deux sœurs jumelles qui avaient les mêmes traits mais n’étaient pas de  la même couleur de peau. L’une était blanche comme les fibres de coton et l’autre rouge comme les pétales de coquelicot. On racontait qu’elles étaient nées par une froide nuit d’hiver, alors que la famille et son troupeau de brebis descendaient de la Montagne. Il fallait se hâter vers le village, situé à quelques kilomètres dans la vallée, car une tempête de neige se préparait. Leur mère, Althaea, juchée sur sa jument grise, n’avait émis aucune plainte, bien que l’accouchement fût imminent. 

          Lorsque les contractions s’intensifièrent, le père, Fragon, qui était aussi le chef de la tribu, prit la décision de faire une halte. La délivrance approchait, alors hommes et femmes firent rempart de leur corps pour protéger la mère du vent glacé.
          Opaline était née dans le froid, sur le sol gelé. Les flocons qui commençaient à tomber se déposèrent sur ses joues, se confondant avec sa peau. Blanche elle naquit, blanche elle grandit, la peau diaphane, les cheveux platine et les yeux d’un bleu presque transparent.
          Croyant le travail achevé, la tribu se remit en selle, poussée par le vent qui soufflait de plus en plus fort. Mais les contractions reprirent, et la troupe dut s’arrêter de nouveau, les pieds dans la neige, alors que les lumières d’un village miroitaient à l’horizon, promesse de chaleur et de réconfort. Malheureusement, le second nourrisson ne respirait plus, son petit corps violacé était inerte. Cependant le père l’emmaillota et galopa à bride abattue vers le village. Il frappa à la première porte qui se présenta devant lui. Là, une vieille femme aux rides profondes lui ouvrit, le considéra un court instant avant de tendre les bras vers la petite fille morte-née. Sans un mot, elle l’enduisit d’un étrange cataplasme huileux sur tout le corps, et la plaça tel un pain près des flammes rougeoyantes de l’âtre. 
          On raconta que c’est cela qui sauva la petite et lui donna sa couleur grenat si intrigante. Carmine était née dans le feu, qui lui avait à la fois rougi la peau et rendu la vie. Rouge elle naquit, rouge elle grandit, la peau pourpre, les cheveux flamboyants. Même ses larmes étaient de rubis.
          Or, si l’une était ange et l’autre diable, il ne fallait point se fier à leur apparence chromatique. Opaline tenait plus de la lame de glace que de la toison de brebis, et Carmine de rose que du feu. La première était fière et hautaine, la seconde douce et discrète. Mais si l’on s’émerveillait de la beauté éthérée d’Opaline, on détournait les yeux devant Carmine, bien qu’elles partageassent le même visage fin et la même silhouette menue. La première comptait une vingtaine de prétendants qu’elle éconduisait sans pitié et sans un regard, la seconde ne pouvait se targuer d’avoir jamais reçu une seule lettre enamourée.
   
          Un beau matin d’hiver, Carmine partit cueillir du houx et du fragon pour sa mère. Elle s’était enveloppée d’une chaude tunique de laine, ainsi que d’une large étole qui lui couvrait la tête et les épaules, car l’air était glacial. Or, en longeant le ruisseau qui venait de la Montagne, elle vit un homme qui gisait sur le sol. Il était inconscient et dodelinait de la tête, délirant de fièvre. Bien que la crainte lui tenaillât le ventre, elle s’approcha du corps, s’agenouilla à son côté. Il était brûlant. Elle le recouvrit de son étole et lui enduisit le visage d’huile de calendula, dont elle avait toujours un petit flacon sur elle. Elle tenta de lui faire boire un peu de son infusion de thym, mais l’homme ouvrit alors grand les yeux, essaya de dire quelque chose, en vain. Cet effort sembla lui avoir coûté toutes ses dernières forces, et il retomba dans un sommeil agité.
          Laissant là gourdes et paniers, Carmine se hâta vers le village et alerta des frères afin qu’ils secourent le mystérieux voyageur. Ils le transportèrent dans un grand drap de toile épaisse jusqu’à la maison familiale. Carmine et Althaea, qui avait le savoir des plantes, préparèrent un cataplasme de millepertuis, d’aloès et d’anthyllide vulnéraire dont elle enduisit la peau brûlée et gercée du vagabond, ainsi qu’une décoction d’écorce de frêne, de bouleau, de quinquina, de racine de gentiane jaune et de gingembre pour faire baisser la fièvre. 
        Sept jours et sept nuits il erra entre le monde visible et le monde invisible, entre songe et réalité. Carmine ne quitta pas son chevet. Opaline avait bien visité le malade lorsqu’il était arrivé, mais son état moribond et ses guenilles ne l’avaient intéressée que le temps d’une moue de dégoût. 

