Barres lingots choco-pois (sans gluten)

Barres lingots choco-pois (sans gluten)



une planète en chocolat appelée Ferrera. Elle ressemblait à ces rochers pralinés que l’on offre à Noël. 

Un cœur croquant, le noyau, 
entouré d’une ganache onctueuse, le manteau,
le tout recouvert d’une couche fine et croustillante, la croûte terrestre.
C’était une petite planète, puisqu’on pouvait en faire le tour en moins d’une journée. Le climat y était frais, les températures s’étalant en moyenne de -2°C à 6°C. Un vrai temps de réfrigérateur, qui permettait une bonne conservation du chocolat. 
 
Sur cette planète vivait un peuple tranquille (les vertus apaisantes du cacao, sans doute), sous les ordres du Grand Roi, Pralin 717e du nom. Ce dernier habitait dans l’unique château de l’unique cité de Ferrera, située au niveau de l’équateur pour profiter au maximum de la luminosité du lointain Soleil. L’édifice était une véritable sculpture en chocolat fin. Les décorations en arabesques et en spirales qui ornaient la façade et les tours semblaient faites de dentelle, dans des camaïeux d’ivoire et de bruns. 
 
Mais un phénomène insidieux vint troubler la douce vie des Ferreriens : le réchauffement climatique. Depuis quelques années déjà, les étés étaient plus vifs et plus longs. L’année dernière, on avait même atteint les 20°C à l’ombre, une canicule. Sous le soleil, la pointe du toit de la tour est du château avait même commencé à fondre, du jamais vu.
Les prévisionnistes étaient alarmistes, et prévoyaient pour cette année des points à 30°C à l’ombre, une apocalypse. Ils conseillaient de s’enfermer dans la fraîcheur des habitations entre midi et 16 heures, de ne pas porter de parures ou d’accessoires en chocolat, de ne pas trop manger de chocolat, de boire beaucoup d’eau pure et filtrée, débarrassée du cacao terrestre, de ne pas faire d’effort intense, d’ouvrir les fenêtres la nuit mais de tout occulter le jour. Il fallait prendre les bonnes habitudes tout de suite, disaient-ils, car Ferrera entrait dans une nouvelle phase de réchauffement climatique qui allait durer, selon leurs calculs, quelques décennies, voire quelques siècles.
Les Ferreriens se plièrent assez bien à ces recommandations. Les glaces au chocolat connurent un nouvel essor. On se couvrait le corps d’une crème cacaotée à l’odeur enivrante pour se protéger du soleil.
 
Malgré tout, le roi Pralin 717 était préoccupé. S’il supportait plutôt bien la chaleur, ce n’était pas le cas de son château. En un mois estival, la tour est avait fondu, et il était vain de tenter de la reconstruire, même lors de chantiers nocturnes, puisque le soleil détruisait en une journée le travail de toute une nuit. Le sol des cours non abritées devenait un champ de boue cacaotée qui collait aux semelles des chaussures dans un désagréable bruit de succion. Les dentelles ornementales qui faisaient jusqu’alors le prestige et la fierté des Ferreriens s’effaçaient, transformant le château en une simple façade ruisselante et triste, comme si l’édifice pleurait la perte de sa splendeur.

Un matin, le Grand Conseil prit la décision d’évacuer le château en chocolat pour se réfugier dans une villa secondaire, en pierre, massive et solide. Le roi s’offusqua, cria son désespoir de quitter la demeure de feus ses 716 ancêtres. Le roi de Ferrera, la planète en chocolat, se devait de vivre dans un château en chocolat digne de ce nom, quel qu’en soit le prix à payer. Il s’obstina tant qu’il y demeura seul, abandonné par ses prudents pairs, qui ne supportaient plus les gouttes chocolatées qui tombaient du plafond, la boue cacaotée, l’impossibilité de s’asseoir sans se salir (tous les meubles étaient en chocolat… une chaise s’était même écrasée sous le poids et la chaleur d’un courtisan).

Au bout de dix jours de canicule, le château était en ruine, sans plus de toit pour se protéger du soleil. La situation devenait dangereuse pour la santé et la vie du roi. On envoya des émissaires pour le convaincre, sa famille pour le persuader, puis des médecins pour le surveiller. Son état s’aggravait de jour en jour : déshydratation, perte de poids, insomnies, hallucinations…
Un soir, on le trouva gisant au pied de ce qu’il restait de son trône, tout barbouillé de chocolat et délirant de fièvre. Un violent coup de chaleur combiné à une crise de foie sévère. On le transporta au frais, dans la terne villa de pierre, et on le soigna du mieux que l’on put. Mais Pralin 717, comme déraciné, sombra dans une profonde dépression.

