Esthétique des livres : Des Fleurs pour Algernon – Petits pains doux aux fleurs de sureau

Esthétique des livres : Des Fleurs pour Algernon – Petits pains doux aux fleurs de sureau



Une nouvelle esthétique des livres, un nouveau voyage sensoriel dans les pages…
Cette fois-ci, un livre un peu particulier, que j’ai emprunté dans la médiathèque où je travaille, attirée par le petit cœur rouge dans le coin supérieur droit de la couverture , signe que quelqu’un, avant moi, avait aimé ces pages, au point qu’il désirait les partager avec d’autres.
Sur la couverture au fond gris noir filigrané de symboles dorés, une souris blanche à la queue rose. Collection Science-Fiction. Je m’imagine une souris de laboratoire, des expériences scientifiques futuristes, du sombre et du métallique.
Le résumé confirme en partie cette intuition : un homme sert de cobaye vivant à une opération visant à augmenter son intelligence.
J’ouvre le livre, feuillette quelques pages, lit les premières pages… et tombe sous le charme de Charlie Gordon, de sa douceur enfantine. Dès les premiers mots, ses propos me touchent, et je me doute que cette histoire n’est pas un énième roman de science-fiction pessimiste décrivant une lugubre société moderniste dominée par de terrifiantes machines. 
C’est bien plus que cela… c’est à la fois un journal, un conte et un essai philosophique.
Certes, du tragique, des larmes, mais une douce amertume, et même, de la tendresse.
Alors plongeons-nous dans ces pages, humons-les, goûtons-les.


Pour les citations, je me réfère à l’édition suivante : KEYES Daniel. Des Fleurs pour Algernon. Paris : J’ai lu, 2011 (édition augmentée). 544 pages. (Collection SF). 
L’ouvrage se compose de trois parties : le roman (occupant la moitié du livre environ), un essai autobiographique intitulé “Algernon, Charlie et moi”, et enfin la nouvelle originale (une dizaine de pages).

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En quelques mots…

Charlie Gordon est un homme-enfant de 32 ans, doux et enthousiaste, qui rêve de devenir intelligent “pour avoir des tas d’amis” et remplir de fierté sa famille qui l’a jadis rejeté. Grâce à sa seule volonté, et malgré son faible QI ne dépassant pas 70, il se bat pour devenir chaque jour plus autonome, en travaillant au sein d’une boulangerie, et surtout en prenant des cours au Collège Beekman pour adultes attardés avec sa professeure Mlle Kinnian. Sa motivation est telle qu’il est sélectionné pour bénéficier d’une opération inédite, jusqu’alors uniquement testée sur les animaux, et destinée à tripler son QI.
Il est chargé de consigner ses impressions dans des comptes-rendus afin que les scientifiques suivent son évolution intellectuelle. Le récit prend ainsi la forme d’un journal rédigé à la première personne, et où est rendue perceptible la fulgurante progression de Charlie, les premiers “conte randu” cousus de fautes et dénués de ponctuation laissant peu à peu place à des phrases complexes, à des réflexions philosophiques, mais aussi à des préoccupations personnelles et sentimentales. 
Mais alors que son QI ne cesse d’augmenter, entraînant tout à la fois satisfaction et désillusion, la souris prénommée Algernon, ayant elle aussi vu son intelligence décuplée, et pour qui il s’est pris d’affection, commence à se comporter de façon étrange.
Il s’agit à l’origine d’une nouvelle, parue pour la première fois en avril 1959 dans The Magazine of Fantasy and Science-Fiction n°95, et qui a remporté le prix Hugo de la meilleure nouvelle courte l’année suivante. Je l’ai lu juste après avoir achevé le roman, car elle se trouvait en troisième partie de l’édition augmentée que je tenais dans les mains.
Pour ma part, j’ai préféré le roman, peut-être parce que je l’ai lu en premier (effet surprise de l’inédit), mais surtout parce que j’ai apprécié le développement de certaines actions ou réflexions, notamment sur la relation de Charlie avec sa famille, avec Alice, avec ses collègues de travail (une boulangerie dans le roman – qui m’a d’ailleurs inspirée la recette qui suit – contre une Compagnie de boîtes en plastique dans la nouvelle). De fait, le temps du récit est plus long de quatre mois dans le roman (du 3 mars au 21 novembre dans ce dernier, soit 9 mois, contre environ 5 mois dans la nouvelle, du 5 mars au 28 juillet). Charlie est aussi un peu plus jeune, 32 ans au lieu de 37 dans la nouvelle.