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          Le matin du huitième jour, Carmine fut réveillée par sa mère qui lui apportait un bol fumant de verveine. Elle lui pressa l’épaule avec tendresse.
“- Ma fille, tu as assez veillé. Va te reposer un peu, je m’occupe de lui.”
          Carmine allait protester quand sa mère la retint d’un geste de la main.
“- La fatigue et l’attente te creusent les joues et t’obscurcissent les yeux. Tu as besoin de sommeil, tout autant pour ton corps que pour ton esprit. Et puis tu sais que je veillerai sur lui avec une attention proportionnelle à l’intérêt que tu sembles lui porter.”
          Carmine remercia sa mère d’un sourire avant de se lever, ses joues carmines devenues pourpres face à la sagacité d’Althaea. Elle monta dans sa chambre et s’assoupit dès que sa tête effleura l’oreiller. Sa fatigue était telle qu’elle dormit tout le jour et toute la nuit suivante, et le soleil était haut dans le ciel lorsqu’elle s’éveilla enfin. La maisonnée résonnait de chants et de paroles enjouées, et des effluves de pain frais, d’herbes aromatiques et de galettes à l’orange et à la cannelle enveloppaient l’air. 
          La jeune femme se leva précipitamment et sortit dans le couloir où régnait une étrange effervescence. Autour d’elle, on s’empressait, on s’affairait, on devisait. Elle arrêta une jeune fille qui transportait du linge frais lavé dans un large panier et lui demanda la raison de cette agitation et de cette liesse. 
“- Oh, mais nous fêtons la venue du prince du Pays Vert, Sopho Collis. Il s’est réveillé hier midi, et depuis qu’il a raconté son histoire, tout le monde n’a d’yeux que pour lui. Ton père a ordonné trois jours de fête et de joie en son honneur.”
          La déception de Carmine fut grande, elle qui avait tant espéré être la première personne à connaître le nom de l’étranger. Une déception à laquelle s’ajoutait une surprise tout aussi grande d’apprendre la noblesse de celui qui paraissait si misérable. Elle en voulait aussi à ses proches de ne pas l’avoir prévenue plus tôt, surtout à sa mère qui l’avait remplacée au chevet du malade.
          Mais la jeune fille continuait son récit avec enthousiasme, ne se lassant pas de partager cet événement :
“- Il vient du Pays Vert où son père règne depuis vingt-sept ans. Là-bas dans le sud, le paysage est modelé de collines toujours verdoyantes. Leur peuple vit dans des maisons de pierres multicolores avec des tentures de feuilles tressées et des toits d’herbe fleurie. Mais alors qu’il retournait sur ses terres après être parti commercer avec des gens du Pays Bleu qui vivent sous l’eau, une violente tempête a disséminé toute la caravane. Quant à lui, il a été emporté dans les nuées par un gigantesque tourbillon de vent, qui l’a transporté sur plusieurs lieues, jusqu’à notre Pays Blanc. Il a cru entrer dans le monde des morts en voyant la neige à perte de vue, et ce froid qui lui cinglait la peau. D’autant plus qu’il avait tout perdu, nourriture, biens et compagnons, et ses vêtements étaient déchiquetés. Il a marché ainsi plusieurs jours, mangeant les rares baies qu’il trouvait sur son chemin, jusqu’à ce qu’il tombe de fièvre et de fatigue. Alors un ange tout baigné de lumière lui est apparu, une fée a-t-il dit, qui l’a sauvé et lui a redonné la vie, mais il ne sait s’il s’agit d’un songe ou de la réalité. Alors tu penses bien, quand il a vu Opaline, il a été subjuguée par sa beauté, et il a cru reconnaître sa bienfaitrice ! Tout le monde s’attend à ce qu’il la demande en mariage dans les jours qui viennent !”
          Carmine sentit la douce chaleur qui l’habitait communément devenir brûlure. Elle remercia laconiquement la jeune fille et descendit dans la Grande Salle d’où provenaient bruits et odeurs. Là, une foule était massée autour de son père et de l’étranger, assis sur des coussins posés à même le sol, et semblant en grande conversation. Vêtu d’une simple tunique de lin écrue et d’un gilet de laine épaisse, coiffé et rasé, l’inconnu dégageait une prestance tranquille. Nul doute qu’il fût un prince. Et Opaline était à ses côtés, buvant ses paroles, blanche et lumineuse. 
          Soudain, quelqu’un lui tapota l’épaule. En se retournant, Carmine découvrit sa mère, l’air soucieux, qui l’enserra dans ses bras avant même qu’elle ne pût lui proférer un reproche. 
“- Carmine, te voilà enfin ! J’étais si inquiète de ne pas te voir ! Opaline m’a bien dit que tu étais partie cueillir du houx au bord de la Montagne, mais je pensais que tu allais revenir plus tôt… Pourquoi es-tu partie si précipitamment, sans m’en parler ? Avais-tu peur de te trouver face à l’étranger ?
– Je n’ai pas quitté la maison, mère. Mon corps était bien là, mais mon esprit divaguait dans le monde des rêves, sans que personne n’eût l’idée de me tirer hors de lui. Opaline vous a menti. Je vois que le prince a maintenant trouvé grâce à ses yeux quand le vagabond l’indifférait.
– Oh, Carmine, il est persuadé qu’elle lui est apparue en songe et qu’elle l’a sauvé !
– Mais c’est impossible, mère, le lui avez-vous dit ?
– Bien sûr, je lui ai clamé que c’était toi qui l’avais trouvé et avais prévenu la maisonnée, mais tu n’étais pas là, j’ai cru… j’ai cru que tu n’osais pas te montrer à lui. Tu comprends, il croit qu’un ange l’a guéri…
– Et un ange ne peut être rouge comme le sang, à moins d’être déchu et maudit.” conclut Carmine avec amertume.
“-Tout n’est pas perdu, ma fille. Viens donc que nous te présentions à lui.”
          Althaea l’emmena avec autorité vers le centre de la salle. En les voyant s’approcher, Fragon eut un grand sourire et s’exclama :
“- Ah, Sopho, voici enfin ma deuxième fille Carmine, celle qui vous a découvert gisant dans la neige.”
         Carmine sentit de nouveau la brûlure sur ses joues alors que l’étranger se tournait vers elle. Il ne put retenir un léger haussement de sourcils devant la couleur de sa peau. Néanmoins, on avait dû le prévenir et lui conter sa naissance légendaire, car il se repris très vite et la salua poliment.
“- Je vous suis infiniment redevable, madame. Vous et votre sœur êtes de véritables fées, vos proches ont de la chance de vous avoir auprès de vous… Mais… Qu’avez-vous ? Vous saignez !”
          En voyant sa sœur si resplendissante et fière assise tout près de lui, Carmine n’avait pu retenir ses larmes. Des larmes de déception, de rage et d’injustice, qui coulaient sur ses joues telles des gouttes vermeilles.  
“- Ne vous méprenez pas, votre éminence, mes pleurs sont de sang comme ma peau, une singularité dont je suis affublée depuis ma naissance. Votre sollicitude me touche, et je suis heureuse de vous voir débout et en bonne santé.
– Carmine vous a veillé nuits et jours, renchérit Althaea, et m’a aidée à vous soigner, car je lui ai transmis le savoir des plantes de nos contrées. Le feu aussi peut être lumière et réconfort.”
          Le prince du Pays Vert ne sut que répondre, troublé. Fragon invita sa fille et sa femme à se joindre à eux. Carmine prit donc place auprès de son père et essaya de se montrer avenante et agréable. Mais elle sentait bien que Sopho n’osait pas lever les yeux vers les siens. Peut-être craignait-il de s’y brûler ? Au contraire, il se tournait tout naturellement vers Opaline, qui lui souriait de ses dents blanches et lissait entre ses doigts ses longs cheveux brillants comme les étoiles. Carmine profita de la venue des musiciens pour s’éclipser sans un mot.

            Carmine s’en alla, le cœur lourd. Elle s’en alla sur les chemins où le sol se réchauffait peu-à-peu. La glace fondait et s’écoulait des épines et des branches des arbres et arbustes, les oiseaux faisaient leurs gammes encore hésitantes. Et puis comme ses pensées l’envahissaient, elle se mit à courir pour les chasser, elle courut vers la Montagne, manquant de trébucher à plusieurs reprises. Elle escalada les rochers, s’agrippant à tout ce qui lui venait sous la main. Elle savait où elle pourrait trouver sinon du réconfort, un peu de paix. Elle se dirigea vers la source du ruisseau qui dévalait la Montagne et longeait le village. Là-haut, auprès du Lac du Ciel de l’Aube, où elle s’était tant baignée, où elle avait appris à nager, où elle avait écouté les femmes, où elle avait tant envié sa sœur, la sublime blancheur de sa peau, où elle avait contemplé son visage dans l’onde lisse, ce visage à la teinte si atypique, si vive, malgré la douceur de ses traits. Elle se jeta dans l’eau sans quitter ses vêtements, s’y enfonça jusqu’à la taille. Elle ne put s’avancer davantage, car déjà les larmes perlaient à ses yeux, petites perles rubis qui devinrent rapidement de gros sanglots de gemmes pourpres. 
          Toute la nuit elle pleura. Et bientôt le lac ne fut plus qu’une étendue de larmes, une étendue couleur framboise, qui imbiba la terre et la glace.

