Le Cœur mendiant, Mérédith Le Dez (roman, 2018)

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Le Coeur mendiant, Mérédith Le Dez - Copie

Un roman comme un coucher de soleil rougeoyant.

Muriel, la quarantaine, se remémore un amour passé, un amour contrarié avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Rencontrés sur un banc, réunis autour de la lecture et des mots, elle, la jeune fille en robe rouge de dix-sept ans, et lui, le traducteur aux yeux gris pâle, grand ami d’un écrivain, Jeremy Kettle.

C’est la mort qui à chaque fois vient faire resurgir les souvenirs de Muriel, raviver son amour. La mort d’André, de Jeremy, la mort prochaine de ce vieux voisin, Louis Philippe, qui s’est pris de passion pour la littérature sur le tard. Ce dernier personnage est d’ailleurs aussi présent dans le premier roman de l’auteure, Baltique. Il vient ouvrir et clôturer l’histoire, et apparaît dès lors comme une figure tutélaire de l’œuvre romanesque de Mérédith Le Dez. Tous les personnages sont aussi subtilement dépeints, toujours avec tact, même s’il s’agit juste d’une esquisse.

L’auteure est aussi poète, deux de ces recueils ont d’ailleurs remporté des prix (Journal d’une guerre, Prix Yvan-Goll 2015, et Cavalier seul, Prix Vénus-Khoury-Ghata 2017). Ses romans sont aussi empreints de poésie, avec un style lyrique et fluide, beaucoup de figures de style et des phrases assez longues mais qui restent compréhensibles. Son écriture m’a d’ailleurs fait penser à Gaëlle Josse .

Certaines évocations sont particulièrement prégnantes, notamment sur la mort, l’amour, le corps, la lecture. Une réflexion sur le métier d’écrivain est aussi mise en avant à travers la figure de Jeremy Kettle, qui s’est emparé de l’histoire d’amour entre André et Muriel pour en faire un roman à succès, Judith ou Les Têtes coupées. Une publication que Muriel a vécu comme un vol, une trahison, et qui questionne la difficile limite entre fiction et réalité, ainsi que la légitimité de l’écrivain.

Enfin, le récit est jonché de références culturelles qui donnent envie de les découvrir pour s’immerger dans l’histoire, des œuvres littéraires (Le Rouge et le noir de Stendhal, Luc Dietrich…) aux œuvres musicales (Nusrat Fateh Ali Khan), en passant par les Beaux-Arts (Emile Friant et son tableau La Toussaint, peint en 1886)…

Une belle histoire mélancolique, introspective et lancinante, au style poétique et sensible.

J’ai eu la chance d’échanger avec Mérédith Le Dez lors d’une rencontre-dédicace dans une des bibliothèques où je travaille. J’ai été extrêmement touchée par sa sensibilité, sa douceur et sa gentillesse. Des réflexions subtiles, mais toujours accessibles à tous, un grand sens de l’écoute et de l’observation. Le tortueux cognassier sous lequel nous avons partagé le repas a d’ailleurs retenu son attention… Qui sait s’il ne fera pas une apparition dans ses prochains écrits ?

Le Coeur mendiant, Mérédith Le Dez

Atmosphère/climat : une chaude soirée de fin d’été, où le temps semble suspendu, pesant. L’esprit mélancolique, entre souvenirs, adieux imminents et septembre qui approche, qui est là, déjà. Un coucher de soleil vient incendier les feuilles des arbres déjà roussies.

Saveur : douce-amère

Parfum : un parfum d’encre et de papier

Rythme : lento, malinconico (mélancolique), lancinant, comme les mélopées de Nusrat Fateh Ali Khan

Sonorité : douce, le ronronnement d’un chat et le bruit des vagues

Couleur : rouge vermeil,  le rouge de la robe de Muriel, le rouge de l’amour, le rouge de l’interdit, le rouge de l’amour interdit

Mots-clefs : amour, mort, souvenirs, introspection, fiction, réalité, littérature, écriture

Fratrie culturelle :

LE DEZ Mérédith. Baltique. Limoges : Le Bruit des autres, 2015. 232 pages.

Le corps de l’énigmatique Baltique est retrouvé au bas d’un pont. Entre imaginaire et réalité, la narratrice mène l’enquête.


JOSSE Gaëlle. Une Longue impatience. Montricher : Noir sur Blanc, 2017. 192 p. (Coll. Notabilia).

En Bretagne, la veuve d’un pêcheur épouse en secondes noces le pharmacien du village. Son fils, issu de son premier mariage, ne parvient pas à trouver sa place dans cette nouvelle famille et choisit de partir en mer, comme son père. Une longue attente commence alors pour la narratrice qui, pour tromper son ennui, imagine le grand banquet qu’elle offrirait afin de fêter le retour de son enfant. (Electre 2018).


HAGENA Katharina. Le Goût des pépins de pommes. Traduit de l’allemand par Bernard Kreiss. Paris : Anne Carrère, 2009. 267 pages.

A la mort de Bertha, ses trois filles, Inga, Harriet et Christa, et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans leur maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l’Allemagne, pour la lecture du testament. C’est finalement Iris qui hérite de la maison. Si elle est d’abord tentée de la revendre, elle décide finalement, assaillie par les souvenirs, de la conserver.

En accompagnement : un thé noir amer, accompagné de petites douceurs, des biscuits fourrés à la confiture de fruits rouges (en forme de cœur bien sûr) et/ou une belle part de mendiant aux cerises, ce vieux dessert alsacien et franc-comtois, aussi appelé «gâteau du pauvre», qui permet d’accommoder les restes de pain ou de gâteau.

 

Le tortueux cognassier
Le tortueux cognassier

LE DEZ Mérédith. Le Cœur mendiant. Rennes : La Part commune, 2018. 224 pages.

Est-ce que le monde s’est tellement obscurci en un quart de siècle ? Est-ce la conjonction toujours plus fracassante des drames intimes et de l’universelle tragédie jusqu’à la déflagration ultime ? Un soir à 20 h en 2015. Dans une grande tour, une femme regarde les informations. Elle pense à son voisin, un vieil homme qui vient d’être hospitalisé. Sur l’écran, des hommes dans un lointain désert jouent au football avec des ballons étranges. Le même soir, à la fin du même journal télévisé, elle apprend la mort énigmatique d’un homme qu’elle a connu vingt-cinq ans plus tôt, un écrivain controversé. De qui Jeremy Kettle était-il le nom ? Poussée par les circonstances, elle renoue avec son passé, entre aspirations de la jeunesse et désenchantement de la maturité.

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