Suite à la nouvelle, j’ai enchaîné avec la lecture de la deuxième partie de l’édition augmentée, un essai biographique intitulée “Algernon, Charlie et moi”. Une lecture intéressante, n’apportant cependant pas d’explications sur le récit, par choix de l’auteur, mais  racontant plutôt la genèse, l’écriture et les prolongements de l’histoire. En effet, celle-ci a fait l’objet de nombreuses adaptations, en série télévisée (The Two Worlds of Charly Gordon, 1961, Des Fleurs pour Algernon, réalisé par David Delrieux en 2006), puis en film (Charly, réalisé par Ralph Nelson en 1968), en comédie musicale et au théâtre. 

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Le profil de l’auteur

Dans les faits, Daniel Keyes est un écrivain américain (1927-2014), qui a été médecin dans la marine marchande, chercheur universitaire en psychologie, éditeur et scénariste de comics chez Marvel, professeur d’anglais, de littérature américaine et d’écriture à l’université de l’Ohio.

Dans les pages, lauteur pourrait être qualifié de “psychologue-humaniste-mélancolique“.

Psychologue, car il s’attache à décrire la personnalité de Charlie, à disséquer sa conscience (réflexions, préoccupations…) et à tenter de percer son subconscient (notamment par la description de ses rêves, de ses expériences métaphysiques, ses actes spontanés…), dans une démarche introspective et réflexive. En effet, avant d’être écrivain, l’américain Daniel Keyes (1927-2014) a lui-même effectué des études de psychologie, dont l’influence est prégnante dans ses œuvres. 
Le roman Des Fleurs pour Algernon, et la nouvelle avant lui, revêt ainsi la forme de comptes-rendus rédigés par le héros, Charlie Gordon, à destination d’un psychiatre, le docteur Strauss et du professeur en neurobiologie, le professeur Nemur. L’accent est donc mis sur la psychologie de Charlie, qui doit passer des tests de la personnalité (les taches d’encre de Rorschach, par exemple), suivre des séances de psychanalyse et rédiger quotidiennement et scrupuleusement ses impressions.
Un autre de ses ouvrages, Les Mille et une vies de Billy Mulligan (publié en 1981 aux États-Unis, en 1982 en France), suivi des Mille et unes guerres de Billy Mulligan (interdit à la publication aux États-Unis, publié en France en 2009), relève quant à lui du thriller psychologique. En effet, il dépeint le phénomène des personnalités multiples chez un homme, Billy Mulligan, ayant véritablement existé, après de longs mois de rencontres et d’échanges avec ce dernier… et ses 24 personnalités.

Humaniste, car l’être humain est placé au centre du récit. Charlie Gordon est comme un point d’ancrage autour duquel gravitent hommes, êtres et choses, et c’est par lui que l’auteur questionne les relations à l’Autre, principalement ses relations avec les autres humains (bien que la relation avec la souris Algernon soit aussi abordée). Ce point de vue unique et subjectif est donc lacunaire (on ne sait pas comment “l’autre” voit Charlie), mais aussi extrêmement riche car permettant d’explorer toute l’ambiguïté du personnage, entre l’ancien et le nouveau Charlie, l’enfant et l’adulte…
Quant aux autres personnages, ils sont aussi décrits dans toute leur complexité : il n’y a pas de véritables “méchants”, ni de parfaits anges. Les collègues de Charlie, par exemple, se moquent de lui à ses dépens au début de l’histoire, le détestent ensuite lors de sa fulgurante ascension intellectuelle, puis finissent par s’attacher à lui et à le défendre, montrant un tout autre visage, de l’empathie. Cette dimension empathique (du grec ancien ἐν, “dans, à l’intérieur” et πάθoς, “ce qui est éprouvé”), cette compassion (du latin compassio “souffrir avec, ressentir avec”) est omniprésente dans ce livre, sans basculer cependant vers de la pitié. La fin m’a terriblement émue (estomac noué, larmes qui perlent, membres lourds…!), peut-être parce que c’est un sujet qui me touche, mais je crois surtout que l’auteur arrive, sans fioritures, à nous faire prendre conscience de notre humanité, de notre capacité à éprouver, à sentir, à aimer.