On tenta de le raisonner en lui certifiant qu’un palais de pierre était bien plus solide qu’un château en chocolat, et pouvait être tout aussi somptueux.
On tenta de l’attendrir en lui promettant une pièce climatisée au mobilier et aux murs tapissés de chocolat.
On finit par le sermonner devant son entêtement capricieux. Mais Pralin 717 n’en démordit pas. Il lui fallait une château en chocolat, comme ses 716 ancêtres, sinon il ne pourrait plus exercer sa fonction de roi avec honneur et dignité.
La situation était préoccupante. La pile de documents officiels requérant la signature du souverain atteignait une taille monumentale et penchait dangereusement.
Les paris quotidiens sur la couleur de son chapeau (il avait officiellement une tête à chapeau et officieusement un début de tonsure) n’avaient plus cours à cause de la réclusion du roi.

On chuchotait que Pralin 717 ne se remettrait pas tant qu’il n’aurait pas un nouveau château en chocolat, au moins aussi splendide que le précédent. Or le chocolat pâtissier, celui qui était communément utilisé depuis l’édification du premier palais, ne convenait plus au climat désormais adouci. Il eût fallu un chocolat qui ne fondît pas, mais cela n’existait pas… 

Le potier, qui avait l’esprit aussi habile que ses mains, eut alors une lumineuse idée, alors qu’il préparait un gâteau pour l’anniversaire de son plus jeune fils. C’était un fondant au chocolat bien dense, qu’il découpait ensuite en barres avant de les empaqueter et de les enrubanner comme des cadeaux. 
Alors qu’il allait emballer la première tranche, son regard changea, comme si son esprit avait été reformaté et ses yeux remplacés par des nouveaux qui contemplaient le monde pour la première fois. 
Cette part de gâteau ressemblait drôlement à une brique. Elle était une brique de chocolat. Et comme toute brique, elle pouvait servir de base de construction.
Le roi voulait un château en chocolat, il aurait un château en gâteau au chocolat.

L’idée du potier fit rapidement le tour de la planète (en quelques heures tout au plus), et suscita engouement et enthousiasme. Chacun devait apporter sa pierre, ou plutôt sa brique, à l’édifice. On se mit dès lors aux fourneaux, et on prépara gâteau sur gâteau, avec les consignes suivantes : obtenir un pavé bien condensé à même de supporter poids et chaleur, d’être sculpté sans s’effriter, et d’exhaler une délicieuse odeur de chocolat.
Les familles redoublèrent de créativité pour répondre à ces exigences et proposer la meilleure brique possible. Très vite, une recette connut un véritable succès : des barres chocolatées aux pois secs, mise au point par le potier lui-même. On l’adapta selon le contenu de ses placards, mais elle devint la référence pour tous les Ferreriens. 

On construisit le château au fur et à mesure, chaque personne apportant le fruit de sa cuisine sur le chantier. Il fallut cependant bien un mois pour bâtir le monument, constitué de plus d’un million de briques chocolatées artisanales. Le roi n’avait pas mis le pied dehors depuis tout ce temps, passant ses journées alité et se nourrissant exclusivement de chocolat chaud. 
Le lendemain de la fin du chantier, à la nuit venue, le potier et quelques compagnons vinrent transporter le lourd lit royal et Pralin 717 profondément endormi sous ses couettes devant le nouveau château. Ils le laissèrent là et s’en retournèrent dans leurs demeures. Demain, leur destin serait scellé : Ferrera aurait de nouveau un roi ou le château ne serait qu’un immense mausolée. 

Le premier rayon du soleil qui effleura la joue devenue trop pâle de Pralin 717 le réveilla en sursaut. Et alors qu’il ouvrait les yeux, le paysage était rempli d’une gigantesque façade sombre et massive au premier abord, mais dont on avait allégé la surface en sculptant les murs, faisant apparaître çà-et-là des guirlandes de mille fleurs, des frises ornementales ouvragées comme des bijoux, et des scènes si réalistes qu’elles semblaient animées. Une sublime architecture, qui exhalait un divin parfum de chocolat, entremêlé de fragrances d’épices, de fleurs et de fruits : vanille, cannelle, rose, orange ou framboise, et là encore une odeur chaude de noisette ou d’amande.