          Au petit matin, Sopho se réveilla en sursaut dans le village encore endormi. Il avait rêvé d’un immense champ de roses blanches. Elles exhalaient un parfum si irrésistible qu’il s’était jeté dans le lit fleuri pour s’y enivrer… Et voilà que leurs épines, invisibles jusqu’alors, le griffaient, lui lacéraient la peau. Il criait sous la douleur et la brûlure. De ses plaies coulait son sang qui bientôt tacha les délicats pétales. Alors la douleur cessa brusquement. Était-il mort, vidé de son sang ? Les roses n’avaient plus d’épines, mais leurs pétales s’étaient teintés d’un bel incarnat. Il avait repris conscience à ce moment-là, alors que les étoiles s’effaçaient dans le ciel. 
          Il sortit se rafraîchir l’esprit, le corps et le cœur après les réjouissances de la veille. Une bien curieuse journée. L’attitude de la femme à la peau rubis l’avait interpellée. Elle était partie si vite… Aurait-elle eu peur de lui ? 
          Ses pas le menèrent au bord du ruisseau qui venait de la Montagne. La nature alentour prenait peu-à-peu des couleurs encore teintées du bleu de la nuit. Il entra dans l’onde et se laissa flotter alors que le soleil se levait. En se redressant, il crut rêver encore en découvrant que l’eau s’était teintée d’incarnat tel le jus des framboises. Mais elle avait le goût salé des mers ou des larmes. Des larmes rubis. Qui pouvait donc pleurer ainsi, pleurer tant ? 
          Plus il remontait le ruisseau, plus le rose s’intensifiait et faisait étinceler l’eau devenue rubis liquide. Et en découvrant la Montagne, il ne put retenir un cri de stupeur. La Montagne, si blanche d’ordinaire, s’était elle aussi parée de rose. Elle se fondait avec le ciel de l’aube. Et déjà le froid laissait place à la douceur prometteuse du printemps. 
          Là-haut, au bord du Lac de Ciel de l’Aube, Carmine l’attendait. Le feu de sa peau était lumière et douceur. L’ange rouge.