“Mais par une nuit chaude, quand tout le monde se promène dans les rues ou quand je suis assis dans un cinéma, il y a comme un bruissement : je frôle quelqu’un un instant, et je sens la relation profonde entre les individus et la masse.” (p. 196)

Nostalgique enfin, car la question de la mémoire apparaît rapidement dans le récit, lorsque Charlie commence à se souvenir, à faire des rêves mettant en scène le passé, à prendre conscience du temps qui passe, qui est passé, qui vient, et donc à sa condition de mortel, à l’éphémère… 

“C’est déconcertant, mais je vais me mettre à tout découvrir de ma vie.” (p. 59)

Face à ce flot soudain de souvenirs, dont il ne sait s’ils sont réels ou inventés, il oscille entre regret et acceptation : faut-il qu’il revoie ses parents ? Doit-il pardonner à ses collègues ? A-t-il bien fait d’accepter l’opération ? N’était-il pas heureux avant, même avec un faible QI ? 

“Je voudrais que le souvenir soit une photographie pour que je puisse la déchirer et lui en jeter les morceaux à la figure.” (p. 124)

Ce sentiment d’insatisfaction apparaît et s’accroît en même temps que son intelligence, comme si cette dernière, en élargissant son champ des possibles, le perdait parmi toutes ces possibilités, toutes ces décisions, ces responsabilités à prendre, à tenir, à défendre. Même devenu autonome, suprêmement intelligent, n’a-t-il vraiment plus besoin d’aide ? Ou plutôt : pourquoi refuse-t-il désormais l’aide d’autrui, s’enfermant dans sa solitude ? Orgueil ? Inconscience ? Timidité ? Méfiance ?

“Plus tu deviendras intelligent, plus tu auras de problèmes, Charlie. Ta croissance mentale va dépasser ta croissance émotionnelle.” (p. 58)

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L’atmosphère/le climat

 
Le climat de ses pages est plutôt froid : un environnement d’hôpital, d’asile et de laboratoire, “métallique”, des relations complexes et distantes entre Charlie et les scientifiques qui le considèrent comme un cobaye (mais certains revêtent peu-à-peu un visage plus humain, comme le docteur Burt ou le docteur Strauss, et même le professeur Nemur). J’ai d’ailleurs été frappée par le terme “mutilisé” qu’emploie Charlie au début du récit, une faute orthographique très révélatrice (un bel exemple de traduction subtile, presque plus riche que la version origine anglaise, où le terme “use” est laissé tel quel). L’ouvrage débute ainsi :
“Conte randu n°1
3 mars. Le Dr. Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de maintenan. Je sait pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu’ils voie si ils peuve mutilisé. J’espaire qu’ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu’ils peuve peut être me rendre un télijan.” 
“Mutilisé” a sonné pour moi comme un mélange des verbes “utiliser” et… “mutiler”. Troublant lorsque l’on sait que Charlie va subir une opération… Cela semble sous-entendre qu’au lieu de gagner quelque-chose, l’intelligence, ou justement en la gagnant, il perdrait autre chose… Mais quoi ? Son insouciance ? Son empathie ? Sa douceur ? Sa confiance ?
 
La froideur aussi de son isolement, de sa solitude, qui lui pèse lorsqu’il en prend conscience, ou plutôt qu’il se la crée lui-même, se détournant d’autrui. Ce n’est qu’après son opération qu’il nourrit de la rancœur vis-à-vis de sa famille, qui l’a rejeté, et de ses collègues, qui se moquaient de lui. Auparavant, il voyait dans son exil une chance d’acquérir plus d’autonomie et de ne pas peser sur sa famille, et dans les plaisanteries de ses camarades une marque d’affection. Si un de ses collègues riait, même de lui, il riait avec lui. 
L’opération a comme refroidi son cœur.

