Dans la forêt, Jean Hegland (roman, 1996)

Categories Esthétique des livres, L'Arbre-en-ciel, Litterarium
Dans la forêt, Jean Hegland - Copie

Dans la forêt, Jean Hegland (roman, 1996)

Et si notre civilisation industrielle s’effondrait ? Non, nous ne sommes pas sur la chaîne Youtube de Poisson Fécond, mais dans les pages du livre de Jean Hegland, Dans la forêt. Pour des raisons obscures, qui ne sont pas développées dans le livre, toutes les productions industrielles disparaissant, de l’électricité à l’essence en passant par les denrées alimentaires manufacturées. Deux jeunes sœurs, Nell et Eva, 18 et 17 ans, doivent faire face à cette apocalypse, mais aussi à la mort successive de leurs parents, qui les laisse orphelines dans la maison familiale, au cœur de la forêt. Forêt à la fois familière et mystérieuse, dangereuse et nourricière… Elles vont peu-à-peu apprendre à l’apprivoiser pour survivre : récolter et se nourrir des plantes sauvages, cultiver leur propre potager, chercher du bois pour le feu, vivre avec et parmi les animaux… Ce roman uchronique est le récit de ce parcours initiatique, de cet apprentissage de la forêt, de la (re)découverte du faire soi-même, de l’autonomie, de l’autarcie.

La relation entre les deux sœurs est touchante, fusionnelle, telles deux sœurs jumelles, entre Nell l’intellectuelle qui potasse l’encyclopédie et le guide des plantes sauvages et Eva, la danseuse acharnée. La fin est surprenante, en points de suspension et d’interrogation, mais très pertinente et symbolique.

Nell est la narratrice, rapportant dans un cahier rescapé le récit de leur quotidien, nourri de ses souvenirs de ce qui est désormais « l’ancien temps ». Ce faisant, le livre pose la question de l’acceptation et du destin : à quoi bon regretter ce qui n’est plu et/ou vivre dans la crainte de ce qui pourrait advenir ? Une véritable ode au temps présent, à la saveur de la vie, à la sensibilité, à la sensualité.

Dans la forêt, Jean Hegland

Atmosphère/climat : une aube dorée et tiède, prémices du printemps après un hiver long et vigoureux

Saveur : fraîche, délicate et végétale des plantes sauvages

Parfum : odeur d’humus, d’herbe et de feu de bois

Rythme : rallentando, ralenti, lento, lent, le rythme de la forêt

Sonorité : decrescendo, laissant place au silence, silence recelant en fait de nombreux bruits de la forêts, bruissements des feuilles dans le vent, ululements lointains, craquements de bois

Couleur : vert feuille de printemps

Le vert symbole ici de nature – omniprésente dans le roman, véritable personnage -, mais aussi de jeunesse, de fraîcheur, de liberté… non sans son double tranchant, l’immaturité, l’instabilité, voire… le danger…

Mots-clefs : forêt, survie, apocalypse, sœurs, sororité, fratrie, amour, plantes, autarcie, adolescence, uchronie

Fratrie culturelle :

TALLENT Gabriel. My absolute darling. Traduit de l’anglais par Laura Derajinski. Paris : Gallmeister, 2018. 464 pages.

A 14 ans, Turtle Alveston arpente seule les bois de la côte nord de la Californie. Son univers familial est aussi menaçant que fermé. Ayant grandi avec un père abusif, elle se réfugie désormais dans la solitude, jusqu’à ce qu’elle attire l’attention de Jacob, un lycéen avec qui elle noue des liens d’amitié. Premier roman.


KRAKAUER Jon. Into the wild : voyage au bout de la solitude. Traduit de l’anglais par Christian Molinier. Paris : Presses de la Cité, 2008. 248 pages.

En 1992, le cadavre de Chris McCandless est découvert dans un bus abandonné en Alaska, loin de tout lieu habité. Cadre supérieur à l’avenir sans surprise, il avait décidé de tout quitter et de s’installer pour quelque temps, seul, au cœur de l’Alaska, pour vivre en totale communion avec la nature.


FLETCHER Susan. Un Bûcher sous la neige. Traduit de l’anglais par Suzanne V. Mayoux. Paris : Plon, 2010. 408 pages. (Collection Feux Croisés).

Dans l’Ecosse du XVIIe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend d’être brûlée vive. Le révérend Charles Leslie fait le voyage depuis l’Irlande pour l’interroger sur les massacres dont elle a été témoin. Au fil des récits de Corrag, Charles devine son innocence. Il confie son désarroi à sa femme, Jane.

Retrouvez l’esthétique de ce livre par ici !

En accompagnement : des petits plats aux plantes sauvages bien sûr, ici ou ailleurs, par exemple une soupe d’ortie, du pain maison avec de la confiture de cynorrhodons (c’est de saison !). Et pour les plus aventuriers, des recettes à base de glands, pour faire de la farine comme Nell dans le livre.

 

HEGLAND Jean. Dans la forêt. Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche. Paris : Gallmeister, 2018 (roman paru en 1996 aux États-Unis). 320 pages.

Alors que la société vit dans la peur et que la civilisation s’écroule, Nell et Eva, deux adolescentes, se retrouvent livrées à elles-mêmes dans leur maison perdue dans la forêt, après la disparition de leurs parents. Portées par leur passion pour la danse et l’écriture, elles luttent pour survivre et découvrent les richesses de leur milieu naturel. Premier roman.

Semez les graines de L'Arbre-en-ciel

2 thoughts on “Dans la forêt, Jean Hegland (roman, 1996)

  1. J’ai lu Dans la forêt peu de temps après My absolute darling et le parallèle m’a beaucoup frappée, même si le premier est bien plus ancien que le second !
    Tes articles sont toujours très très chouettes, merci !

    1. Merci beaucoup Pauline ! Les éditions Gallmeister sont en effet spécialisées dans le nature writing. J’ai tout de même trouvé les descriptions botaniques de My Absolute Darling plus complexes que Dans la forêt, dont l’écriture m’a semblé plus fluide.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *