coulant vegan sans gluten

En refermant le très beau roman Miss Charity de Marie-Aude Murail, l’envie m’a prise de faire comme l’héroïne qui, chaque année, le jour de son anniversaire, s’écrit une lettre à son « moi du futur », à ouvrir l’année suivante.

Mon anniversaire était alors passé d’un bon mois, mais peu importait, j’ai pris stylo et feuille et me suis attelée à la tâche.

« Chère Mathilde… », et j’ai signé « La Mathilde d’il y a un an ».

Les mots me sont venus naturellement, bruts et sans fioritures, moi qui ai pourtant l’habitude de les peser, les soupeser, les mâchouiller, les digérer, afin de trouver rythme et poésie. Mais là, il me fallait les consigner sans attendre.

J’ai scellé l’enveloppe, refermé le tiroir. Rendez-vous dans un an.

Dans l’ombre du tiroir, ces mots ne sont pas mis de côté pour autant. Ils sont là, comme imprimés dans mon cœur. Je ne peux les lire, mais je sais, je sens leur présence. Depuis, je me réveille chaque jour avec ces mots, ils guident mes pas, mes gestes, tout au long de la journée. Pourtant je ne sais plus exactement leur teneur, la tournure des phrases.

Reste comme une impression, une orientation.

Comme une petite lanterne, lumière-cocon, lumière-repère, lumière-rappel.

J’en avais envie, écrivais-je plus haut, j’en avais surtout besoin.

Comme le dit si justement Thomas Vinau dans son recueil de poésie Juste après la pluie :

« Il arrive au fil du temps

Et des événements qui nous submergent

Qu’on se sente un petit peu moins

Que ce que nous étions

C’est comme si on s’arrachait

Un petit lambeau de notre cœur […] »

Des lambeaux de mon cœur, je m’en suis arrachée pas mal, et je ne suis malheureusement pas assez bonne couturière pour en faire un joli patchwork.

Néanmoins, cette lettre m’a permis de trouver le fil. Le suivre (sans se prendre les pieds dedans) promet d’être long et ardu, mais je m’y accrocherai.

Ces mots sont là, cachés certes, mais présents dans ce tiroir, sur cette feuille, dans mon cœur.

Pour faire honneur à cette lettre, j’ai réalisé un petit gâteau au cœur coulant simplissime, végane et facilement adaptable sans gluten. Un petit gâteau solo, mais dont les quantités peuvent très aisément être multipliées selon le nombre de convives (ou selon votre degré de gourmandise !). Un dessert qui a donc tout pour lui : rapide à réaliser, avec seulement une poignée d’ingrédients basiques, personnalisable… et très réconfortant !

Dans une année, je déchirerai l’enveloppe comme je transperce ce moelleux, révélant son contenu, son cœur, caché mais ô combien important.

Coulant vegan sans gluten

Cœur coulant simplissime

Pour un coulant :

  • 80 g de purée de pommes assez épaisse (ici avec des fruits cuits)
  • 30 g de farine avec ou sans gluten
  • ½ cc de poudre à lever ou de bicarbonate de soude alimentaire
  • 1 carré de chocolat noir
  • Épices au choix : vanille, cannelle…
  • Optionnel : 1 càs de sucrant en poudre ou liquide (adaptez alors peut-être la quantité de farine)

Préchauffer le four à 180°C.

Dans un bol, mélanger la ou les farine(s), la poudre à lever (ou le bicarbonate de soude alimentaire) et les épices au choix.

Ajouter ensuite la purée de pommes, et le sucrant si nécessaire. Bien mélanger.

Verser la pâte dans un ramequin beurré et fariné ou recouvert de papier cuisson, ou encore dans un moule à muffin (une version originale pyramidale par ici). Y enfoncer le carré de chocolat noir, bien recouvrir.

Cuire 15 minutes environ à 180°C.

Variantes :

La purée de fruits :

N’importe quelle purée de fruit épaisse peut être utilisée dans cette recette à la place de la purée de pommes (préférez-là sans sucre ajouté) : pomme, banane, mélange de pommes et d’autres fruits (fruits rouges, abricot…). Si la purée de fruits est plus fluide, ajoutez davantage de farine de manière à obtenir une pâte à gâteau suffisamment épaisse.

Cette purée peut être cuite ou crue. Dans le deuxième cas, privilégiez des purées crues de fruits assez denses (banane, mangue, pomme), en évitant les fruits trop aqueux, ou alors en les combinant avec un autre, notamment la banane, qui permet en outre de bien lier les ingrédients (elle est souvent utilisée en pâtisserie végane pour remplacer les œufs).

Les farines :

Pour une version sans gluten, la farine de riz complète est parfaite. On peut aussi la mélanger à de la farine de sarrasin (goût plus rustique, légère saveur de noisette) ou de la farine de châtaigne (léger goût sucré, biscuité). Je n’ai pas testé d’autres farines, mais n’hésitez pas à laisser libre cours à votre créativité (et au contenu de vos placards). Évitez cependant les farines de légumineuses (pois chiches, lentilles…), à la saveur très prononcée et à la texture très dense.