“Sans que je sache pourquoi, je m’étais détaché émotionnellement de tout, des êtres et des choses. Et ce que je cherchais réellement, dans les rues sombres – le dernier endroit où j’aurais pu le trouver – , c’était un moyen de me rapprocher de nouveau des gens, émotionnellement, de faire partie de la foule, tout en gardant mon indépendance intellectuelle.” (p. 201)

“[…] l’intelligence et l’instruction qui ne sont pas tempérées par une chaleur humaine ne valent pas cher.” (p. 244)

Et c’est en visitant l’asile Warren que les pages se réchauffent, dans ce qui est étonnamment le passage le plus lumineux du récit, bien qu’extrêmement poignant. Un lever de soleil, l’hiver.

La saveur

 
La saveur de ce livre est douce-amère. 
Amère, car comme nous l’avons vu plus haut, la brusque intelligence de Charlie s’accompagne d’insatisfaction, de doute et de regret. Ses “prises de conscience” sont douloureuses : prise de conscience des moqueries de ses camarades, prise de conscience de sa puérilité émotionnelle, prise de conscience d’avoir servi de cobaye, d’être à peine considéré comme un être humain…
Toutefois, une certaine douceur vient presque équilibrer cette amertume (qui rendrait le livre indigeste !), une douceur qui prend la forme de l’attachement, voire de l’amour, que peut éprouver Charlie vis-à-vis de sa professeure, Alice Kinnian, de sa voisine haute en couleurs, Fay Lillman, ou encore de la petite souris Algernon. 

“Même un faible d’esprit désire être comme les autres hommes. Un enfant peut ne pas savoir comment manger ni quoi manger, et pourtant, il connaît la faim.” (p. 198)

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Le parfum

 
Des odeurs très particulières caractérisent ce livre… Une odeur d’hôpital tout d’abord, un mélange d’antiseptique et d’encaustique, là où Charlie rencontre Algernon, se fait opérer et suit des examens post-opératoires.
Des effluves chaudes et sucrées de petits pains et de brioches, dans la boulangerie de monsieur Donner, où il travaille.
Enfin, et plus étonnant, une odeur de poils et de cheveux… (!) Sa patte de lapin porte-bonheur  au début du récit (qui m’a fait penser à la peluche en lapin de Simple, le héros du roman éponyme de Marie-Aude Murail ♥, lire plus bas la partie “Les petits frères…”), le pelage d’Algernon, sa visite dans le salon de coiffure de son père.

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Le rythme

 
Crescendo de façon exponentielle, puis decrescendo. Si l’on devait “tracer” ce rythme, on obtiendrait une belle parabole au coefficient négatif (à la forme de montagne). En effet, l’action s’accélère en parallèle de l’augmentation fulgurante du QI de Charlie, ses réflexions deviennent plus complexes et volubiles, parfois difficiles à suivre d’ailleurs pour les autres qui l’entourent. Puis s’amorce un ralentissement de plus en plus pesant, où le temps semble s’étirer et (re)devenir une mer calme et huileuse
 

La sonorité

 
Le son y est plutôt strident : un couinement de souris, un bip d’alarme (la souris Algernon doit retrouver son chemin dans un labyrinthe, et reçoit une décharge électrique à la moindre erreur), des rires moqueurs. 
Il y a aussi comme un son de sourdine qui vient cadencer les pages, un son régulier d’horloge, lourd et pesant.

La couleur

 
La couleur de ce livre est un bleu gris très doux, un peu comme un ciel de fin d’été un peu brumeux qui annonce l’automne. 
Comme nous l’avions vu ici, le bleu est une couleur ambiguë : jadis honnie (dans l’Antiquité, le bleu était la couleur du barbare, de l’étranger), elle est aujourd’hui synonyme de douceur et de calme. Une couleur apaisante, la couleur du ciel et de la mer. Mais aussi une couleur insaisissable comme l’eau, une couleur froide, une couleur mélancolique (le blues…). 
Une mélancolie que l’on retrouve dans le gris, très souvent associé à la tristesse, à la morosité, voire même à l’ennui. Pourtant, le gris est aussi symbole de sagesse (sans doute de par l’idée de vieillesse qu’il véhicule, cette image du savant vieillard à la longue barbe grise), de connaissance (la matière grise). Enfin, le gris est nébuleux, incertain comme la fumée ou la brume.
Le personnage de Charlie concentre toutes ses caractéristiques du bleu et du gris : la douceur, la mélancolie, la sagesse et l’ennui, un caractère insaisissable et tumultueux.  

