L’École des soignantes, Martin Winckler (roman, 2019)

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École des soignantes (L'), Martin Winckler

L’École des soignantes, Martin Winckler (roman, 2019)

Hannah est l’un des rares hommes soignantes au Chht !, le Centre Hospitalier Holistique de Tourmens. Dès le début de ce roman dystopique, Martin Winckler brouille les pistes, au-delà du genre, comme dans son précédent ouvrage, Le Chœur des femmes, dont nous allons retrouver quelques figures centrales.

Au Chht !, on soigne sans distinction de sexe ou de genre, et toutes les appellations sont désormais au féminin et subtilement modifiées : les praticiens sont devenus des soignantes, les patients des soignées. Ces dernières participent en effet activement au diagnostic, au traitement, à la guérison ou même à leur fin de vie, et ne sont plus reléguées au passif “patient”.

Hannah achève sa formation, et entre au Pôle Psycho, dirigé par Jean alias “Djinn” Atwood, personnage principal du Chœur des femmes, dont cet opus peut être considéré comme une suite. Chez les folles, donc. Chez celles dont on veut taire la voix, apposer une maladie, bien ranger tout cela dans un placard et passer à autre chose. Mais c’est sans compter la sororité qui lie soignées et soignantes au Chht !, d’autant plus que l’avenir de la structure est incertaine.

Martin Winckler décrit là un microcosme où le féminin est de mise, mais sans étouffer les autres genres. Il allie science-fiction et problématiques contemporaines dans une intrigue efficace, pleine de péripéties, avec de véritables réflexions sur le système médical, la tolérance, le destin, entre autres.

Malgré tout, le caractère hétéroclite des chapitres, alternant diverses formes de narration, et une rupture narrative à partir de la moitié du livre, le rendent parfois un peu brouillon et difficile à suivre. L’auteur ouvre plein de portes sans véritablement se décider à en franchir une. La pluralité serait ainsi le maître mot de ce roman atypique et labyrinthique, au risque de perdre en fluidité et en cohérence.

Les personnages restent cependant très riches et complexes, habilement décrits et mis en scène. Le récit nous pousse en outre à devenir actif/ve de notre santé, au quotidien comme dans le cadre de soins, à élever la voix pour se faire entendre, même en position de “soigné(e)”.

École des soignantes (L'), Martin Winckler

Atmosphère/climat : tempétueux, de l’électricité dans l’air, des bourrasques de vent fortes et puissantes, mais une trouée de ciel bleu au loin.

Saveur : sucrée-salée, mélange de douceur et de larmes.

Parfum : odeur de propre et d’antiseptique, de sueur et de parfum fleuri.

Rythme : lancinant, sinueux mais harmonieux, comme une mélopée.

Sonorité : puissante, impérieuse, des cris et des revendications, des bruits de pas fermes et résolus, l’empressement des doigts sur le clavier de l’ordinateur.

Couleur : arc-en-ciel, toutes les couleur de peau et de genre.

Mots-clefs : femmes, dystopie, hôpital, sororité, destin, folie, souffrance, science-fiction.

Fratrie culturelle :

WINCKLER Martin. Le Chœur des femmes. Paris : P.O.L., 2009. 608 pages.

Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de ” Médecine de La Femme “, dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste ! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit ? Qu’il va m’enseigner mon métier ? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre.

Son esthétique ici !


BELLO Antoine. Les Falsificateurs. Paris : Gallimard, 2007. 501 pages. Collection Blanche.

L’histoire d’une organisation secrète internationale, le CFR ou Consortium de Falsification du Réel qui falsifie la réalité sans que personne n’en comprenne les motivations. Elle est à l’origine de Laïka la première chienne dans l’espace qui n’a jamais existé ou des fausses archives de la Stasi. Sliv est embauché par cette organisation et va chercher à savoir pourquoi et pour qui il travaille.

Et la suite de la trilogie : Les Producteurs et Les Éclaireurs.

En accompagnement : un plat haut en couleurs et un peu sophistiqué, comme un rainbow cake !


WINCKLER Martin. École des soignantes (L’). Paris : POL, 2019. 312 pages.

2039. Hannah Mitzvah émigre à Tourmens pour rejoindre une école expérimentale qui a révolutionné l’apprentissage du soin depuis 2024 en concentrant ses efforts sur l’accueil bienveillant, la formation de professionnels de santé empathiques et une approche féministe de la médecine. Au bout de quatre années, Hannah entre en résidence au pôle psychologie dans lequel exerce Djinn Atwood.

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