Puits (Le), Ivan Repila

Le puits, Iván Repila (roman, 2014)

Ils sont deux dans ce puits, enfermés à ciel ouvert à sept mètres de profondeur. Le Petit et le Grand, deux frères, l’un encore un enfant, l’autre à l’orée de l’adolescence. Avec pour seule compagnie, hormis la faune grouillante des entrailles de la terre, un sac rempli de provisions destiné à leur mère. Pour cette raison, ils s’interdisent de le toucher, malgré la faim qui les tenaille et les creuse plus violemment jour après jour…

On ne sait ni comment ni pourquoi ils en sont arrivés là, seule compte leur survie, les jours qui passent, les heures, les minutes dans ce tunnel obscur. Une routine s’installe, entre la quête de nourriture, les échauffements du Grand, les délires du Petit, les nuits froides et humides. La mort semble hésiter à revêtir un visage, entre la faim, la soif, la folie, les loups… Mais c’est une ombre mystérieuse qui apparaît comme le plus grand danger, une ombre qui vient se pencher la nuit au-dessus du puits avant de s’enfuir.

Un texte court et percutant, entre la fable et le conte noir, qui nous plonge dans les abîmes de la condition humaine, des sentiments les plus nobles aux plus vils, en passant par les instincts primitifs. Le récit oscille entre le factuel et l’onirique, nous perdant entre le réel et la réalité. Le désespoir, mais aussi l’attachement des deux frères sont particulièrement bien retranscrits. Au fur et à mesure du récit, les questions se font plus nombreuses et dérangeantes, jusqu’à une fin glaçante qui ne laisse pas indemne. Un coup de poing littéraire !

Puits (Le), Ivan Repila

Atmosphère/climat : humide et boueux, une pluie collante et tiède dans les ténèbres de la nuit.

Saveur : un goût de terre et de sang, bloqué dans la gorge (sans compter les vers qui ne passent pas !).

Parfum : une odeur de pétrichor, de terre mouillée.

Rythme : haletant, saccadé.

Sonorité : des paroles murmurées sans queue ni tête, des craquements de bois et d’os, des hurlements de loups au loin.

Couleur : brun presque noir. Une couleur symbolisant à la fois la saleté, la violence, le dénuement, mais aussi la terre, la nature, la fertilité (la petite graine qui germe dans le terreau fait de matières décomposées).

Mots-clefs : puits, prison, frères, enfance, violence, survie, forêt, danger, mort, faim, soif, peur

Fratrie culturelle :

KRAKAUER Jon. Into the wild : voyage au bout de la solitude. Traduit de l’anglais par Christian Molinier. Paris : Presses de la Cité, 2008. 248 pages.

En 1992, le cadavre de Chris McCandless est découvert dans un bus abandonné en Alaska, loin de tout lieu habité. Cadre supérieur à l’avenir sans surprise, il avait décidé de tout quitter et de s’installer pour quelque temps, seul, au cœur de l’Alaska, pour vivre en totale communion avec la nature.


TALLENT Gabriel. My absolute darling. Traduit de l’anglais par Laura Derajinski. Paris : Gallmeister, 2018. 464 pages.

A 14 ans, Turtle Alveston arpente seule les bois de la côte nord de la Californie. Son univers familial est aussi menaçant que fermé. Ayant grandi avec un père abusif, elle se réfugie désormais dans la solitude, jusqu’à ce qu’elle attire l’attention de Jacob, un lycéen avec qui elle noue des liens d’amitié. Premier roman.


HEGLAND Jean. Dans la forêt. Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche. Paris : Gallmeister, 2018 (roman paru en 1996 aux États-Unis). 320 pages.

Alors que la société vit dans la peur et que la civilisation s’écroule, Nell et Eva, deux adolescentes, se retrouvent livrées à elles-mêmes dans leur maison perdue dans la forêt, après la disparition de leurs parents. Portées par leur passion pour la danse et l’écriture, elles luttent pour survivre et découvrent les richesses de leur milieu naturel. Premier roman.

Son esthétique ici !


FEL Jérémy. Les Loups à leur porte. Paris : Rivages, 2015. 434 pages.

Alors qu’une maison brûle, Duane risque sa vie pour sauver un petit garçon. Mary Beth, une serveuse, doit se confronter à un passé qu’elle avait tenté de fuir. Paul et Martha, un couple sans histoires, laissent entrer chez eux un mal dévastateur. A travers ces destins, une exploration de la face monstrueuse du self made man américain. Premier roman.

En accompagnement : du forestier, du rustique et du réconfortant, pour se remettre de cette lecture intense : une fondue bourguignonne aux champignons, avec une sauce brune et épaisse, accompagnée d’une bonne purée de pommes de terre.


REPILA Iván. Le Puits. Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Beraud, préface de Zoé Valdés. Paris : Denoël, 2014. Paru en 2013 en espagnol sous le titre El niño que robó el caballo de Atila). 109 pages.
Deux frères, le Grand et le Petit, sont prisonniers au fond d’un puits de terre, au milieu d’une forêt. Ils tentent de s’échapper, sans succès. Ils parviennent à survivre aux loups, à la soif, aux pluies torrentielles, mais le Petit s’affaiblit de jour en jour. Le Grand sait qu’il doit sauver son frère, quitte à en perdre la vie.

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