📖

Esquisse du potentiel lecteur exalté

 
Le curieux qui aime se questionner, philosopher, se confronter à d’autres points de vue. Les grands thèmes ici abordés sont donc la science (son “pouvoir”, ses limites… avec d’ailleurs la question des tests sur les animaux), le temps, la conscience, autrui…
 
Celui qui a du mal à s’accepter comme il est, à ne pas se comparer aux autres, l’éternel insatisfait pour qui l’herbe est toujours plus verte chez les autres…
 
 

“Je veux simpleman devenir un télijen come les otres de manière que je puisse avoir des tas d’amis qui m’aime bien.” (p. 26)

Le sensible, à fleur de peau, qui aime lire et frissonner, compatir avec les personnages, les considérer comme des proches, ceux dont on s’attache irrémédiablement et qui nous font du bien…

Celui qui aime les histoires fantastiques plausibles, sur fond de réalité.

Celui qui aime les histoires du quotidien, avec un soupçon d’étrange, et de poésie.

En conclusion, tout le monde, tout simplement.

 

En accompagnement…

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Musique

Camille Saint-Saëns, Le Carnaval des animaux, “Les Pianistes”, puis “Hémiones (animaux véloces)”, et enfin “Le Cygne” (l’ordre est volontairement rompu pour correspondre au fil de l’histoire).
Avec “Les Pianistes” et leurs gammes en crescendo, l’apprentissage de Charlie, d’abord laborieux puis de plus en plus facile, fluide.
La vélocité et le rythme rapide des “Hémiones”, comme des chevaux galopant, comme le temps qui galope lui aussi, à mesure que Charlie devient de plus en plus intelligent.
La dignité du “Cygne”, empreinte de mélancolie, pour les dernières pages…

Les petits frères

MURAIL Marie-Aude. Simple. Paris ; L’École des Loisirs, 2004. 206 pages. Collection Médium.
J’ai pensé spontanément à cette ouvrage de littérature jeunesse (mais que l’on peut lire à tout âge) à la lecture des Fleurs pour Algernon. Le protagoniste, Simple (Barnabé de son vrai nom), a lui aussi un retard mental (22 ans d’âge civil, trois ans d’âge mental), et ne quitte pas son lapin en peluche nommé Pinpin. Pour échapper à Malicroix, un institut spécialisé où son père veut le placer, son frère Kléber décide de l’emmener vivre en colocation avec lui et quatre autres étudiants.
Autour de Simple, le quotidien est souvent cocasse : il dit les choses comme il les pense, sans filtre et sans fioritures, occasionnant des réactions différentes selon les individus, de l’amusement à la gêne, en passant par la curiosité. Mais le véritable fil conducteur de cette ouvrage est la relation fraternelle entre Simple et Kléber, où les rôles semblent inversés, Kléber s’en occupant comme un grand frère, voire comme un père, alors là même qu’il devient adulte et aspire à être autonome et libre de ses choix. Le style d’écriture est net et enlevé, rendant la lecture fluide et rapide, mais non sans poser de véritables questions sur la différence, l’indépendance, la liberté, l’appréhension du monde… Et surtout, une grande tendresse émane de ces pages. 

HADDON Mark. Le Bizarre incident du chien pendant la nuit. Paris : Nil éditions, 2004. 304 pages.

Cet ouvrage est lui aussi un coup de cœur de par l’originalité de la narration. C’est en effet Christopher Boone, “quinze ans, trois mois et deux jours”, passionné de listes et de mathématiques, dont le bon déroulement de la journée est déterminé par le nombre de voitures rouges croisées, qui a ici la parole, entrecoupée de casse-tête et de problèmes arithmétiques. Lorsque le chien de Mme Shears, la voisine, est retrouvé mort, assassiné par une fourche, il décide de mener l’enquête pour découvrir le coupable, même s’il n’a jamais osé voyager seul au-delà de sa rue, et que les autres humains le déconcertent. 