Pour une version tout chocolat, ajouter 1 càs de cacao en poudre non sucré, cacao qui peut aussi être remplacé par de la poudre de caroube.

Le cœur coulant :

Le chocolat noir peut être remplacé par du chocolat au lait ou du chocolat blanc en version végane. On peut aussi garnir la base d’un caramel de dattes épais (mélange de dattes mixées et de purée d’oléagineux, avec une pincée de sel), ou tout simplement de confiture ou de purée d’oléagineux.

 

Lecture

Miss Charity, Marie-Aude Murail

MURAIL Marie-Aude. Miss Charity. Paris : L’École des loisirs, 2008. Illustrations de Philippe Dumas. 

Résumé : Charity est une petite fille de la bonne société anglaise en 1880. Endeuillée par la mort de ses petites sœurs, sa famille lui accorde peu d’attention, aussi se réfugie-t-elle auprès de sa bonne Tabitha. Elle élève également des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par cœur, espérant qu’un jour quelque chose rompra sa solitude.

 

Un roman où l’on va suivre Miss Charity,  de son enfance à l’âge adulte. Curieuse et passionnée, elle est cependant engoncée dans une société rigoureuse et patriarcale, pleine de convenances, la société anglaise des années 1880. Néanmoins, en dépit de celle-ci, Charity va s’émanciper, se construire, s’intéresser aux sciences, aux arts, écrire et dessiner des livres, devenir indépendante… et finalement trouver – peut-être – sa voie.

Une histoire douce et réconfortante, écrite sous la forme d’un journal intime où les dialogues sont rapportés comme dans une pièce de théâtre, avec des didascalies. La plume de Marie-Aude Murail, auteure de Simple (), est toujours pleine de verve et d’humour. Les dessins de Philippe Dumas m’ont fait penser à ceux de Quentin Blake, vifs et enlevés. Une très belle lecture, chaleureusement recommandée par une amie lorsque je lui avais demandé son livre préféré.

Semez les graines de L'Arbre-en-ciel

5 thoughts on “Cœur coulant simplissime (vegan)

  1. Coucou Mathilde,
    En effet c’est tout simple à faire, et ça doit être très moelleux en plus d’être coulant au centre. Je tenterai avec les poires de mes parents cet automne !
    Ta description de Miss Charity me fait penser qu’à l’époque, la vie était dure d’une manière générale pour les femmes et les enfants, avec cependant de fortes nuances : les riches étaient écrasés par des règles de société, tandis que les enfants des rues étaient mis en esclavage (dans les mines ou dans les usines).
    Je trouve d’ailleurs fou l’écart de considération vis-à-vis des enfants en l’espace d’un ou deux siècles : on passe de rien à tout (avec des dérives actuelles comme l’enfant roi).
    Bises, bonne journée à toi.

    1. Bonjour Claire,
      La version purée de poires/cœur coulant chocolat noir est un de mes duos préférés ♥
      C’est vrai que notre société a considérablement évolué en quelques siècles vis-à-vis de la perception de l’enfant, et de l’autre en général, notamment avec la psychanalyse… la constante étant une vision stéréotypée et cloisonnée qui ne souffre d’aucune nuance : on range les choses et les êtres dans une case de laquelle il est difficile de s’émanciper. Mais pas impossible, heureusement !
      Dans la même lignée que Miss Charity, j’ai aussi lu L’Empreinte de toute chose, d’Elisabeth Gilbert (qui a écrit Mange, prie, aime), ou encore Prodigieuses créatures, de Tracy Chevalier, deux récits de femmes qui vont chercher à vivre de leur passion (respectivement la botanique et les fossiles), et ce en dépit des normes de la société d’alors, au XIXe siècle.
      Merci pour ton message, et belle journée à toi aussi !

  2. Bonjour Mathilde,
    s’agit-il d’une purée de fruits crue ? Ou plutôt d’une compote ?
    Et je file consulter le catalogue de ma médiathèque 😉
    Merci d’avance.

    1. Bonjour Élodie,
      Il s’agit ici d’une compote, donc des fruits cuits. Je n’ai pas testé la version crue, et ne peux dès lors te dire si cela fonctionne… J’ai peur que la purée crue rende de l’eau à la cuisson… Merci pour la demande de précision, je vais actualiser l’article ! Et tester à la prochaine occasion avec une purée crue (je pense que cela marchera très bien avec de la banane, assez dense, par exemple).
      Et vive les bibliothèques 😉 ! Ravie de t’avoir donné envie de lire ce roman !
      Belle journée à toi.

  3. Moi aussi je suis une grande fan de Marie-Aude Murail (bien que Miss Charity ne soit pas mon préféré, loin de là). Si j’aime en théorie le concept de la lettre à soi-même, j’avoue avoir plus de mal avec la pratique, en particulier car je déteste me relire… Alors me relire un an après! Je trouve toujours ce que j’ai dit creux et les mots sonnent faux. Mais peut-être que cela vaudrai le coup que je retente l’expérience.
    En tout cas, tes coeurs coulants ont l’air délicieux, et leur simplicité vont faire qu’ils seront certainement vite adoptés ici. A bientôt.

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