Mets mots : gnocchi sans gluten citron-curcuma + L’Amie prodigieuse, Elena Ferrante

Mets mots : gnocchi sans gluten citron-curcuma + L’Amie prodigieuse, Elena Ferrante

Aujourd’hui, les mets mots exhalent un petit parfum d’Italie… Au menu, un plat de gnocchi jaune soleil, et un roman aux effluves et aux accents napolitains (une pizza aurait aussi été tout-à-fait appropriée)…

 

Pour découvrir les mets mots, c’est par ici ! 


 

Mets…

Je crois avoir déjà constitué une belle palette de gnocchi : orange à la patate douce ou au potimarron, rose à la betterave, vert aux épinards ou à l’ortie, et enfin jaune version classique ou améliorée, comme ici avec des gnocchi sans gluten parfumés au citron et au curcuma.

Il est vrai que ce plat exige du temps et de la patience, a fortiori sans gluten… C’est pourquoi j’en prépare très souvent lorsque je suis seule ou en duo, et rarement pour une tablée de plus de quatre personnes… !

J’aime beaucoup napper les gnocchi d’une sauce végétale, ici verte courgette et menthe pour la fraîcheur. Mais n’importe quelle mousseline végétale fera l’affaire !

 

gnocchi vegan sans gluten citron curcuma

 

Gnocchi sans gluten citron-curcuma

La recette pour 1/2 personnes :

  • 300 g de pommes de terre farineuses, de même taille si possible
  • 40 g de fécule de pommes de terre
  • 40 g de farine de riz complet
  • le zeste d’1/2 citron
  • 1/4 càc de curcuma en poudre
  • 1 pincée de sel

 

Laver les pommes de terre, puis les faire cuire entières dans l’eau, avec la peau, jusqu’à ce qu’elles soient bien tendres.

Après avoir égouttées les pommes de terre, les laisser tiédir avant de les peler puis de les écraser à l’aide d’une fourchette ou d’un presse-purée. Ajouter le zeste du citron, le curcuma et le sel. Laisser complètement refroidir.

Tamiser et mélanger la farine et la fécule.

Lorsque la purée est bien froide, ajouter progressivement la farine et la fécule, jusqu’à former une boule de pâte. Celle-ci doit être friable mais se tenir quand même. Ajouter de la farine si besoin.

Former les gnocchi. Pour cela, diviser la pâte en plusieurs petits pâtons (6 à 8), les rouler en boudin avec précaution, et en farinant généreusement. Couper ensuite les gnocchi à l’aide d’un couteau bien aiguisé, selon la taille désirée (généralement, des petits tronçons de 2 cm de long pour 1 à 1, 5 cm de diamètre… mais pour que cela soit plus aisé avec cette préparation sans gluten, je réalise des boudins plus épais, de 2 cm de diamètre environ, que je tranche tous les 1, 5 cm environ).

Rouler chaque gnocchi dans ses paumes enfarinées si l’on souhaite une forme bien ronde et si l’on a du temps devant soi. Si l’on n’est vraiment pas pressé (et un peu audacieux), on peut aussi s’atteler à former les petites striures traditionnelles à l’aide d’une fourchette…

Plonger les gnocchi dans l’eau bouillante jusqu’à ce qu’ils remontent à la surface. Servir de suite avec une bonne sauce végétale.

 

Conservation

Les gnocchi peuvent se conserver deux jours au réfrigérateur, bien farinés et recouverts d’un torchon. En outre, il peuvent être congelés pendant plusieurs mois (en ce cas, congeler d’abord les gnocchi individuellement, en les espaçant sur une plaque enfarinée, avant de les réunir dans un même contenant). Il suffit ensuite de les incorporer dans un bain de sauce chaude quelques minutes avant de les déguster.


 

Mots…

J’aime les romans mêlant subtilement et pertinemment réalité et surnaturel, à l’instar de Carole Martinez, où l’Histoire se pare de fantastique, ou encore de Léonor de Recondo, où le quotidien devient poésie. Elles décrivent un monde poétique et délicat, même dans la poussière et la boue. Et c’est ce que j’ai retrouvé à la lecture du premier tome de la tétralogie d’Elena Ferrante – mystérieuse auteure – ; L’Amie prodigieuse, ou L’Amica geniale en italien.