En cuisine : les petits pains aux fleurs de sureau

 
Des petits pains doux comme des brioches, à l’odeur chaude et sucrée, pour rappeler la boulangerie où travaille Charlie.
Des fleurs… pour le titre, pour la fin, pour la douceur… Des fleurs de sureau, très parfumées, aux tiges légèrement amères (veillez à en enlever le plus possible)… Doux-amer.
Des nœuds pour la complexité, l’entrelacs du conscient et du subconscient (une forme très imagée de cerveau ?).
 
calligraphie

Pour 4 petits pains : 

200 g de farine d’épeautre T80
10 à 20 g de sucre de fleur de coco
10 g de Lev’épeautre
1 càs de grains de vanille
1 pincée de sel rose de l’Himalaya
140 ml de lait riz/coco
2 belles corymbes de sureau
 
♦ Effleurer les corymbes de sureau afin de ne prélever que les fleurs. Cette étape est très importante, car il s’agit de retirer au maximum toutes les tiges, qui pourraient rendre la préparation trop amère…
♦ Dans une casserole, faire chauffer le lait végétal avec les 3/4 des fleurs de sureau. Lorsque le lait frémit, retirer du feu, couvrir et laisser infuser 10 minutes avant de filtrer et de réserver le liquide parfumé obtenu.
♦ Mélanger la farine, le sucre de fleur de coco, le Lev’épeautre, la vanille et le sel.
♦ Ajouter le lait parfumé tiédi, bien amalgamer le tout pour former une boule de pâte.
♦ Laisser reposer la pâte au moins une heure à température ambiante.
♦ Lorsque la pâte a doublé de volume, ajouter le reste des fleurs de sureau, pétrir quelques minutes avant de façonner le ou les pain(s) avec des mains bien enfarinées.
Pour former des nœuds, comme sur les photographies, il suffit de diviser la pâte en quatre, de rouler chaque pâton en un boudin d’environ 25 cm de long, puis de faire un nœud simple avec celui-ci.
♦ Laisser somnoler les pains encore 1 heure minimum, si possible à 20-22°C.
♦ Cuire les petits pains environ 15 minutes à 200°C selon votre four, en surveillant bien.
♦ Laisser tiédir avant de les rompre avec gourmandise et de les déguster avec une douce infusion ou une limonade fleurie aux fleurs de sureau.

J’ai ici choisi la délicatesse des fleurs de sureau fraîches, car c’était la saison (et mon père s’est donné du mal pour en cueillir à la cime d’un arbre…), et qu’elles parfument agréablement ces petits pains. Vous pouvez aussi utiliser des fleurs de sureau sèches, en veillant toutefois à la qualité du produit : si trop de tiges sont présentes, l’infusion sera beaucoup trop amère.

Les fleurs de sureau peuvent aussi être remplacées par d’autres fleurs parfumées : fleurs de rose, d’hibiscus (les petits pains se teinteront de rose et auront une saveur légèrement acide), de coquelicot (pour une saveur fumée surprenante), d’acacia, de lilas…

brioches vegan épeautre sureau

 

Avez-vous lu ce livre ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Qu’en avez-vous senti, goûté, entendu ?
 
 
 


2 thoughts on “Esthétique des livres : Des Fleurs pour Algernon – Petits pains doux aux fleurs de sureau”

  • Bonjour,
    j'ai découvert ton blog ce printemps et c'est toujours avec grand plaisir que je lis tes nouveaux posts.
    Cette fois, je laisse un commentaire car j'ai lu Des fleurs pour Algernon lorsque j'étais au collègue (je ne me souviens plus en quelle classe, mais cela fait au moins 15 ans… !). C'était notre professeur de français qui nous l'avait fait lire. Je crois que je l'ai relu 2 fois par la suite (entre 15 et 20 ans). J'en garde un très bon souvenir.
    Je vais voir si à la médiathèque de ma commune se trouvent les autres ouvrages dont tu parles ici (les "petits frères").
    Merci 😉

  • Bonjour Élodie,
    Merci pour ton joli premier message, et de me suivre si régulièrement, cela me touche beaucoup.
    Je pense que c'est un livre que j'aurai plaisir à relire, tout comme j'ai aimé relire Le Bizarre incident du chien pendant la nuit récemment…
    Belle lecture à toi, et à bientôt !

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