Alors, d’un geste vif Pralin 717 rabattit le drap qui le couvrait et posa un pied au sol.

cake chocolat sans gluten


Quand j’étais enfant, je me sentais exceptionnelle. Je me voyais conquérante, victorieuse, extraordinaire. J’étais persuadée d’avoir des pouvoirs magiques, des dons féeriques. Je voulais marquer l’Histoire et l’Humanité avec leurs grands “H”, je voulais enserrer le monde entier de mon regards, de mes bras, de mon cœur. Et surtout, je m’en sentais capable.

Et je ne sais comment, en grandissant quelque chose s’est comme fissurée. J’ai eu l’impression de perdre cette confiance qui m’animait. Désormais l’Autre m’était étranger, il m’était extérieur.
Il me semblait qu’il fallait lutter, qu’il fallait combattre, affronter pour (sur)vivre, qu’il fallait une force herculéenne et une volonté d’acier pour trouver sa place dans ce vaste monde, si tant est qu’il y en avait une pour nous. Hegel n’était pas loin, avec son idée de “lutte pour la reconnaissance”, une lutte de consciences entre moi et autrui, chacun cherchant à affirmer sa subjectivité, à être reconnu comme sujet “pensant”, et donc à dominer l’autre (la fameuse dialectique du maître et de l’esclave).

J’ai eu peur de faire les mauvais choix, de me tromper de voie, de rater une opportunité. Je jugeais ma vie comme si elle m’était extérieure, hors de moi : un chemin qu’il fallait suivre sans trébucher, sans se détourner, sans reculer. 

Jour après jour, j’apprends que ce chemin, ma vie, est en moi. Si j’envisage les choses ainsi, je me défais de cette inquisition imaginaire de l’Autre, je ne cherche plus à plaire à autrui. Ce qui ne veut pas dire qu’autrui ne compte pas, au contraire. Mais comme le dit si bien Cécile Doherty-Bigara, il y a une différence entre vouloir prendre soin des autres et chercher à leur plaire

Chercher à prendre soin des autres (que j’étendrais à l’Autre de manière plus générale, englobant la nature dont nous faisons partie) est un objectif beaucoup moins impressionnant et angoissant que de chercher à plaire. Car nous ne remettons ainsi pas en cause ce que nous sommes : il s’agit de donner ce que nous pouvons, sans attente en retour. Notre contribution, petite ou grande mais toujours unique.
Notre pierre à l’édifice. Les petites gouttes d’eau d’un colibri. Comme les Ferreriens, qui, par amour pour leur roi, leur planète, apportent chacun leur brique pour reconstruire le château fondu. Petite ou grande, unique ou par dizaine, simple ou sculptée. Mais le nouveau château portera à tous leur trace, leur empreinte, aussi infime soit-elle. 

chocolat sans gluten
Il y a quelques semaines, j’ai emprunté le livre Savez-vous goûter… les légumes secs ? (voir la notice complète dans les sources ci-dessous) dans la charmante médiathèque où je travaille ♥(pour le moment en tant que bénévole). 
Il est vrai qu’en adoptant un régime végétarien/végétalien, les légumineuses se révèlent particulièrement attractives en raison de leur forte teneur en protéines. (Incomplètes ou non ? Vaste débat…).
Pour ma part, si je les apprécie toutes (leur forme, leur couleur, leur goût… une vraie palette !), j’aime beaucoup les pois cassés, et les avais déjà accommodés dans de délicieux desserts : des crèmes couleur émeraude onctueuses et des muffins coussins verts.

De nombreuses recettes associant le chocolat aux légumineuses fleurissent sur le Web et dans les livres culinaires, souvent véganes et sans gluten. En effet, les légumes secs ne contiennent pas de gluten, et leur texture cuite, très dense, permet de lier et d’épaissir les préparations sans ajout d’œuf. J’avais déjà testé une recette de fondant au chocolat et aux haricots rouges, que j’avais adaptée et soigneusement répertoriée dans mes (trop) nombreux petits carnets. De fait, je suis repartie de cette base pour élaborer ces barres gourmandes choco-pois, en remplaçant les haricots rouges par les pois cassés tant chéris. Et cette délicieuse recette est devenue mythique délectable.

