Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier (roman, 2013)

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Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier

Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier (roman, 2013)

Au cœur de la forêt cohabitent trois vieillards. Charlie l’ours affable, Tom, tanné par la vie, et le mystérieux Ed ou Ted ou Edward Boychuck, survivant des Grands Feux, ces incendies qui ont le Canada au début du XXe siècle. Tous les trois ont fui la civilisation pour différentes raisons, et aspirent à profiter de leur liberté avant que la mort ne vienne les chercher. Mais si celle-ci n’est jamais loin, ce sont surtout deux femmes qui viennent rompre leur solitude et leur tranquillité. Une photographe obstinée qui cherche à recueillir le témoignage d’Ed ou Ted ou Edward Boychuck, et une douce septuagénaire, Marie-Desneige, enfermée toute sa vie pour troubles mentaux, mais qui possède le talent rare de décrypter l’invisible. La vie ne sera plus la même au sein de la petite communauté sylvestre. La mort est là, l’amour aussi. Les histoires, les vies et les sentiments s’entremêlent, et à travers eux se dessine l’histoire des Grands Feux, cette époque terrible où « il pleuvait des oiseaux ».

La narration alterne dans un premier temps les points de vue certains personnages, les « jeunes » : la photographe, Steve, le gérant de l’hôtel situé à proximité, et Bruno, neveu de Marie-Desneige. Trois témoins qui ouvrent le récit, introduits à chaque fois par l’autrice. Puis le récit passe exclusivement au point de vue externe. Ce mélange original des narrations, entrecoupé des interventions de l’autrice, comme des mises en bouche, est formidablement bien mené et rythme l’histoire.

L’intrigue se construit peu-à-peu, tournant autour du personnage d’Ed ou Ted ou Edward Boychuck, le survivant, dont seule Marie-Desneige est capable de lire ses peintures.

Un roman atypique et plein de délicatesse, qui met en lumière avec beaucoup de tact la vieillesse, la mort, le deuil, mais aussi la soif de liberté, d’amour. Le ton est doux-amer, un peu cynique parfois, mais empli de tendresse, jamais triste malgré la dureté des événements rapportés. La fin est dans cette lignée, même si elle m’a semblé un peu rapide… Je n’avais pas envie de quitter si vite les personnages !

Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier

Atmosphère/climat : froid, une journée ensoleillée d’hiver, le ciel presque blanc, la fumée qui sort des narines et des bouches en parlant, la promesse d’un bon thé/café/chocolat chaud au coin du feu.

Saveur : à la fois douce et fumée

Parfum : feu de bois, résine, humus

Rythme : assez lent, contemplatif

Sonorité : douce, bruissement des pas dans la neige ou les feuilles mortes, chuchotis au coin du feu

Couleur : blanc et brun. Blanc comme la vieillesse, comme la lumière, comme la neige. Brun comme la terre, le bois, l’environnement qui entoure notre petite communauté à têtes blanches (principalement !).

Mots-clefs : vieillesse, amitié, forêt, mort, Canada, liberté, Grands Feux, incendie, amour, solitude, entraide

Fratrie culturelle :

La série de bandes dessinées Les Vieux fourneaux, de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet, publiée aux éditions Dargaud depuis 2014 (5 tomes pour le moment).


GAVALDA Anna. Ensemble, c’est tout. Paris : Dilettante, 2004. 603 pages.

Une histoire d’amour entre quatre éclopés de la vie : Camille Fauque a 26 ans et une enfance pourrie, Philippert Marquet de la Durbellière est un héritier distingué, Franck Lestafier un cuisinier hors pair, un peu faraud, dont la mère, Paulette Lestafier, se laisse mourir dans une maison de retraite. Ou comment ce qui n’aurait jamais dû arriver arriva.


CONSTANTINE Barbara. Et puis Paulette… Paris : Calmann-Lévy, 2012. 250 pages.

Les histoires personnelles de chacun amènent cinq personnes de 67 à 95 ans à cohabiter ensemble dans une ferme. Ils recrutent une élève infirmière, Muriel, contre le gîte et le couvert. Kim vient aussi de temps en temps entretenir le jardin potager. Bientôt, Muriel met au monde une petite fille… dont elle ne veut pas s’occuper. Le club des cinq prend bébé Paulette sous son aile.

En accompagnement : un bon plat de pommes de terre au tofu fumé, suivi d’un bon chocolat chaud au coin du feu.


SAUCIER Jocelyne. Il pleuvait des oiseaux. Paris : Denoël, 2013 (paru en 2011 aux éditions XYZ au Canada). 208 pages.

Le Herald Tribune envoie une photographe en reportage dans la région québécoise du Témiscamingue, dont les forêts ont été décimées par des incendies au début du XXe siècle. Elle y découvre une communauté de marginaux, dont Tom et Charlie, deux survivants reclus au fond des bois. Ces derniers voient leur quotidien bouleversé lorsqu’ils rencontrent Marie-Desneige, une octogénaire en fuite.

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