La Vie parfaite, Silvia Avallone (roman, 2018)

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La Vie parfaite, Silvia Avallone

La Vie parfaite, Silvia Avallone (roman, 2018)

Qu’est-ce qu’une vie parfaite ? Une vie qui se conforme à nos souhaits et nos désirs, ou une vie que l’on choisit d’aimer, malgré le destin, parfois cruel ?

À Bologne, deux femmes sont tiraillées autour de la même problématique, la maternité. Adele est une jeune femme de dix-sept ans sur le point d’accoucher. Mais que faire lorsque l’on est si jeune, issue d’un quartier pauvre d’où l’on rêve de s’extirper, délaissée par un mari en prison et un père absent mais à la figure légendaire ?

Dora, quant à elle, est professeure à l’université, et porte en elle deux fardeaux : son handicap, une jambe manquante, et sa stérilité. Alors que son mari et elle tentent vainement d’avoir un enfant depuis des années, son désir de maternité devient omniprésent et féroce, au point de la rendre amère et sévère envers son entourage.

Adele envisage d’abandonner l’enfant, Dora entame une procédure d’adoption.

Et autour d’elles tournent et virevoltent une galerie de personnages : la famille, les amis, les connaissances, les professionnels… Zeno, le jeune étudiant sensible et épris d’Adèle dont il écrit secrètement l’histoire en l’épiant de son appartement voisin. Manuel, l’ex copain d’Adèle et l’ex ami de Zeno, intelligent et ambitieux mais en prison suite à un crime. Fabio, le mari de Dora, à la fois désabusé et attaché à sa femme. Serena, la meilleure amie de Dora, qui travaille dans le pénitencier où est incarcéré Manuel. Les mères omniprésentes, les pères absents ou laconiques.

Les destins se croisent et s’entrechoquent, pour finalement aboutir à une fin qui se révèle assez surprenante, attendue mais déjouant tout de même les attentes.

Le style d’écriture est foisonnant et théâtral, faisant penser aux opéras italiens. On retrouve l’ambiance italienne et la profusion de personnages d’Elena Ferrante ou Milena Agus. Le récit alterne les points de vue et les péripéties et mêle les épisodes de façon anarchique, ce qui nous perd parfois un peu dans la chronologie. Malgré tout, le rythme reste fluide, les descriptions non pesantes et pertinentes, entrecoupées de dialogues.

La roue présente sur la première de couverture illustre à la fois un épisode du roman, tout en étant le symbole de ce destin cyclique et parfois chaotique et du passage de l’enfance à l’âge adulte. Cycle de la maternité, cycle vicieux de la précarité, cycle vertueux de la réussite.

Un roman lumineux et dramatique (dans le sens grec du terme, une action théâtrale), qui soulève la question de la maternité, mais aussi de la précarité, de l’amour et des choix de vie.

La Vie parfaite, Silvia Avallone

Atmosphère/climat : un vent chaud tourbillonnant, un soleil vif, presque blanc, aveuglant

Saveur : sucrée et riche, comme le lait maternel

Parfum : une odeur de layette, douce et sucrée, mélangée à l’odeur métallique du sang

Rythme : presto (rapide), saccadé, comme des battements de cœur, tambourinant, tourbillonnant

Sonorité : fort et clair, tonitruant, comme les cris d’un nouveau-né, comme un cri de révolte

Couleur : jaune vif et rose guimauve, l’acide et le sucré, la vivacité et la douceur

Le jaune symbolise tout à la fois le soleil, l’énergie, la vie, mais aussi la trahison et le mensonge, l’ambition (notamment de la richesse). Sous le soleil italien, les personnages semblent courir après une quête désespérée, une quête de vie, ou plus matérielle, une quête d’argent, et sont prêts à tout (ou presque) pour y parvenir.

Malgré tout, une douceur un peu candide est présente dans ce roman, d’où cette association détonnante avec le rose guimauve, qui représente tout à la fois la jeunesse, la tendresse et la féminité (bien que celle-ci ne se résume pas bien sûr pas au rose – d’ailleurs au Moyen Âge, la femme était plutôt associée au bleu, couleur de la Vierge Marie, en Occident). L’espoir d’une jeunesse rêvant de s’extirper de leur milieu natal, l’espoir d’un amour, l’espoir d’un avenir.

La guimauve, « marshmallow » en anglais, est une plante aux jolies fleurs rose pâle, dont le mucilage était autrefois extrait pour obtenir une confiserie parfumée… aujourd’hui remplacée par un mélange de sucre, de blancs d’œufs et de gélatine… La racine de la plante était aussi couramment donnée à mâcher aux jeunes enfants faisant leurs premières dents.

Mots-clefs : maternité, stérilité, adoption, Italie, banlieue, précarité, jeunesse, espoir, destin, espoir, amour

Fratrie culturelle :

FERRANTE Elena. L’Amie prodigieuse : enfance, adolescence. Traduit de l’italien par Elsa Damien. Paris : Gallimard, 2014. 400 pages. (Collection Du monde entier).

À la fin des années 1950, Elena et Lila vivent dans un quartier défavorisé de Naples. Malgré des études brillantes, Lila abandonne l’école pour travailler avec son père dans sa cordonnerie. En revanche, Elena, soutenue par son institutrice, étudie dans les meilleures écoles. Durant cette période, les deux amies suivent des chemins parallèles, qui tantôt se croisent tantôt s’écartent.

Et la suite de cette tétralogie : Le Nouveau nom (2016), Celle qui fuit et celle qui reste (2017) et L’Enfant perdue (2018).

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AGUS Milena. Terres promises. Traduit de l’italien par Marianne Faurobert. Paris : Liana Levi, 2018. 176 pages. (Collection Littérature étrangère).

Peu après la Seconde Guerre mondiale, Raffaele rêve de quitter la Sardaigne pour le continent. Il s’installe à Gênes avec sa femme, Ester, mais celle-ci souhaite bientôt retourner sur son île natale. Leur fille, Felicita, y découvre le communisme avant de tomber amoureuse d’un noble et de donner naissance à un fils, Gregorio. Une saga familiale entre Cagliari, Gênes et New York.

En accompagnement : un repas “maternel”, riche et italien, à base de pâtes crémeuses à la sauce cajou et avocat, suivies d’une glace à la noix de coco, avec pourquoi pas un coulis de fruits rouges !

L’avocat et la noix de coco, par leur forme d’œuf, évoquent la maternité, la naissance. Ce sont aussi deux aliments très riches nutritionnellement (des acides gras tels que les omégas 9 pour l’avocat, et l’acide laurique pour la noix de coco – qui est le principal acide gras saturé du lait maternel d’ailleurs !).

La noix de cajou suggère quant à elle la féminité par sa forme de demi-lune (astre féminin par excellence). Elle permet d’obtenir une texture soyeuse dans les préparations. Elle est riche en omégas 9 (acides gras mono-insaturés), en phosphore et en magnésium.

Enfin, ces trois aliments sont associés à l’énergie Terre en Médecine Traditionnelle Chinoise, élément maternel, qui nourrit, apporte chaleur et réconfort, notamment dans les moments de changement et de transition.

 

AVALLONE Silvia. La Vie parfaite. Traduit de l’italien par Françoise Brun. Paris : Liana Lévi, 2018. 400 pages.

Adèle, 18 ans, accouche à Bologne d’un enfant qu’elle souhaite abandonner. Dora est obsédée par son désir de maternité contrarié. Zeno est le voisin d’Adèle et l’élève de Dora.

 

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