Genèse/Genesis ✨

Categories L'Arbre-en-ciel, Litterarium
drawing man



          Au commencement, une immense forêt verdoyante s’étendait à perte de vue. Mais l’atmosphère était devenue étouffante, et la contrée émeraude avait laissée place à une mer dorée, une large savane aux herbes hautes. Les derniers arbres encore debout agonisaient et mouraient l’un après l’autre, leurs feuilles rougies par le soleil brûlant étaient tombées prématurément, et leurs branches asséchées s’émiettaient comme de la poussière. Ce changement climatique soudain avait grandement perturbé la communauté. Eya se souvenait encore de la fraîcheur de la terre gorgée d’eau et de la douceur de l’herbe sous ses doigts. Personne n’osait plus descendre et parcourir la lande désormais. Les plus courageux d’entre eux étaient déjà partis depuis longtemps, ils avaient été englouti par la mer dorée et plus personne ne les avait vu depuis.

          Pourtant le Vieux Sage, perché sur l’arbre sacré, les avait prévenus : “La mort est en bas, la vie est en haut. La mort terrassera celui qui s’ancrera au sol. Cependant, celui qui se tournera vers le ciel survivra. Le salut réside dans l’élévation.” La prophétie avait terrorisé la communauté, et plus particulièrement Hôm, le partenaire d’Eya. Son sommeil était hanté de cauchemars remplis de créatures féroces tapies parmi les hautes herbes et n’attendant que sa chute. Il tentait de fuir mais les tiges sèches le griffaient et l’asphyxiaient. Il appelait désespérément Eya à l’aide, mais celle-ci ne répondait pas, et tout était noir, si noir.


          Ils n’avaient pas eu de nouvelles des autres depuis la prédiction du Vieux Sage. En effet, chaque famille s’était dispersée et avait trouvé refuge dans les plus hautes branches des rares arbres encore sur la lande, et la mer dorée empêchait toute communication. Eya et Hôm étaient dorénavant seuls. Leur arbre n’était plus un refuge, les provisions cachées dans le tronc diminuaient dangereusement et les feuilles avaient goût de cendre. En outre, la chaleur était de plus en plus insupportable. Le soleil brûlait la peau d’Eya, et sa fourrure, jadis si soyeuse, devenait rêche. Elle se sentait faible et abattue, comme piégée dans sa prison de bois.


          Mais un jour, la dernière feuille de leur arbre tomba. Eya appuya sa tête contre l’écorce et entendit l’arbre rendre son dernier soupir. Elle comprit alors qu’ils étaient condamnés à mourir. Néanmoins, elle se refusait à attendre la venue du Mage Noir qui les conduirait Là-Haut. Elle était encore jeune et forte. Il y avait peut-être autre chose au-delà de la mer dorée, une autre forêt, une autre communauté. Elle tira Hôm de sa torpeur due à l’atmosphère étouffante et lui annonça sa décision. Il se gratta la tête, indécis, et lui répéta la prophétie du Vieux Sage : “La mort est en bas…” Et puis il y avait les bêtes sauvages… et la nuit…


          Cependant Eya avait déjà sauté. Elle entendit Hôm crier son nom alors qu’elle plongeait dans les ténèbres. Les herbes sèches l’entravait et entaillait sa peau, elle essayait vainement de les repousser. Elle suffoquait lorsqu’elle se sentit tirée en arrière. Craignant un prédateur, elle se débattit avec vigueur, mais Hôm grogna son nom. Il avait bondi juste derrière elle, et avait dégagé un espace autour d’eux en aplatissant les hautes tiges. Eya reprit son souffle. Elle regarda Hôm, ses yeux noirs profonds, et eut soudain une révélation. Le salut réside dans l’élévation. La mort est en bas, la vie est en haut. Ils devaient se tourner vers la lumière, s’élever vers les cieux. Elle prit une impulsion et se hissa sur ses membres inférieurs. La posture était inconfortable, mais elle réussit, par un mouvement de hanche, à avancer d’un pas. Le premier. Et la lumière fut.


          In the beginning, a leafy and dense forest stretched as far as the eye can see. However, it started to become hotter, and the green land gave way to a golden sea, a large savanna with tall grass. The last trees still standing were withering and dying, their leaves, turned red by the scorching sun, were falling down prematurely, and their dry branches were crumbling like dust. This sudden global warming troubled the community. Eya still remembered the freshness of the waterlogged earth and the softness of the thin green grass under her fingers. But now, nobody dared to go down and to tread upon the ground again. The most reckless of them had left the land some time ago, they had been swallowed by the golden sea and no one had seen them since.

           Nevertheless, the Old Wise perched on the sacred tree had warned them: “Death is at the bottom, life is at the top. Death will lay low anyone who puts down roots on the ground. However the one who rises towards the sky, he will survive. Safety lies in the elevation.”  The prophecy had frightened the community, and especially Hôm, Eya’s partner. His sleep was haunted by nightmares filled with fierce creatures crouched among the tall grass and waiting for his fall. He tried to flee but the dry stems scratched and asphyxiated him. He called Eya for help but she didn’t answer, and all was dark, so dark.

          They hadn’t heard from the others since the prediction of the Old Wise. In fact, each family had dispersed and had found refuge on the upper branches of the rare trees, and the golden sea prevented them from communicating. Henceforth Eya and Hôm were on their own. Their tree was no longer a shelter; their provisions hidden in the trunk ran out and the leaves tasted like ash. Furthermore, the heat was unbearable. The sun was burning Eya’s skin, and her silky fur had begun rough. She felt weak and desperate, trapped in this wooden jail.
          
          But one day the last leaf fell. Eya pressed her head against the bark and she heard the tree taking its last breath. Consequently, she knew that they were condemned to die. Nonetheless she didn’t want to wait for the Black Wizard to come and to take them to the Hereafter. She was still young and strong. Maybe there was something beyond the golden sea, another forest, another community. She roused Hôm from his torpor due to the sweltering heat and she announced her decision to him. He scratched his head, indecisive, and he replied that death reigned at the bottom, in accordance with the prophecy of the Old Wise. Moreover, there were some ferocious beasts… and darkness…

          However Eya had already jumped. She heard Hôm screaming as she was being plunged into darkness. The dry stems hindered her and cut her skin, she vainly tried to repel it. She was suffocating when something pulled her back. Thinking of a wild animal, she struggled to escape, but Hôm grumbled her name. He had leapt when he had lost sight of her, and he had cleared an area flattening the grass. Eya caught her breath. She looked at Hôm, his deep black eyes, and suddenly she had a revelation. Safety lies in the elevation. Death is at the bottom, life is at the top. They had to go towards the light, towards the top. She took an impetus and she rose to her lower limbs. The position was uncomfortable, but thanks to a hip swing she succeeded in going a step. The first one. And there was light.

drawing tree


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