peu brouillonne et précipitée après ce long développement. Une échappée hors du temps, qui nous laisse un peu pantois(e), un peu ébloui(e), comme après un spectacle magnifique mais dont le véritable sens nous a échappé.

Enfants de cœur (Les), Heather O'Neill

Atmosphère/climat : très froid, un hiver canadien qui fait rosir les joues et fumer les paroles dans l’air glacé.

Saveur : piquante, acide, froide

Parfum : mélange de parfum bon marché et des effluves de rue.

Rythme : très rapide, trop rapide, une impression de temps qui nous échappe.

Sonorité : un air de piano, la mélodie de Rose, que j’imagine cristalline et virtuose, alternant passages trépidants et mélancoliques.

Couleur : blanc neige, blanc poudreux, le blanc du fard des jours des clowns tristes, le blanc des nuages, le blanc de la Lune… avec ça-et-là quelques taches de gris, gris tendre, gris poussière, gris tristesse. Une face de Lune, en quelque sorte.

Mots-clefs : amour, spectacle, orphelins, clowns, Montréal, 20e siècle, prostitution, drogue, pauvreté, mélancolie, conte

Fratrie culturelle :

ATTENBERG Jami. Mazie, sainte patronne des fauchés et des assoiffés. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Karine Reignier-Guerre. Paris : Éditions Les Escales, 2016. 391 pages.

Mazie Phillips tient la billeterie du Venice, cinéma d’un quartier populaire du sud de Manhattan. Le jazz vit son âge d’or et Mazie ne se fait pas prier pour faire la fête. Avec l’arrivée de la grande dépression, la vie de Mazie bascule. Elle décide d’ouvrir les portes de Venice à ceux qui ont tout perdu.


MALZIEU Mathias. La Mécanique du cœur. Paris : Flammarion, 2007. 220 pages.

Le jour de la naissance de Jack, en 1874 à Edimbourg, est si froid que son cœur en reste gelé. La sage-femme qui l’a mis au monde, mi-sorcière mi-chamane, remplace l’organe défectueux par une horloge qu’il ne faut pas oublier de remonter tous les matins. Le garçon doit aussi éviter toute émotion : pas de colère, pas d’amour. Mais il va rencontrer une chanteuse de rue au regard de braise…


KERNINON Julia. Ma dévotion. Paris : Éditions du Rouergue, 2018. 304 pages. (Collection La Brune au Rouergue). Son esthétique par ici !

A 80 ans passés, Helen et Frank se retrouvent par hasard à Londres, bien après qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Pour Helen qui n’espérait plus revoir celui qu’elle a aidé à devenir un peintre célèbre, ces retrouvailles sont l’occasion d’un retour sur soi. La nature de son sentiment se révèle à travers la mise à plat des années passées avec ou loin de lui.

En accompagnement : un gâteau extravagant et généreux de type layer cake, avec du chocolat et plein de crème blanc neige : une forêt noire ou un layer cake chocolat noix de coco !


O’NEILL Heather. Les Enfants de cœur. Traduit de l’anglais (Canada) par Dominique Fortier. Paris : Éditions du Seuil, 2018. 480 pages.

Montréal, 1914. Rose et Pierrot sont deux orphelins abandonnés et élevés par les bonnes sœurs. Ils sont très doués : Pierrot est un pianiste prodige et Rose deviendra danseuse. Pendant une tournée destinée à récolter des fonds pour l’orphelinat, ils tombent amoureux et rêvent d’un avenir lumineux.

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