          Et c’est aujourd’hui serrés près de l’âtre que l’on raconte cette histoire, là-bas dans le village au bord de la Montagne Rose. Les habitants, qui se revendiquent descendants du prince Sopho et de la fée Carmine, ont le teint framboise rubis.
(Les mauvaises langues n’y voient là qu’une conséquence d’une surconsommation de baies rouges…)

coulant vegan



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Trois petits grains (de framboise)…

Ce conte-recette est né de la confluence de trois histoires ♥ :

♦ Un roman lyrique de Carole Martinez, dans la mouvance médiévale du Domaine des Murmures : La Terre qui penche (voir la référence complète dans les sources ci-dessous) Une petite fille rousse et flamboyante, sauvée par la chaleur d’un four à pain qui a réchauffé son corps et son âme comme un petit gâteau, et qui croit que les loups brodés sur sa belle tunique de velours rouge peuvent s’y échapper et courir à son côté…

♦ Un conte de fée de Charles Perrault, intitulé “Les Fées”, tiré des Contes de ma mère l’Oye (1697). Deux sœurs… Des paroles qui se transforment en gerbe de fleurs ou en ruisseau de pierres précieuses… à moins que ce ne soit un serpent ou un crapaud ! 

La Reine de Saba de Marek Halter, une fresque historico-romancée, pour l’atmosphère un brin magique et si sensorielle (les galettes dorées au miel, fourrées aux dattes ou aux herbes…). Une reine si atypique, à la peau sombre et à la sagesse digne du roi Salomon…

Découvrez, lisez, savourez…

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Des petits fruits rubis à l’origine mythique : les framboises

Le framboisier est une plante vivace très commune de la famille des Rosacées, qui pousse naturellement au bord des chemins et dans les clairières.  Il existe plus de 450 variétés. Outre la framboise rose foncée, la plus connue,  la framboise peut aussi être de couleur noire, jaune, orange, blanche ou ambrée
Elle se compose de plusieurs petits grains appelés drupéoles, renfermant chacun une graine, la drupe.

Les framboises sous leur forme sauvage étaient déjà récoltées au Néolithique (9000 – 3300 avant notre ère au Proche-Orient), et poussaient dans les zones montagneuses d’Europe. D’ailleurs, le terme de framboise serait issu de la déformation de fraise des bois. La culture du framboisier se développe au Moyen-Âge. On trouve encore des framboisiers sauvages dans les montagnes françaises (Alpes, Massif Central, Vosges).


Le petit nom latin du framboisier est rubus idaeus (détail que j’ignorais en nommant ces coulants, que j’aime ces coïncidences ♥) : rubus signifie rouge et idaeus est une évocation au mont Ida, en Crète. Zeus y aurait passé son enfance au sein d’une caverne située sur le versant nord, élevé par la nymphe Ida. Sa mère Rhéa cherchait en effet à le soustraire à la cruauté de son père, le roi des Titans Cronos.

Selon la légende, les framboises étaient à l’origine blanches avant d’être teintes en rubis par le sang de la nymphe Ida qui s’était écorchée sur une épine.

De fait, le framboisier est considéré comme un arbuste protecteur, à l’instar du refuge de Zeus. On en suspendait jadis des branches au-dessus des fenêtres et des portes. En Allemagne, on en jonchait le sol des maisons où une personne venait de mourir, ceci afin d’empêcher l’âme de ces dernier de hanter les lieux.