Délectable… grâce à un subtil équilibre de saveurs et de textures :
♦ La puissance et la fluidité du chocolat noir, sa légère amertume…
♦ La rondeur et la densité de la purée de pois cassés, au goût subtilement salé, qui vient rehausser naturellement le chocolat…
♦ La douceur du riz, sous la double forme de lait et de farine…
♦ La chaleur sucrée et caramélisée du sucre de fleur de coco, relevée de vanille ♥…
♦ Et enfin une fécule, l’arrow-root, pour lier le tout… Une fécule obtenue à partir du rhizome d’une plante tropicale d’Amérique du Sud, appelée la maranta (maranta arundinaea), et très digeste pour notre organisme.

Pour en savoir plus sur les pois cassés ou sur le riz, cliquez sur leur nom afin de découvrir leur histoire, leurs propriétés, ainsi qu’une autre recette de l’Arbre-en-Ciel.

fondant chocolat sans gluten



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calligraphie

Pour 4 à 6 barres :

240 à 250 g de pois cassés cuits (environ 100 g pesés crus)
60 g de chocolat noir (70 % de cacao pour ma part)
100 ml de lait végétal
50 g de farine de riz 
20 g à 40 g de sucre de fleur de coco, selon les goûts
10 g d’arrow-root (ou autre fécule)
1 càc de poudre à lever sans gluten (ou de bicarbonate de soude alimentaire)
1 càc de grains de vanille

♦ Préchauffer le four à 200°C.
♦ Faire fondre le chocolat avec le lait au bain-marie.
♦ Mixer finement les pois cassés cuits.
♦ Mélanger dans un saladier la purée de pois cassés et le lait chocolaté. 
♦ Ajouter tous les ingrédients secs et bien mélanger.
♦ Verser dans un moule à cake légèrement huilé, bien répartir la préparation.
♦ Cuire le fondant 15 à 20 minutes à 200°C. La surface doit être craqueler et la lame d’un couteau
ressortir sèche.
♦ Laisser refroidir avant de couper en barres, d’empaqueter et d’enrubanner à votre convenance, voire à assembler comme des kaplas (augmenter alors les quantités pour pouvoir construire des monuments dignes de ce nom), ou encore à sculpter comme de l’argile avec une petite cuillère… avant de déguster.

Les pois cassés peuvent bien sûr être remplacés par n’importe lequel des légumes secs (haricots rouges/blancs/noirs, lentilles…), mais ma préférence va aux pois cassés, pour leur goût mais aussi leur praticité. En effet, ils ne nécessitent que peu ou pas de trempage, leur cuisson est plus courte que les autres légumineuses. Enfin, si vous ne possédez pas un excellent blender ou mixeur, la purée de pois cassés sera naturellement plus fine car ceux-ci sont débarrassés de leur peau, et donc la texture de votre gâteau plus uniforme.

chocolat vegan


Sources

Légumes secs

COUDERC Bruno, DAVEAU Gilles, MISCHLICH Danièle, RIO Caroline. Savez-vous goûter… les légumes secs ? Rennes : École des Hautes Études en Santé Publique, 2014. 125 pages. (Collection Savez-vous goûter… ?

Protéines végétales

KUHN-BARBEY Aurélie. “Le mythe des protéines végétales complémentaires”. In Cherrypepper [En ligne]. Mis en ligne le 27 février 2015.

brownie sans gluten




3 thoughts on “Barres lingots choco-pois (sans gluten)”

  • Aux pois cassés? ça c'est un truc de fou ! Je suis contente de découvrir ton blog, je peux me permettre de t'ajouter à mes favoris? merci et n'hésite pas à venir voir mon blog également : unevegetariennepresqueparfaite.com

  • Bonjour Betty ! Oh, les gâteaux associant légumes secs et chocolat sont maintenant assez courants, mais il est vrai que je n'en avais vu aucun avec les pois cassés ♥, que j'apprécie tout particulièrement… d'où le passage en cuisine !
    Tu peux bien sûr m'ajouter à tes favoris, c'est un honneur pour moi, qui connais et suis déjà ton blog !
    Belle journée à toi.

  • Je découvre l'utilisation des légumineuses dans les desserts.
    Je ne connaissais pas du tout (mais je suis encore novice dans le domaine du végétalisme).
    Peut-on remplacer le sucre de fleur de coco par du sucre de roux ?

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