Source : Gallimard

 

Une œuvre hybride, mêlant conte et théâtre

Avec Elena Ferrante, la vie est un théâtre. Le roman s’ouvre d’ailleurs sur un index des personnages, qui se révèle bien utile dans le tumulte des noms et de la narration. Des personnages qui se révèlent tout droit sortis d’un conte : il y a Don Achille, l’ogre voleur de poupées, la veuve folle, le cheminot-poète, la femme-sorcière qui louche et qui boîte, le prince charmant…

Et surtout, il y a Lila, de son vrai nom Raffaella Cerullo, le vilain petit canard, ou plutôt la petite chouette maigrelette mais à l’œil et à l’esprit vifs (la chouette est le symbole de la sagesse dans l’Antiquité, d’où son attribution à Athéna/Minerve), qui se métamorphose en un cygne élégant, sous les yeux et la plume de la narratrice, Elena Greco, dite Lenuccia ou Lenù. Le fil conducteur du récit est d’ailleurs leur amitié, scellée depuis l’affrontement avec l’ogre Don Achille, une amitié passionnelle, teintée de frustration, de jalousie et de dépassement de soi. Car si la blonde Elena, posée et appliquée, est la seule à poursuivre ses études, elle voit en la brune Lila, fougueuse et vive, “l’amie prodigieuse”, “l’amica geniale” en italien. Un génie qui tient tout autant de la fée que du monstre. Étymologiquement, le terme “prodige” désigne ainsi tout à la fois une merveille, un miracle, une précocité, mais aussi une monstruosité… Lila, devenue la belle des contes – belle et dangereuse sirène – abandonne quant à elle l’école pour travailler dans la cordonnerie de son père, avant de se marier à un riche épicier, courant après des rêves de richesse, de gloire, d’amour et d’accomplissement de soi.

 

Les deux Elena

Le récit porte la voix d’Elena, et est construit en analepse (une figure de style désignant un retour en arrière, l’équivalent du flash-back au cinéma), après la disparition de Lila à soixante ans passés… Un récit dense, avec un ton intimiste, proche de l’oralité, et au rythme enlevé, fait d’une multitude de petits événements aux conséquences souvent nombreuses et complexes. La narration oscille entre le journal intime, le conte, la pièce de théâtre et le roman historique, notamment avec cet ancrage dans un quartier pauvre de Naples, au cours des années 50, entre industrialisation, luttes politiques et Camorra (la mafia napolitaine)… Le terme de drame est ici plus qu’approprié, dont le premier sens originel est “action”, avant de prendre une connotation tragique au XVIIIe siècle.

Quant à l’auteure, qui partage avec la narratrice son prénom, on sait peu de choses. Son nom de plume, Elena Ferrante, serait d’ailleurs un pseudonyme. Elle ne fait aucun apparition médiatique, et accorde seulement quelques rares interviews écrites, où l’on apprend qu’elle serait née à Naples en 1943. Des personnalités ont été avancées, de l’éditrice et traductrice Anita Raja à son mari écrivain Domenico Starnone, en passant par une professeure d’université, Marcella Marmo.

Une histoire captivante et prenante : à peine ai-je refermé le premier tome que j’ai entamé le deuxième avec gourmandise, intitulé Le Nouveau nom…

 

FERRANTE Elena. L’Amie prodigieuse : enfance, adolescence. Paris : Gallimard, 2016. 1re édition 2014. 448 pages. (Collection Folio, n°6052).


 

Quelle couleur/saveur de gnocchi préférez-vous ?

Avez-vous lu ce livre ? Qu’en avez-vous pensé ?



2 thoughts on “Mets mots : gnocchi sans gluten citron-curcuma + L’Amie prodigieuse, Elena Ferrante”

  • Bonjour Mathilde =)
    Merci pour ce bel article.
    J’adore les gnocchis, de toutes les couleurs ! Mais j’ai noté dans mon “carnet” de recettes à tester une version à la betterave avec une sauce aux noix.
    Pour ce qui est des mots, de mon côté (comme beaucoup de monde) j’ai dévoré les 3 premiers et attend la sortie du 4ème en français.
    Bel été.
    Elodie

    • Bonjour Elodie,
      Il est vrai que c’est un plat que j’aime tout particulièrement me préparer par son caractère réconfortant, non seulement dans l’assiette mais aussi dans la préparation (il en faut de la patience et de la concentration pour confectionner ces petites boules moelleuses et fondantes !). J’ai déjà testé une version à la betterave, et c’était fort délicieux, tu me donnes envie d’en refaire… ! En plus la couleur est sublime et met du baume au cœur…
      Je me plonge quant à moi dans le troisième tome… l’attente du quatrième et du dénouement va être dure !
      Bel été à toi aussi.

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