Enfin, une branche de framboisier cueillie verte était censée prévenir les douleurs de l’accouchement. Une infusion de ses feuilles étaient de plus indiquée en cas de grossesse, à raison de 40 à 50 g de feuilles par litre d’eau, 3 à 4 fois par jour. Dans la nature, les juments broutent en effet instinctivement des branches de framboisier avant de mettre bas. Du point de vue scientifique, un composé des feuilles de framboisier, la fragarine, est reconnu pour relaxer le muscle utérin et ralentir légèrement le cœur, apaisant les contractions mais aussi les spasmes de l’utérus en cas de règles douloureuses.
L’infusion de feuilles s’emploie aussi contre les angines et la diarrhée chronique. En usage externe, elle soigne les éruptions cutanées par ses propriétés astringentes (en diminuant la sécrétion de sébum).
L’infusion de fleurs, quant à elle, a une action sudorifique, et est recommandée en cas de fièvres, notamment éruptives, de goutte ou de rhumatismes.
Quant aux jolis fruits rubiconds, outre leur douce saveur, ils étaient indiqués contre la fièvre, la fatigue, les troubles digestifs et la faiblesse du cœur. Appliqués en masque, ils traitent les peaux sèches. Rafraîchissante, la framboise est aussi laxative et diurétique, de par sa richesse en eau (83 g/100 g) et sa teneur en fibres (6, 7 mg/100 g). Les personnes ayant des intestins capricieux privilégieront les framboises écrasées et passées au tamis, afin de retirer les petites graines parfois irritants. En outre, elle est pauvre en sucre, et est donc autorisé aux diabétiques.

raw strawberry cake



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coulants rubis


Pour 2 petits coulants :

La base :
160 g de framboises
30 à 40 g de farine de coco
10 à 20 g de sucre de fleur de coco
10 g de lucuma
1 càs de grains de vanille
 
Le cœur coulant :
2 càc bien bombées de purée d’oléagineux
2 càc de sirop d’agave ou de riz (ou de miel si vous n’êtes pas végétaliens)
2 càs de jus de framboises ou d’eau ou de lait végétal
Le cœur coulant peut là encore être personnalisé selon les goûts : confiture, compote, pâte à tartiner…
Le procédé est le même que celui des coulants d’or et d’ambre :
♦ Dans un petit saladier, mélanger tous les ingrédients de la base, afin d’obtenir une pâte dense et compacte comme de la pâte à modeler.
♦ Préparer le cœur coulant en mêlant la purée d’oléagineux, le sucrant et le liquide (jus de framboises pour rester dans les tons roses, à défaut de l’eau ou du lait végétal).
♦ Étape du modelage – étape cruciale et délicate mais ô combien amusante – Séparer la pâte en deux boules. Avec les 2/3 de chacune, former un puits et y verser le cœur coulant. Refermer le coulant avec le reste de pâte. Bien amalgamer le tout afin d’obtenir une jolie demi-sphère harmonieuse.

On peut bien sûr être plus original et modeler le gâteau en forme de carré, de pyramide, de Père Noël ou de lapin. L’idéal serait quand même de sculpter une belle montagne, histoire de rester dans l’histoire.

N’hésitez pas à publier vos gourmandises sculpturales sur Instagram, sur #arbreenciel !

coulant vegan
dessert vegan
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Sources

Framboises

BOISVERT Clotilde. Plantes et remèdes naturels. Genève : Aubanel, 2003. 528 pages.

COUPLAN François, DEBUIGNE Gérard. Le Petit Larousse des plantes qui guérissent. Paris : Larousse, 2013. 1032 pages.

Inspirations

HALTER Marek. La Reine de Saba. Paris : Pocket, 2009 (1re édition Robert Laffont, 2003). 329 pages. (Collection Littérature).
 
MARTINEZ Carole. La Terre qui penche. Paris : Gallimard, 2015. 368 pages.
PERRAULT Charles. “Les Fées”, Contes de ma mère l’Oye, 1697.
 


raw strawberry


Semez les graines de L'Arbre-en-ciel

4 thoughts on “Les Coulants Rubis aux framboises

  1. Merci Aurélie ! Et en plus d'être tentante, la cuisine crue ne nécessite pas une quantité de matériel (même si souvent, ce qui n'est pas le cas ici, il faut quand même un bon blender !)… En été, avec des framboises fraîches, et lorsqu'il fera trop chaud pour allumer le four, cette recette risque fort de revenir souvent sur notre table !

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